le blog d'eirenamg : 1 gourmandise à partager: la lecture

18 octobre 2018

Humain: toutes les histoires d'amour du monde de Baptiste Beaulieu

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Ce récit parle de 3 générations d’hommes de la même famille Moïse le grand père, Denis le père du narrateur et Jean son fils.

Jean jeune médecin voit un jour débarquer son père à son cabinet, celui-ci lui dévoile que son grand père écrivait dans des carnets, où il raconte sa vie depuis des années à une certaine Anne-Lise.

On alterne les lettres écrites par Moïse et le récit de ce qui se passe aujourd’hui pour son fils et son petit fils, tous deux incapables de se parler suite à une brouille et qui vont se redécouvrir, lancer un pont entre leurs différents en faisant cause commune pour mieux comprendre Moïse et trouver Anne Lise.

J’ai eu le cœur serré à chaque lettre ça peut paraitre bizarre car rapidement on comprend que le récit est personnel, qu’il parle de la famille de l’auteur et pourtant comme le suggère le titre, cette histoire touche car elle est universelle. A travers le destin de Moïse, c’est un monde disparu qui renait de ses cendres, c’est un fonctionnement ancien de générations qui réapparait, celle qui ont connues la guerre, celles qui n’avaient rien pour qui le sacrifice, la famille n’était pas un vain mot.

Alors, forcément on pense à ses propres grands parents, à leurs silences, blessures. Mon grand père était un taiseux, j’ai peu de souvenirs de lui, des bribes, il est mort quand j’avais 8-9 ans mais on sentait bien que derrière sa pudeur, le silence ils nous aimaient mais il n’avait pas appris à le dire comme Moïse. Le lecteur a vraiment l’impression d’être au dessus de sa tête quand il rédige son destin. Outre l’identification, on s’attache à ce grand père qui prend la peine de relater sa vie, lui qui ne se met pas en avant, écoute à fond de la musique classique, on découvre son enfance pauvre, son adolescence, son métier de fondeur et les ravages que vont faire les 2 guerres. Par moment, Moise laisse filtrer son amour pour son fils Denis, qu’il a du mal à formuler ou à sa famille. Le livre aussi montre comment ses carnets sont une trace précieuse aussi de l’amour, des amitiés que va se créer Moïse et de sa vie qui est le jouet du destin.

J’ai été touché par les espoirs en l’école et le surnom du « petit soldat de la science et de l’industrie », du destin de Mme Gauffrette l’institutrice. L’amour est aussi au cœur du récit, notamment celui qui unit le personnage principal à une jeune femme que je vous laisse découvrir. Au fil des pages, on ressent, on se révolte, on espère avec lui et ses descendants. Car c’est aussi le récit d’une enquête, une enquête pour retrouver la destinataire des lettres, repasser sur les lieux de l’enfance, à Cologne, pour reconstituer des silences et rétablir un lien. La question de la paternité et ses non dits, d’accepter qui l’ont est.

C’est surtout une livre bourré d’humanité qui dans chaque fil, lettres, mots démontrent que malgré l’horreur, la malchance, les mauvaises cartes :l’amour, la fraternité peuvent être là. Même au cœur de l’horreur, l’amour pousse partout, s’accroche se faufile dans le moindre interstice. L’amour filial reste comme le grand amour et les années n’y font rien.

Le livre n’est pas mélancolique, il est à la fois doux, dur par moment, plein de magie comme les rencontres entre les 2 personnages principaux. Et on garde en image des souvenirs, la petite bible, la boite en fer, le petit garçon sur la balançoire, la toile d’araignée de Mme Gauffrette, les yeux bleus d’Hettie, la musique. La réflexion sur la transmission, la descendance, ce qui fait de nous des humains est au cœur de l’histoire. Cette histoire qui fait L’Histoire, avec ces destins individuels, cette violence aveugle que nous transformons en jeux vidéos mais qui a vraiment eut lieu.

J’ai eu du mal à vous donner mon avis car je crois que le récit à appuyer sur ce qu’il y a de plus intime, confiant, en moi, optimiste, il redonne foi en l’humain. Il donne envie de se battre et surtout de parler tant qu’il est temps, qu’on est là, de rédiger pour ceux qu’on aime, de leur transmettre un peu de notre mémoire, nos choix. Mes mots ne sont pas à la hauteur, de tout l’amour, la force que les lettres dégagent, de l’intense émotion à la fois de joie et de tristesse de se dire que le monde de nos grands parents est fini, que pour ma part il n’y aura pas de secrets ou de découverte car il n’y a rien. De la peur, de ne pas savoir parler aux vivants, à ses parents, de ne pas toujours comprendre leurs incompréhensions.

Donc je terminerai juste en disant merci à l’auteur, merci à son éditrice d’avoir permis ce partage. Merci à Marion et nos échanges. Merci de redonner confiance en l’humain dans cette période trouble.

Et vraiment n’hésitez pas à parler de ce livre, car la plus belle des fins serait de retrouver Anne Lise et que l’admiration et l’amour que ces lecteurs éprouvent par procuration en lisant les lettres débouchent sur une autre belle histoire.

 #Alarecherche d'Anne Lise.

Ps Merci à Marion pour nos échanges autour de ce livre, qui avait raison ce livre est magnifique et essentiel.

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15 octobre 2018

Méandres du labyrinthe: Toxique de Niko Tackian

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Ce récit noir est centré sur Tomar Khan, chef de groupe qui se retrouve face au meurtre d’une directrice d’école primaire dans le Paris post attentat. Son équipe s’attend à une enquête facile pourtant rien ne va se passer comme prévue.

Le rythme de l’enquête est soutenu, les chapitres alternent la vision des personnages et des intrigues secondaires autour du chef de groupe, son adjointe Rhonda. La mythologie avec la référence au Minotaure permet de voir comment notre personnage principal est aux prises avec son passé. Les cauchemars qui le hantent, les références aux Kurdes font du personnage Tomar Khan, un flic qui n’est pas stéréotypé, avec ses doutes, failles, son obsession pour sa famille, sa mère et son petit frère, la boxe. C’est un personnage complexe qu’on découvre au fil du récit, sombre mais qui essaye de faire les choses biens et qui est méticuleux, observateur dans son enquête.

On avance comme l’équipe au fil des indices, parfois on est en avance sur eux car on sait pourquoi le meurtre a été commis. L’aspect psychologique, les interrogations autour de la violence, des personnes néfastes, toxiques dans l’entourage sont bien retranscrites.

J’ai apprécié de cheminer avec Tomar et ses secrets donc je vous laisse découvrir les méandres de son labyrinthe et ses démons et je pense que vous succomberez au charme vénéneux de Toxique.

Une belle découverte de la plume de cet auteur.

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12 octobre 2018

Etre soi même: Einstein, le sexe et moi d'Olivier Liron

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Le récit est construit comme l’émission de télé Question pour un champion, on suit les différentes étapes de l’émission et les souvenirs du narrateur. Cette construction donne une dynamique indéniable au récit et permet également de voir les coulisses de l’émission. Avec les candidats, leur envie de gagner et le rôle du présentateur Julien Lepers sur une tonalité très humoristique. Mais au-delà de l’humour et de la vision étonnante des coulisses du jeu, on a surtout de l’émotion qui se dégage des lignes de l’auteur.

Il nous raconte également entre 2 questions, ses souvenirs. Souvenirs d’enfance, de collégien, d’homme, de ses amours, ses difficultés à s’accepter, accepter son corps, le regard de l’autre. Cette intelligence et cette mémoire hors norme qui parfois l’enferme comme dans une prison au sens propre comme au figuré. Ses entrainements pour gagner l’émission car cette victoire au-delà de la symbolique serait une véritable revanche.

En alternant les 2 points de vues, les souvenirs agréables ou non, en variant les phrases courtes ou qui défilent comme un tourbillon, il plonge le lecteur dans sa tête. On a envie, on espère qu’il va gagner, on se reconnait dans certaines situations et du coup au-delà du côté intimiste et pas voyeuriste d’ailleurs, le récit devient plus universel.

J’ai été touché par certains passages sur le collège ( moi la mise à l’écart c’était lié à ma couleur de peau, le côté trop intello), l’acceptation, la relation à la famille, à la grand-mère qui ont souvent fait écho. J’ai compris la rage par moment, j’ai pris plaisir à découvrir les mécaniques du jeu de cette émission qui est associée pour moi à l’enfance, à mes grands parents et à mon papa.

Le talent de l’auteur est de réussir à rester sur un fil comme un funambule qui nous fait passer du sourire à un serrement de cœur d’une ligne ou d’un chapitre à l’autre. A faire passer mine de rien, sa passion, son humanité, ses émotions sans tomber dans l’impudeur ce qui n’est pas donné à tout le monde. Il réussit à nous faire réfléchir également plus généralement à notre société, à la solitude, à la méchanceté crasse, à notre système soit disant normal qui ne l’est pas.

Vous l’aurez compris j’ai apprécié ce récit, j’ai été émue et je vais me faire un plaisir de découvrir le 1e roman de l’auteur car j’ai aimé cheminer avec lui. Donc je vous conseille fortement de le lire ça vous rendra plus confiant en l’humain.

Ps: Merci à Virginie Vertigo de m'avoir encouragé à lire cet auteur, bon j 'ai mis 2 ans à le lire car tu m'en avais parlé quand il avait sorti son 1er roman je vous mets son lien sur celui ci  danse d'atome d'or  qui rejoindra bientôt ma bibliothèque. Mais tu vois j'ai été plus rapide pour son 2e. 

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09 octobre 2018

Mots sur les maux: la blessure de Jean-Baptiste Naudet

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La blessure est un récit vrai c'est-à-dire qu’il se base sur l’expérience de l’auteur comme grand reporter dans certains chapitres mais aussi sur le passé de sa mère et de son 1er fiancé Robert, soldat pendant la guerre d’Algérie en Kabylie.

La guerre est le 1er cadre à l’histoire, cette guerre qui éloigne les 2 protagonistes Danielle et Robert dès le début du roman, ils ne vont se parler que par lettres, ce côté épistolaire parsemé tantôt d’un narrateur omniscient, tantôt par la voix de l’auteur nous fait plonger dans cette double histoire. Plusieurs temporalités s’entrechoquent : celle de l’époque de la guerre d’Algérie en 1960 et celles des années 1980 mais aussi 1990 ou 2000.

La violence, le fait que l’homme est bestial, animal qu’il peut prendre goût à la mort, se sentir attiré par elle, aimer les liens de camaraderie ou de jouer avec elle est bien retranscrit dans les différents chapitres. On parcourt à la fois l’histoire de la guerre avec ses tortures, exactions, la vie en tant qu’appelé mais aussi les conflits contemporains comme en Yougoslavie, Tchétchénie, en Bulgarie, Afghanistan ou en Asie. D’une guerre à l’autre, les massacres, la folie de quelques uns, l’humanité d’autres, les tentatives de survie coûte que coûte existent. La question du hasard, du destin face à une violence aveugle questionnent aussi.

L’amour est aussi là, amour d’un fils pour sa mère, qui tente de la comprendre, de savoir pourquoi elle hait tant la guerre, pourquoi elle se laisse grignoter peu à peu par ses souvenirs, sa folie. Amour de 2 jeunes gens Danielle et Robert, dont les mots de part et d’autre de la méditerranée trace un lien, comme cette étoile qui ne brille que pour eux. Amour à la fois fou, prosaïque, éternel ; qui va marquer fortement la mère du narrateur. Tentative de sauver une part d’humanité, de rester homme pour Robert en se confiant à sa fiancée restée au pays.

L’esprit, la folie, les traumatismes, les fantômes sont aussi là, comment reprendre sa vie quand on a côtoyé au quotidien le danger, la mort, la barbarie ? Comment ne pas se sentir coupable des actes d’un pays, de ses frères d’armes ? Pourquoi être encore là quand tant d’autres sont morts ? La manière dont le passé, les flashbacks peuvent nous rattraper sont présents dans l’histoire de Danielle plus âgée et dans celle de l’auteur.

Les mots, mots d’amour, mots de l’auteur sont là comme un devoir de mémoire, pour sauver hors du temps cet amour, pour aussi apaiser, pour demander pardon, pour trouver un sens à l’absurdité de la folie des hommes. Mots qui cicatrisent ou qui expulsent, mots qui donnent à voir la guerre pas dans sa version western ou hollywoodienne, elle n’est pas esthétisée, elle est là. Mots qui dévoilent le monde, l’ailleurs, la survie, la peur quotidienne, mots qui montrent que de générations en générations ce mal, cette violence peu importe l’endroit du globe est toujours là tapie. Même quand on fait semblant de ne pas la voir. Mots qui s’impriment, qui secouent, qui piquent, qui forcent à voir. Mais qui sont aussi un formidable chant d’amour, à une humanité qui perdure grâce aux lettres, à un amour d’un fils à sa mère, d’un mari à sa femme, d’une amitié. Mots qui arrachent de l’oubli pour ne pas que ces morts récents ou anciens soient morts en vain.

La blessure est donc un livre à la fois cauchemardesque et poétique quand il évoque la nature, la jeunesse, la littérature, la beauté et l’amour qui survit malgré tout, malgré la barbarie et la monstruosité qui existe et qui est tapie en chacun de nous. Donc ouvrez cette blessure, découvrez cette histoire d’amour, cette histoire de famille et de mémoire et apprenez à connaitre Danielle, François, Jean Baptiste et Gilles.

Ps Merci énorme à Nath, d'avoir défendu et m'avoir conseillé ce livre et merci à l'auteur pour ses mots.

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04 octobre 2018

Road Trip avec Bazaar de Julien Cabocel

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Baazar est un 1er roman hors des sentiers battus. On suit Dom qui plaque tout, suite à une soirée au Palais Garnier car il est saisi par une émotion au lever du rideau par une danseuse.

 Au fil des pages il va rencontrer une galerie de personnages atypique Stella et sa fille Vic, Ilda, Dan, Millie la tatoueuse et tant d autres. Comme dans un rêve éveillé, une pause le personnage principal découvre d’autres humains, ses doux dingues sous un paysage désertique digne des grands espaces du ciné américain. J'ai aimé l indécision du personnage, de ne pas savoir où le récit va me mener comme dans un mirage.

 L auteur ne nous donne pas toute les clés et fait défiler  les morceaux de vie de ces personnages singuliers, j ai apprécié de pouvoir interpréter comme je l entendais l histoire. L écriture est à la fois imagée, connotée et vous embarque dans cette pause dans la vie du personnage principal. Les lignes sont empreintes de musicalité, d onirisme. Sorte de mirage littéraire incarné par le Bazaar cadre à cette petite société cabossée.

Le décor, l importance de la nature renforce le sentiment d étrangeté et l originalité de l écriture. Comme une hallucination, un halo persistant sur la rétine quand on a fixé trop longtemps le soleil, le récit  laisse la même impression une fois le livre refermé.

Partez à la découverte de cette route qui ne mène nulle part sinon à soi, dans le paysage aride de Bazaar dans ce récit  intimiste et  universel. Cette quête initiatique qui comme un voyage fait grandir le personnage et découvrir autrement le monde qui nous entoure. Donc mettez vous en pause et tracez votre route dans ce 1er roman.

 PS: Merci aux éditions de l'iconoclaste pour la découverte et à l'auteur pour la sensation de liberté que j'ai ressentie à la lecture :2 petites photos pour la route qui incarne ce voyage: en route pour l'Auvergne pour le livre et arrivée dans mon home sweet home.

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30 septembre 2018

Réhabilitation d'un monde disparu: le jour d'avant de Sorj Chalandon

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J’apprécie le style de Sorj Chalandon depuis le 4e mur, qui a été un gros choc de lecture. Son précédent roman  profession du père m’avait également touché. J’attendais donc avec impatience celui-ci  et je n’ai pas été déçue. 

 Le jour d'avant est construit autour de la douleur d’un frère qui n’arrive pas à oublier la mort de son ainé Jojo dans la mine de Liévin en 1974. L’auteur met le lecteur dans sa tête, avec une focalisation interne,  une écriture à la 1e personne, il décrit la rage, la colère, la douleur et le destin tragique de la famille de cet homme.

Avec un style frontal, dépouillé, brutal plein de colère et d’émotion, de tristesse, l’auteur recrée un monde disparu, celui des mineurs. On retrouve la force de la langue de Chalandon, sa capacité à rendre compte, à insuffler vie à ses personnages.

Après un début où on ne sait pas trop à quoi s’attendre, le personnage de Michel se trouve un but que je vous laisse découvrir. Les thèmes de l’obsession, du deuil, des mécanismes de défense sont au cœur du récit.

On voit aussi que l’homme devient un rouage inutile, sacrifié au prix du profit à travers la trajectoire de Jojo. Sorj Chalandon amène le lecteur sur un sillon, une veine comme à la mine puis le déporte sur autre chose au fil des pages grâce à un rebondissement que je n’avais pas vu venir. Il analyse finement l’évolution de notre société et nous montre ses sacrifiés sur l’autel de la rentabilité et du progrès, j’ai aimé cette argumentation militante, citoyenne et humaine.

La construction du récit est aussi efficace, on retrouve le talent de conteur  de l’auteur qui sait recréer une époque et qui dessine le portrait d’un narrateur étrange que le lecteur essaye de comprendre. Un anti-héros comme il sait si bien le faire, on tourne les pages pour savoir ce qu’il va advenir de lui. C’est un roman qui m’a surpris et que j’ai du mal à qualifier, on plonge tête baissée dans l’obsession du narrateur et on décode les rouages, les mécanismes de celle-ci pour accéder à la vérité.

A la fois écho du passé, réflexion sur le monde ouvrier et terrible plongée dans la psyché humaine, ce livre polymorphe nous fait aussi réfléchir à l’idée de justice, de vérité. L’écriture de l’auteur sans jugement, avec passion réhabilite les mineurs et leurs défenseurs, donc après un début déroutant, où j’ai eu peur de me perdre, j’ai apprécié l’évolution de l’histoire et passé un très bon moment de lecture.

Donc découvrez ce qui s’est passé le jour d’avant, ainsi que la fragilité d’un homme et d’un monde disparu.

PS: il me reste maintenant à découvrir les 2 petits derniers romans de l'auteur sur un pays qui m'est cher comme le souligne le nom du blog: l'Irlande.

 

 

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26 septembre 2018

Partie d'échec Hôtel Waldheim de François Vallejo

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 Hotel Waldheim joue sur les faux semblants, les souvenirs, les doubles vérités comme la mise en abîme et le double miroir de la couverture.

On suit un écrivain Jeff Valdera, heureux, marié content de lui, il reçoit au début du roman des cartes postales, d’un vieil hôtel qu’il a fréquenté entre 14 et 16 ans en Suisse à Davos avec sa tante. Il avait complètement oublié cette période et ces trois semaines du mois d’aout jusqu’à ce qu'un certain F. Stiegl s’amuse à le titiller sur ses souvenirs.

On assiste ensuite à un véritable duel de mot, psychologique qui comme le narrateur doute a-t -il vraiment vécu ça ?Ses souvenirs ne se sont-ils pas reconstruit suite aux sollicitations ? Pourquoi avait-il zappé cette période et les gens qu’il a croisé à ce moment là ?

Herr Meilli, l’hôtelier suisse courtois, Mme Finkiel la vieille dame fan de Thomas Mann et qui lui a fait découvrir le pouvoir des mots et de l’imaginaire,la vieille Rosetta et ses chantonnements, la montagne de viande des grisons, les atermoiements de sa tante. Peu à peu, il reconstruit sous nos yeux ses vacances, son adolescence, sa bêtise, son effronterie, ses envies.

Mais si tous ses souvenirs n’étaient pas totalement vraies, s’ il s’était passé quelque chose de plus comme le souligne la première carte, derrière la présence de certains clients, lui qui les voyait tous comme des vieux, des bourgeois, à l’exception de quelques uns. Finalement, ses parties d’échecs, de jeu de go, ses visites cette année là, les scènes auxquelles il a assisté peuvent avoir une double lecture c’est ce que lui suggère l’expéditeur des cartes.

Véritable réflexion sur la mémoire, l’imagination, le point de vue, question sur la vérité et le mensonge, l’interprétation, est-il le jouet d’une force plus grande ?

Retranscription magistrale des années 1960-70 , véritable jeu de dupes, comme dans un bon film d’espionnage, comme le narrateur on se met à douter, de lui, de l’époque, des témoignages, des clients et du catalyseur de cette remontée de souvenir.

Les chapitres sont introduits par une pièce d’échec à la place des chiffres et effectivement comme des pions l’auteur joue avec nous, avec l’alternance passé-présent, l’affrontement des personnages, leurs sensations, leurs contradictions. Il s’amuse sur l’histoire, la vraisemblance, l’époque trouble de l’adolescence.

Il passe d’une langue claire à celle volontairement biaisée et bourrée de faute de l’auteur des cartes. La question de la traduction, de la volonté de reconstruire un fil, une hypothèse crédible à ce qu’il s’est déroulé cet été là est au coeur de l’intrigue.

Première découverte de cet auteur et j’ai apprécié ce jeu de dupe, cette manipulation, de passer de la grande à la petite histoire, d’alterner les points de vue,

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18 septembre 2018

Fable symbolique: une jeune fille perdue dans le siècle à la recherche de son père de Gonçalo.M. Tavares

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Ce roman est vraiment étrange, on dirait une fable, un rêve un peu halluciné. L’écriture et la construction sont originales, c’est le moins qu’on puisse dire. On suit Hanna, une jeune fille trisomique seule, avec des fiches très précises. Elle croise le chemin d’un homme, Marius, on ne sait pas trop ce qu’il fait mais il décide de l’aider.

Au fil des pages, le narrateur gagne en complexité, on comprend qu’il fuit quelque chose mais quoi, il rencontre un antiquaire particulier, des hôteliers dont les noms des chambres sont celles de camps de concentration ; des artistes singuliers, un qui évolue dans l’infiniment petit, un photographe amateur de photos hors normes.

Peu à peu,cette galerie de portrait, les interrogations sur le temps, la violence, la folie, l’action s’étale au fil des pages. La gare, les affiches, les appels à la révolte dans cette époque indistincte post 1945, l’auteur nous laisse libre d’interpréter les symboliques des personnages, les enjeux de cette quête. Libre de juger ou non le narrateur, ses personnages cabossés. Finalement, la jeune fille est la seule véritable lumière du livre, qui apaise les tensions,c' est un fil rouge, à qui on fait confiance.

Le début du livre m’a dérouté, je ne voyais pas où l’auteur voulait en venir, puis je me suis laissée prendre au jeu, à l’alternance de passage court ou plus long, de réflexion philosophiques ou d’actions absurdes.

J’ai cheminé sans savoir en croisant des bouts de poésie, des douleurs, des folies, j’ai apprécié cette langue riche et étrange très bien rendue par la traduction du portugais. J’ai accepté de ne pas tout comprendre parfois, et d’interpréter certains personnages comme je le souhaitais.

Si vous êtes fan d’histoire linéaire, cadrée, milimitrée, à la mode ce roman n’est pas pour vous. Si vous aimez la littérature étrangère, le style, la symbolique que peut contenir une histoire et de vous laisser porter par un univers personnel alors sautez le pas et prenez la main d’Hanna et Marius.

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13 septembre 2018

La danse dans la peau: comment papa est devenu danseuse étoile de Gavin's Clemente-Ruiz

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Ce roman est une jolie surprise, j’ai découvert l’auteur cette année avec le club des feignasses et j’avais hâte de replonger dans son univers.

Celui-ci fait encore la part belle au rire et à l’émotion. On a l’impression d’être dans un bon film tant les pages défilent vite. Lucien est au chômage depuis un an, il n’arrive pas à s’en remettre, à reprendre sa place dans sa famille auprès de sa femme Sophie et ses deux enfants Paul et Sarah. D’un coup, sans crier gare, il reprend goût à la vie par le sport, totale incompréhension de son entourage. Que lui arrive t-il ? Pourquoi maintenant modifie t il sa vie après avoir végéter comme une larve sur son canapé malgré les tentatives de sa femme.

Le narateur est le jeune ado Paul qui nous relate l’ouragan que traverse sa famille et les péripéties de celle ci. Il nous parle aussi de sa grand-mère, une ancienne danseuse du Bolchoï qui a transmis sa passion à sa petite fille. Elle est toujours raide dingue du père de son fils, ancien danseur également, italien qui pourtant est parti sans laisser d’adresse quarante sept ans plus tôt.

Avec humour, bienveillance envers ses personnages l’auteur nous décrit cette famille parcourue par le démon de la danse de génération en génération. Le rythme est alerte, pas de temps mort, les personnages sont attachants, avec Lucien qui de paumé devient de plus en plus motivé à se prouver à lui même qu’il peut réussir. Sophie qui ne comprend plus rien, Sarah et sa crise d’ado et Paul qui essaye de colmater tout ça et fait le passeur entre les différents membres de sa famille.

J’ai apprécié la folie et l’amour qui unit les personnages. La famille, le fait de tout faire pour atteindre son objectif, l’effort, la passion de la danse sont au coeur du récit. L’auteur fait mouche avec sa plume fine, précise sans complexe, en adoptant le point de vue d’un ado. Il décrit bien la psychologie de ses personnages, leurs sentiments, la flamboyance et le caractère bien trempée de Sophie et Sarah. Un style vif, alerte et efficace et une bien belle famille, un défi fou qu’il nous décrit. Donc ne vous fiez pas au titre étrange et à rallonge et ouvrez les pages de ce roman.

Une belle comédie avec une bonne dose d’humour, de rebondissement, de l’émotion et un beau final.

PS: Vous n’écouterez plus Vogue de Madonna, comme avant et vous allez adopter la famille Minchielli et finir la lecture le sourire aux lèvres.

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07 septembre 2018

Un humain incompris: Antoine, Simple de Julie Estève

 

 

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Ce roman met en lumière un homme simple Antoine Orsini surnommé le Baoul qui veut dire l’idiot, le simplet en Corse . En effet, Antoine est différent, il dit tout ce qu’il pense, ne fait pas de distinction entre ce qu’on peut faire ou dire, ne se soucie pas de la propreté, du regard des autres. Lui, il aime la nature, son village, son ancienne institutrice Mme Madeleine, sa sœur Tomasine et son frère Pierre, et la jeune Florence. Il a pour meilleur ami Magic et l’extraterrestre depuis son enfance.

On est plongé dans sa tête, sa vision du monde à la fois brutale, réaliste et poétique, son envie d’être aimé par sa famille, les autres, sa « femme » Vanina. Son envie de protéger Florence la plus jolie fille du village.

Julie Estève réussit à rendre palpable l’atmosphère de tragédie, de danger de ce village fermé sur lui-même. Ses angoisses, ses bassesses, ses mesquineries, ses on dit, ses violences sont disséquées au fil des pages et des interactions de ce petit monde.  Elle montre l’importance de la famille, du regard de l’autre, la méchanceté crasse parfois, la bêtise des gamins, de la population du village.

On prend fait et cause pour Antoine, ses cailloux, sa vie simple, on comprend contrairement à lui les enjeux de certaines discussions, les incompréhensions des autres à son égard, leurs peurs. J’ai apprécié à la fois sa naïveté et sa force, son honnêteté, son amour pour sa famille, pour Florence, son envie de bien faire. Cette volonté d’être aimé, sa passion des voitures, son endurance face à la méchanceté et à la violence en font un personnage touchant. L’auteur redessine également pour nous aussi les ambiances, la dureté de la Corse et de ses paysages, le fonctionnement d’un village qui prend forme et existe jusque dans sa haine des « parigots ».

Avec une écriture douce, parfois abrupte, imagée et crue, l’auteur réussit à tisser sa toile, comme une araignée, dans une ambiance de drame, parfois poisseuse, parsemée de désespoir et de lueur de beauté, de cauchemar comme ceux du personnage principal. Elle alterne la vie des différents personnages qui s’entrechoquent, se croisent avec les moments de la vie d’Antoine, c’est fluide, limpide et on a parfois l’impression d’être dans une sorte de fresque dont le héros est un anti héros: Antoine.

Elle instille également du suspense par rapport au personnage de Florence, de Noëlle sa lointaine cousine. Comme dans une enquête, on reconstitue l’histoire de Florence et d’Antoine, les zones d’ombres de sa vie et de celle du village.

Les personnages féminins oscillent entre sensualité comme Vanina, Florence et folie comme Noëlle, la mère Biancarelli, seule Tomasine est un peu à part plus figure maternelle pour son frère et Mme Madeleine qui symbolise  la douceur pour le personnage principal. A l’inverse, les personnages masculins comme Pierre le grand frère est à la fois proche et lointain, l’Extraterrestre est obsessionnel,  Magic l’ami fidèle gravitent autour d’Antoine et nous le donnent à voir. On se laisse submerger par l’atmosphère et on n’arrive pas à détourner les yeux des pages.

 Ici la complexité du personnage est retranscrite par le travail sur la langue qu’à fait l’auteur qui alterne description, dialogue de sourd entre les personnages et Antoine, mots crus et plus poétiques.Elle alterne passé et présent, dialogue du personnage principal avec un interlocuteur particulier, qui fait qu’on à l’impression d’une sorte de confession, d’un dialogue avec un ami. Seul le lecteur a tous les codes pour comprendre le personnage d’Antoine qui restera un mystère même pour le village.

Finalement, on se prend d’amitié pour Antoine, sa vision particulière du monde, son honnêteté, sa violence. Lui, un des rares qui reste fidèle à ses valeurs, qui est honnête et victime des préjugés sur sa différence, condamné dès la naissance car il n’est pas dans la norme. Antoine est un très beau personnage complexe, puissant, véritable héros de l’histoire jusqu’au bout. On a envie de le protéger, j’ai vraiment beaucoup apprécié ce personnage brossé par Julie Estève et il va m’accompagner longtemps comme Lola de son premier roman. Je l’ai quitté à regret Antoine et j’espère qu’il a finalement retrouvé Mme Madeleine.

Un 2eme roman coup de poing, une claque littéraire, une virtuosité, je confirme après son excellent premier roman, Julie Estève continue de manière magnifique la force et la singularité de son écriture. En nous emmenant loin des sentiers battus, en opérant un vrai travail sur la langue ce qui augure de belles merveilles pour la suite de son œuvre.

Donc si vous n’avez qu’un livre à acheter de la nouvelle rentrée littéraire c’est celui là, et je vous garantie que vous n’oublierez pas Antoine de si tôt.  Plongez dans la tête d’un vrai humain incompris Antoine.

PS: voilà le lien vers mon avis sur son premier roman

 

Posté par eirenamg à 08:30 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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