le blog d'eirenamg : 1 gourmandise à partager: la lecture

16 juin 2018

Epopée moderne: les nouveaux anciens Kate Tempest

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Les nouveaux anciens est un long poème épique de Kate Tempest où elle réactualise les mythes antiques. En montrant que les dieux d’aujourd’hui sont les hommes et que chacun d’entre nous a sa propre quête On suit l’évolution des personnages au départ Jane Mary, Clive , Kevin mais aussi Tommy , Gloria et Spider, on les découvre dans leurs existences  pas forcément facile, avec leur mal être, leurs espoirs.

La vie dans la rue, la violence, les illusions, les nouveaux idoles que sont la réussite, le sexe, l’argent sont bien mis en avant. Le fait de lire à haute voix le poème renforce l’impression d’urgence, on veut connaitre ce qui va arriver aux personnages. Sorte de tragédie moderne avec comme toile de fond l’Angleterre, ses pubs mais aussi l’ailleurs.

Elle alterne cette histoire des personnages avec une réflexion sur la société, nous , nos préoccupations, sur le bien et le mal, notre besoin de changement, notre quête d’amour et de reconnaissance, d’appartenance, le fait de se laisser attirer par les sirènes de l’argent, de tomber au plus bas. A travers ces phrases, elle nous tend un miroir à la fois poétique et grinçant de notre monde de béton moderne. Elle nous renvoie à la solitude, à la violence comme seule arme quand on n’a pas les mots, quand on a été exclue, quand on a manqué de repères. Elle réussit à faire exister ce monde dans ce long poème.

J’ai aimé la musicalité du texte, ses phases douces puis plus viscérales avec Gloria. J’ai apprécié les personnages féminins avec leurs ambiguïtés, leurs façons maladroites d’aimer.

Une écriture poétique et singulière, qui vous emporte, comme une scansion, un tam tam qui déroule son rythme jusqu’à la fin.

Donc partez à la découverte des nouveaux anciens et de la voix hypnotique de Kate Tempest.

PS: merci à Amandine de l'Ivresse littéraire pour la découverte et le prêt.

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08 juin 2018

Roman poétique et fantaisiste au coeur de Paris : l'équilibre du funambule de Céline Knider

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Roman poétique et historique en plein Paris, on suit notre anti héros au nom grammatical Ornicar. Couvreur de son état, bien uniquement sur les toits de Paris, qui ne connait pas le vertige, qui aime la solitude et le minimum d’interactions sociales. Il est marié mais ne se sent pas à sa place , il est un peu spectateur de sa propre vie et aime cette existence monotone et calme. Mais en une journée, tout bascule, alors qu’il est en repérage sur un toit il tombe et fait la connaissance d’une jeune femme Helle dans les souterrains de Paris. Au fil des jours, à sa suite, il découvre un autre Paris que celui des hauteurs.

Comme le personnage, le lecteur est bouleversé dans ses habitudes, à la fois réaliste et un peu fantastique, avec des références à la mythologie, on se balade de l’Opéra au Ritz, des catacombes au Panthéon, au Louvre . Au début, on se demande comme ce pauvre Ornicar ce qu’il va nous arriver et on se laisse prendre comme lui dans les filets du personnage de Helle.

Helle, jeune femme énigmatique, fascinée par Paris, ses profondeurs, véritable passe muraille, dont on questionne les motivations. De personnages hauts en couleur comme le cuisinier Michel, le vigile Cornelius, la femme Claude de la Tour Eiffel, l’organiste de Saint Eutache à Edmond l’amoureux fou des statues, les aventures des 2 personnages défilent rapidement. L’auteur retrace et redessine devant nous la France des cabines téléphoniques, des années 1990. Elle nous embarque aussi dans l’évolution de son personnage principal qui se découvre peu à peu et le livre devient un peu plus initiatique.

J’ai apprécié les descriptions fouillées, les rebondissements et surtout peu à peu les réflexions sur la vie, la solitude, l’amour, l’obsession.  J’ai aimé le ton à la fois sérieux et comique, l’amusement qu’elle prend à nous faire tourner en bourrique, à instiller peu à peu au fil des pages, une complexité un peu plus grande à ses personnages. Le couvreur zen et misanthrope ne l’est pas tant que ça finalement, comme la jeune écervelée.

J’ai passé un agréable moment de lecture, je me suis laissée prendre au piège de l’auteur et les personnages sont devenus attachants, comme ceux qu’ils croisent au cours de leur route et je les aient quitté à regret. Ce livre donne envie de lever la tête et de se balader sur les toits, d’observer tranquillement Paris la nuit ou à l’abri. De percer ses secrets comme ceux de Helle. Il donne en tout cas le sourire.

Donc respirez un coup et faites le grand saut dans les pages de l’équilibre du funambule de Céline Knidler.

Ps: merci beaucoup à Larousse roman pour la découverte de ce livre.

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28 mai 2018

Mélopée poétique et hypnotique cette nuit de Joachim Schnerf

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Ce roman est comme une petite poésie, un chant comme ceux déroulés lors de la cérémonie religieuse Pessah qui doit réunir Salomon et sa famille.

Salomon vient de perdre Sarah, sa femme, l’amour de sa vie, il ne sait pas s’il sera capable de tenir le rôle de chef de famille, s’il pourra gérer les affrontements de ses filles Denise et Michelle, les bizarreries de ses gendres Patrick et Pinhas.Le franc parler de ses petits enfants Tania et Samuel. Il ne sait pas s’il pourra assurer ce Seder sans elle.

Au fil des heures qui avancent, Salomon se rappelle, son mariage, les naissances de ses enfants, son amour pour sa femme. Mais aussi Auschwitz ;  les disparitions qu’il n’évoque jamais devant ses proches. Sauf en utilisant un humour féroce où il fait de l’humour avec la Shoah pour extérioriser son hypermnésie corporelle.

Salomon est attachant, paumé sans le repère de la main de Sarah, de son corps, avec la prise de conscience de ses doutes, de ne pas assez rassurer ses filles. Cette famille qui comme toute famille a ses rancœurs, ses névroses qui ressurgissent au fil des fêtes juives.

On se laisse prendre dans le fil des pensées de Salomon, son amour, sa peine, ses souvenirs. La question de la transmission, du poids de la mémoire, de l’amour quand on a passé sa vie à 2 et que l’on se retrouve seul comme un inconsolable.

J’ai été touché par la poésie de l’auteur, par le côté mélopée hypnotique de son écriture. Par les personnages hauts en couleur des 2 sœurs, des maris. Par les grands et petits drames qui parcourent cette famille. Par ce vieil homme qui pourrait être notre grand père, par cette difficulté à vivre, cette recherche de l’absent. Par les questionnements que le livre aborde, par la mélancolie, la beauté mais aussi l’horreur, la nostalgie et la douleur qui déborde des pages. Par cette fin belle qui laisse un goût étrange au lecteur. Je n’oublierai pas cette nuit, ces détours, cette plongée dans cette famille, cette histoire qui marquera la découverte d’un beau roman.

Alors mettez vous en pause et écoutez la voix de Salomon et de cette nuit et laissez vous toucher par la musique des mots de Joachim Schnerf.

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20 mai 2018

Morceaux d'étoiles de vie : Mille Soleil de Nicolas Delesalle

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Mille soleils est un roman addictif, une fois commencé, on ne peut pas le lâcher. On suit la destinée de 5 personnages : 4 hommes et une femme en Argentine à proximité du désert. Un journaliste Simon et 3 scientifiques, Alex,  Wolfgang et Vadim spécialistes de l’univers. Une femme Mathilda croise leur route.

Leurs vies minuscules face à l’univers sont bouleversées en un instant. Pour les hommes, un accident de la route modifie leur trajectoire et  donne à  chacun l’occasion de revoir sa vie à l’aune de cet événement. Ce qui compte, ce qui reste, les grands et petits drames, les déceptions, la déveine s’invitent dans leurs récits.

Wolfgang, le doux rêveur, l’optimiste et qui est le plus malchanceux. Simon et sa vision fleur bleue de l’existence et son hypocondrie qui le poursuit. Vadim et ses silences qui sont au cœur de sa vie. Alexandre et son amour perdu Léna qui l’obsède . Les vies sont disséquées et examinées au microscope par l’auteur dans cet espace temps dilaté, cette journée particulière.

On a le avant l’accident et l’après. Chaque personnage réagit différemment, nous livre des parcelles de son âme, des morceaux d’ombre et de lumière.D’anecdotes drôles ou tristes, des tentatives désespérées en attitude stoïque, les pages défilent. Face à un paysage grandiose et indifférent.

En filigrane, les informations glanées par Simon sur l’univers, la lumière, la passion pour les étoiles donnent un cadre à la fois dramatique et relativise ces vies humaines. La toute puissance de la nature mais aussi le temps qui passe, la difficulté de s’accepter, la solitude sont évoquées par le personnage de Mathilda et sa folle traversée à vélo.

Les réflexions poétiques, philosophiques côtoient ce qui fait une vie, les doutes et les soucis du quotidien. L’impression de ne pas être à sa place, la douleur de l’enfance, la passion qui s’achève, l’habitude sont autant de thèmes présents dans les récits des personnages. L’auteur dissèque et nous offre ces morceaux de vie, comme des reflets d’étoiles courageux ou lâches, responsables ou fous. On se reconnait dans chacun d’eux, on s’auto-contemple, on réfléchit, on relativise. Que ferions-nous au bord de la route ? Avons-nous la vie dont on rêve ?

Une langue littéraire, une construction millimétrée, un rythme soutenu et émouvant. Un bien beau roman de Nicolas Delesalle qui déploie de plus en plus sa plume de romancier, s’éloigne de l’écriture journalistique même s’il s’inspire du réel.

Donc collectez ces morceaux de vie et découvrez ces hommes au cœur de Mille soleils. Un nouveau coup de cœur pour la plume de l’auteur.

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15 mai 2018

Un roman agréable et féministe: (Toujours) jeune, (toujours jolie), maman (mais pas seulement) de Stéphanie Pélerin

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Voilà la suite des aventures d’Ivana, l’héroïne de( presque) jeune, (presque) jolie (de nouveau )célibataire, mais vous pouvez lire ce roman même si vous n’avez pas lu le 1er ( sinon vous retrouverez en bas de l’article le lien vers le 1er roman pour vous donner envie).

On la retrouve mariée à Bruno, mère et belle maman de Lola, elle a écrit son roman et elle est toujours prof mais en collège de région parisienne. Ivana est plus mature, elle a évolué et approche de la quarantaine. Elle mène de front sa vie de mère, de femme et s’interroge sur sa vie.

Le style est plus fluide que dans le 1er, moins romance, on est davantage dans le portrait d’une femme d’aujourd’hui en proie à ses interrogations. Comment assumer les différentes casquettes ? Est-on sûre de nos choix de vies ? Est ce plus facile de tout bousiller plutôt que de construire, en passant outre la routine ?

Les portraits de femme d’Ivana mais aussi de ses amies, sont bien croqués, comme celui de sa belle fille Lola. Le portrait des « tropmignons », surnom sympa aux 2 bouts de choux aussi. A la fois réflexion sur la maternité, sur la femme moderne, le couple, le célibat et les assignations que nous donne la société en tant que femme.

Le récit est centré sur l’évolution psychologique du personnage, campé dans un univers quotidien et qui s’interroge quand une nouvelle opportunité professionnelle pour elle mais aussi son mari se présente.

J’ai aimé les réflexions plus sociétales, l’absence de situations rocambolesques, l’humour présent encore même s'il est plus discret. J’ai apprécié les questionnements d’Ivana, ses doutes, crises, sa difficulté à verbaliser ses sentiments. La question de l’amour sous toute ses coutures est importante mais c’est plus une réflexion sur le fait de s’assumer ou pas dans sa vie, ses choix, moins par rapport au regard de l’autre mais par rapport aux montagnes parfois qu’on se fabrique. Il n’est pas question de séduction mais plutôt d’équilibre, on arrive au moment où Ivana est dans une période de doute et où elle peut dévier de sa route. J’ai apprécié aussi le tableau rapide sur la vie au collège. Le personnage masculin outre Bruno, le mari d’Ivana qui essaye de concilier vie pro et familiale, du présentateur radio Jérôme est intéressant aussi pour réfléchir sur les apparences et l’engagement. L’auteur évite les situations trop cousues de fil blanc et ne donne pas une réponse mais un éventail de réactions modernes et crédibles entre pardon, acceptation, révolte, avec ces portraits de femmes et d’hommes d’aujourd’hui. Elle distille aussi son récit d’un regard lucide sur la société d’aujourd’hui.

Un roman où on se sent bien, qui se lit rapidement,  et comme avec une vieille copine à qui on peut tout dire on est contente de retrouver Ivana et de la suivre dans ce moment de vie. Mais le roman s’adresse aussi aux hommes avec de sympathiques spécimens masculins et une jolie plongée dans la psyché parfois compliqué de la gent féminine.

Une suite agréable à lire, un joli coup de cœur  et qui fait du bien. Donc un thé, un bon bain ou tout simplement prenez du temps pour vous et lisez !

PS: le lien vers la chronique du 1er roman.

Un roman pétillant (presque) jeune, (presque) jolie, (de nouveau) célibataire de Stephanie Pelerin - le blog d'eirenamg : 1 gourmandise à partager: la lecture

Un roman agréable et sympathique. Ivana est une professeur de français de lycée parisien qui se retrouve brutalement seule du jour au lendemain. Passé le choc, elle décide de tenter le tout pour le tout et de s'inscrire sur un site de rencontre ( be my boy).

http://eirenamg.canalblog.com

 

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11 mai 2018

Une mère dans tout ses états: la mère coupable de Caroline Fourment

 

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Une chronique légère d'un court récit, celui  d'une mère moderne de 40 ans, parsemé de hashtags drôles et une  réflexion sur le sentiment d'être une maman au delà du rire. L'auteur nous décrit cette volonté d'être une super mère, le quotidien ( repas ou activités) , avec un ton humoristique et léger. La culpabilité, l'anticipation qui fait le lot de toute maman qui se respecte sont aussi évoqués. C'est comme une sorte de journal de cette maman, qu'on suit à travers ses pensées.

Une chronique décomplexée de la maternité où on retrouve la femme derrière la mère comme dans l'épisode du spectacle de chant d'une de ses filles, une visite à la pharmarcie qui sont très amusantes à lire. Elle ne nous brosse pas une mère idéalisée ou parfaite mais normale avec ses coups de blues,ses bévues, ses joies et ses doutes. Coincée entre une ado typique qu'elle ne comprend pas toujours, sa deuxième fille qui hurle et le petit dernier.

Le récit se lit facilement , comme on déroule un fil , une conversation entre amis, la 2eme partie du récit bascule plus dans le romanesque contrairement à la 1ere partie ( avec Bonnie Tyler, l'ancien amoureux) qui laisse libre court à l'imagination et à la folie de l'auteur.

Un récit qui permet de se vider la tête et qui vous fera sourire et qui fait passer un moment sympathique même aux non mamans comme moi. 

Ps: merci au livre de poche pour l'envoi.

 

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08 mai 2018

Voyage argumenté au coeur de la confiance : la confiance en soi, une philosophie de Charles Pépin

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Ce livre de Charles Pepin est intéressant, car il explique bien les mécanismes de la confiance en soi, en la replaçant dans une approche philosophique mais aussi à travers des exemples concrets.

Il cite aussi bien des artistes comme Madonna, les Beatles, des écrivains comme George Sand par exemple. Il utilise des témoignages aussi pour expliciter ses idées. Il  fait référence à Lacan, Cyrulnik, Anne Dufourmantelle pour démontrer les ressorts de la confiance. A travers des anecdotes précises de sportifs comme celle sur Noah, les sœurs Williams, d’un alpiniste Erik Decamp mais aussi en replaçant son propos en faisant référence à des classiques de la philosophie comme Aristote, Nietzche.

Il évoque notre intuition qui est une marque de la confiance, des situations où celle-ci est vitale comme pour les médecins urgentistes qui doivent rapidement prendre une décision en se faisant confiance, les commerciaux qui doivent trouver les bons arguments pour conclure une vente. Mais il aborde aussi l’importance de faire des choix aussi pour se donner du courage, d’agir, d’être fan pour nous pousser à aller plus loin et de rester fidèle à soi même. Enfin la confiance est aussi liée à notre entourage et à nos amis qui peuvent nous aider à être plus à l’aise.

Précis et argumenté, l’auteur nous montre comment on peut avoir confiance en nos capacités, en la vie malgré les embûches, sans méthode de reprogrammation ou conseils à suivre impératifs. C’est ce que j’ai aimé le fait qu’il ne soit pas injonctif mais au contraire dans la réfléxion, dans l’échange d’une certaine manière avec le lecteur.

Par ces exemples, ses explications, il nous amène à réfléchir en nous montrant comment on peut trouver notre confiance qui ne sera pas la même que celle de la personne à côté de nous. En observant la nature, en faisant quelque chose de ses mains, en étant moins dur avec nous même, on peut s’affranchir de nos peurs et donc avoir plus confiance.

 J’ai apprécié l’idée qu’elle s’acquiert, qu’elle évolue, qu’elle est multiple qu’elle peut être laïque ou teintée de spiritualité comme lorsqu’il évoque Bobin. J’ai aimé le côté didactique, les explications et le style clair de l’auteur. Les nombreuses références citées en annexe permettent d’aller plus loin si on veut continuer notre réflexion.

 C’est un livre intéressant pour réfléchir à soi mais aussi à la vie et notre façon de l’appréhender. Il permet de dédramatiser bien des situations et effectivement de trouver des moments où on se sent confiant.

Je me suis laissée porter par les réflexions de l’auteur, le récit n’est jamais ennuyant, il prend des exemples variés en développant de manière claire ses idées. Et peu à peu on chemine d’abord avec lui puis avec nous même ce qui est une belle réussite.

Donc pour commencer une réflexion, décupler votre confiance ou tout simplement pour réfléchir intelligemment n’hésitez pas à ouvrir cet ouvrage et à voyager au cœur de la philosophie et des mots de l’auteur. Vous en sortirez apaisé, un peu plus grand et en ayant envie de voir autrement le monde qui nous entoure, certes les problèmes seront toujours là mais vous ne les verrez plus de la même manière.

Donc callez vous confortablement et prenez une pause pour vous-même et faites moi confiance lisez !

Ps: merci à Netgalley et à la maison d'édition Allary pour la découverte

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02 mai 2018

Il est grand temps de rallumer les étoiles poésie filiale de Virginie Grimaldi

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J’étais à la fois impatiente et stressée à l’annonce du nouveau roman de Virginie Grimaldi, j’avais eu un gros coup de cœur pour tu comprendras quand tu seras plus grande et le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie, dont la dernière partie m’avait profondément émue. J’avais peur d’un retour à la comédie pure sans la délicatesse qu’elle avait instillé dans ses deux précédents mais dès les premières pages j’ai été rassuré.

D’abord qu’on se mette d’accord Virginie Grimaldi n’est pas une auteur de feel good, cette expression m’énerve au plus haut point, elle ne veut rien dire à part en marketing peut être. C’est une étiquette fourre tout qu’on emploie à tort et à travers. Virginie Grimaldi est une auteur point, elle le prouve une fois de plus avec ce roman et comme le bon vin, elle se bonifie avec le temps. Elle  a gagné en intensité, en maîtrise dans celui-ci, à la fois dans la construction et dans son style. Ce qui est logique me direz vous, elle en est à son 4e roman, elle réussit la symbiose d’allier l’humour, l’émotion, du réalisme, de la bienveillance au fil de son récit.Ses personnages féminins sont bien dessinés,  réalistes et ils ne sont pas stéréotypés.

Dans le roman, elle met en lumière 3 personnages principaux, 3 figures féminines d’âge différents. Anna , divorcée et folle de ses 2 filles : Chloé 17 ans et Lily 12 ans.  Elles sont très différentes même si ceux sont des adolescentes avec leurs addictions au portable, leurs codes.

 D’un côté, on a Chloé, l’hypersensible, l’enfant précoce, joli brin de femme qui ne s’aime pas et qui cherche dans le regard de l’autre , une acceptation, un respect qu’elle ne trouve pas à l’intérieur d’elle. Elle est assez solitaire, elle ne libère ses émotions qu’en écrivant  sur son blog. Lily, c’est un peu l’antithèse de sa sœur, c’est une collégienne, dynamique, rigolote qui s’interroge sur la vie. Elle utilise des expressions françaises en les associant, en les réécrivant comme les proverbes et pose parfois un regard naïf sur le monde. Même si on se rend compte, que ce n’est pas facile pour elle, la vie au collège. D’ailleurs j’aurais adoré avoir Lily comme élève mais bon c’est un autre sujet.

Anna, décide de partir en voyage en camping car avec ses filles en Europe du Nord, loin des galères d’argent, des huissiers et de son appartement de banlieue. Ce coup de tête un peu fou est soutenu par ses parents et sa grand mère Nana, figure protectrice et maternelle d’Anna. En route, elles vont rencontrer, une belle galerie de personnages que je ne qualifierais pas de secondaires car chacun a son rôle dans cette aventure.

Julien, ses chemises de bûcheron et son fils Noé qui a l’habitude des voyages en camping car, Marine et Greg, couple de jeunes mariés qui travaillent dans une maison de retraite les Tamaris ( clin d’œil aux personnages de son 2e roman). François et Françoise et leurs enfants Louis et Louise, famille aisée partie sur la route pour retrouver ses valeurs et opérer un retour aux sources et enfin un duo d’amis Diego et Edgar, les 2 papys du groupe. Cette petite bande s’apprivoise et se découvre au fil des paysages et des étapes du voyage. L’auteur donne une profondeur à chacun, dévide l’histoire comme une conteuse tout en nous faisant voyager dans de magnifiques paysages qui donnent furieusement envie de partir.

Avec une construction chorale où on alterne les voix des 3 personnages féminins Anna, Chloé, Lily, le récit maintient le rythme et un bon dosage entre découverte, révélation, humour et émotion. On remarque l’importance de l’écriture pour les 2 jeunes ados, l’une à travers un journal intime appelé Marcel auquel le lecteur a accès et l’autre à travers son blog. Il n’y a pas seulement des monologues mais l’histoire qui se déroule en passant d’une tête à l’autre. Un beau tour de force car la forme chorale est toujours périlleuse mais là elle n’est pas artificielle, justifie les chapitres courts ou long et fait défiler les pages comme les km du camping car.

Ces personnages sont comme une sorte de miroir de l'existence, une femme aux 3 moments de la vie, avec celle des espoirs, des découvertes et de l’innocence avec Lily, celui du début de l’âge adulte et des choix et la fin de l’enfance avec Chloé. Celui de l’adulte qui voit son passé disparaitre, ses enfants grandir et doit trouver de nouveaux ressorts pour se battre, avancer. D’être là sans étouffer, de ne pas pouvoir éviter des erreurs à la prunelle de ses yeux comme Anna. Chaque personnage a son propre langage, ses obsessions, peurs, ses goûts musicaux ou littéraires et on passe d’un âge à l’autre sans difficulté.

 L’auteur décrit les paysages, les lieux de cet apprentissage de la vie avec de jolis instants de poésie, sans clichés. Et on a parfois l’impression d’être vraiment à côté d’elle de voir les sculptures, les fjords, monuments qu’elles découvrent.

L’autre thème important est la famille, ici les liens mères -filles, la difficulté de communiquer dans une famille, les nons dits, les fêlures qui nous construisent et qui peuvent rejaillir à la maternité. Le thème de la différence avec Noé, Lily, de l’acceptation de soi avec Chloé, Louise, de la transmission sont au cœur des pages.

Les sentiments de nostalgie, l’importance de profiter des gens  aimés, le manque, la difficulté de parler quand on a peur de faire du mal à nos proches, la vieillesse sont en filigrane de ces parcours de vie.

Ce livre donne envie de s’ouvrir, de voyager, de s’aimer, de profiter, de se maintenir contre vents et marrées. A travers ce road trip original, ces souvenirs de moments partagés, volés à la vie, notre petite famille celle d’Anna et de ses compagnons de route évoluent. Et quand la dernière page arrive, on a le cœur serré comme quand on sait qu’on ne revivra pas la même chose, comme à la fin d’un voyage ou des vacances et qu’on aimerait rembobiner le temps en sachant ce que l’on sait à la fin.  

Donc pour paraphraser Grand Corps Malade dans  il nous restera ça

  « Ces quelques mots ces quelques textes qui nous aident à penser 
Qu'on n'a pas fait tout ça pour rien, qu'y aura une trace du passé 
Il leur restera ça ces quelques moments choisis 
Dans ce monde de brutes, quelques grammes de poésie ».

Comme les personnages, on sait à la fin de la lecture qu’on a grandit grâce aux petits bonheurs, aux phrases, à la bienveillance, aux doutes des personnages et on ne peut terminer qu’en disant un mot : MERCI.

PS : Pour résumer offrez vous ce roman, il y a un peu de magie dedans, de la poésie, beaucoup de sincérité, de l’humour et surtout de la bienveillance, de l’humanité et ça fait du bien. Et l'auteur a clairement rallumé les étoiles pendant ces instants de lecture avec ces 3 femmes épatantes.

PS 2 :Merci Virginie, France, Alexandrine et à la dream team Fayard ( Marie-Félicia en tête) pour cette diffusion de bonheur en pages.

Un autre point de vue poétique sur ce roman partagé avec ma filleule de blog et amie Nath sur son blog.  Cliquez sur le lien et bonne lecture.

 

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27 avril 2018

Poésie minérale le caillou de Sigolène Vinson

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Il est difficile de parler de ce roman, car c’est comme un parfum, une potion magique, il ne faut pas trop chercher pourquoi on l’aime sinon ça dénature ses mystères. Pourquoi écrire sur ce livre me direz vous alors ?

Car justement il est beau, doux, poétique par moment, abrupt, dingue, dérangeant à d’autres. Comme je l’avais dit avant lors de la découverte de son précédent roman les jouisseurs, c’est une douce drogue, la plume de Sigolène Vinson. Elle a un phrasé et une écriture très personnelle, jusqu’à l’ an dernier je ne connaissais pas ses livres et je suis très heureuse d’avoir enfin plongé dans son univers qui me plait beaucoup. Ce qui d’habitude me dérange avec des symboles qui ne sont pas toujours explicites, des personnages bordelines me séduit chez elle.

Ici, l’histoire semble au départ limpide, une jeune femme seule, regarde passer sa vie, elle se retrouve hors de sa zone de confort, de son appart protecteur en Corse. Pourquoi ? car pendant 3 mois, elle a cotoyé un vieux monsieur, son voisin Mr Bernard. Il est fasciné par l’art, la sculpture et Mr Bernard se rendait régulièrement sur l’île de beauté.

La Corse, ses paysages, sa minéralité, ses parfums, ses habitants, ses légendes, son histoire font partie intégrante de la trame du récit. Le souhait de notre héroïne même si le qualificatif ne lui va pas réellement est de devenir un caillou. 

Les références à l’art renforce le caractère un peu magique du récit, la vie qu’on peut insuffler à de la pierre, de la terre, comment par le pouvoir de l’esprit, comme ici avec la poésie des mots, on donne vie, on fait revivre, on imagine. J’ai aimé les nombreuses références et je n’irais plus au Louvre de la même manière en regardant les sculptures. Cette obsession de devenir un caillou est un rêve un peu dingue me direz vous mais pas tant que ça, qui n’a jamais rêvé d’être en pause, de ne plus rien ressentir, d’être à la fois immobile et immuable. Comme un caillou à la fois éternel et singulier, seule trace qui ne disparait pas qui reste sur une plage ou qui peut être sculpté sous forme de rocher.  Témoin des réussites et des défaites de l’homme.

Avec précision, l’auteur décrit cette folle amitié, la psychologie et les failles de la jeune femme, de Mr Bernard, des hommes qui l’entourent en Corse. Elle met aussi l’accent sur ses obsessions, sa folie et sa vie. On se laisse envoûter par cette vie, à la fois proche et lointaine, par la personnalité du personnage principal. On la regarde évoluer avec tendresse, aller au bout de sa quête, son but. 

La sensation de flotter dans cet océan de mots, ce monde à la fois réaliste et fou , d’être embarqué dans l’histoire, on tourne les pages. On écoute, on ressent les odeurs de marée, on a la sensation de la roche, on découvre les paysages du maquis. L’écriture très visuelle de l’auteur fait qu’on a vraiment l’impression d’être avec le personnage dans la pension de famille en Corse avec le rocher. Elle a une écriture à la fois symbolique et réaliste, moderne et atemporelle. Elle traite de manière originale la solitude, la vieillesse, l’amour perdu. 

J’ai été moins dérouté dans ma lecture que par celle des jouisseurs car le récit en 3 temps, 3 parties avec la voix de l’héroine sont des fils conducteurs. Mais j’ai apprécié une fois de plus d’être surprise par les images, les sentiments et la dernière partie. J’ai aimé aussi avoir l’envers de l’écriture de ce livre à la fin.

Donc finalement j’aime l’univers de Sigolène Vinson fait de sensation, de poésie, de réflexion, de beauté, d’ombre et de lumière. J’ai aimé me balader en Corse et réfléchir comme un caillou. 

Cette poésie moderne et ce style inimitable est à découvrir, donc partez à la découverte du caillou et de son envoûtement et vous aussi vous tomberez sous le charme de ce récit.

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23 avril 2018

Candide moderne: Marguerite n'aime pas ses fesses de Erwan Larher.

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Ce roman est inclassable, portrait d’une génération désabusée et égoïste obsédée par son nombril, le sexe, la réussite. Hypocrite, se targuant de grands idéaux humanistes, féministes, politiquement correct en étant collée sur ses écrans. Solitaire ou en bande, sans idéaux et pas intéressée par la politique voilà le monde que décrit  Marguerite.

Marguerite est une sorte de Candide moderne, dans ce monde là, au fil du récit, elle mue. Jeune femme timide qui ne s’aime pas comme beaucoup de jeunes femmes, qui est étouffée par sa mère Billie, son mec Jonas et sa bande de copines pas si bienveillante.

Elle est un peu naïve, elle est  hors code, elle ne veut pas faire de bruit, qu’on la remarque, elle n’a pas une sexualité débridée ou une vie merveilleuse qu’elle peut étaler sur les réseaux sociaux. Elle se demande par moment si elle est  normale quand elle écoute, son mec et sa rébellion de pacotille, ses copines et leurs histoires de cul, sa mère qui l’invective pour qu’elle se mette en valeur, se batte. Par hasard, elle rencontre DDM, vieux président de la République, à la fois cynique et un peu à l’ouest qui veut écrire ses mémoires et lui raconter ses souvenirs. C’est elle qu’il choisit comme confidente, elle à qui d’habitude on confie les tâches inintéressantes dans la maison d’édition où elle travaille.

Les dessous de la politique française, les querelles, les coups bas du pouvoir, les conquêtes féminines, la jouissance et les affaires de corruption sont au cœur de leurs discussions. Elles font de lui une sorte de patriarche, un guide, un Pangloss particulier qui décille les yeux de notre héroïne au fil de ses bribes de souvenirs.

Jacek, flic qui gravite autour de la mère de Marguerite s’invite dans cette histoire qui joue par moment sur les codes du roman noir avec le flic taciturne, revenu de tout et raciste décomplexé, assumé qui mène une enquête en parallèle.

 Le tableau de la société est férocement acide, drôle, bien troussé. On passe d’un personnage à l’autre, le lecteur assemble les pièces de puzzle de la vie de DDM, voit les évolutions de la vie de Marguerite. On comprend sa quête de reconnaissance, d’identité, on la voit réapprivoiser son corps, elle qui ne ressentait rien, ne plus être sur la touche, spectatrice de sa vie. Elle est touchante Marguerite, on a parfois envie de la secouer pour qu’elle mette un bon coup de boule à Jonas son soi disant petit ami.

Le sexe et ses pulsions, cette obsession, ses conséquences sont indissociables du récit. Comme l’évocation de la lecture, de l’écriture, aux allusions des termes de littérature, une sorte de mise en abîme du personnage comme au début du récit où Marguerite se fantasme en écrivain.

J’ai apprécié les différents niveaux de lecture, les portraits à la fois doux et grinçants des personnages et d’être emporté dans le rythme, le regard acidulé sur notre temps. Le jeu de l’auteur avec le lecteur jusqu’à la dernière page, les personnages et leurs gammes, comme une petite musique entêtante, les intrigues entremêlées et l’ironie présente au travers des lignes.

 La réflexion sur le paraître, entre l’image qu’on donne et ses pensées intimes, ses fantasmes ; la vieillesse, la solitude mais aussi la vision plus sociale avec l’évocation de la corruption sont intéressantes.  Le besoin de se raconter des histoires, la difficulté d’exprimer de vraies sentiments et pas ce qu’attend seulement la société. Les secrets, le monde de faux semblant qu’est notre époque moderne et ultra connectée et le besoin de rédemption de certains personnages.

Un roman doux amer que je vous conseille de lire.

 

Posté par eirenamg à 11:20 - Commentaires [7] - Permalien [#]