le blog d'eirenamg : 1 gourmandise à partager: la lecture

17 avril 2017

Singulier le club des vieux garçons de Louis Henri de la Rouchefoucauld

17882798_358127997918823_248022262421127168_n

Un roman singulier qui suit un narrateur hors norme, hors du temps, de son temps. Un jeune qui rêve d’être vieux, qui aime les vestes de tweed, l’alcool et l’art de la discussion, fan de littérature, de bons mots et d’histoire de sa famille. Un Rupignac pur jus qui s’imagine un destin hors du commun et qui décide par choix dès son jeune âge de devenir vieux garçon. On alterne l’enfance puis la vie d’adulte de cet anti héros qui nous explique ses choix de vie et surtout la création de ce club de vieux garçon dont il est le fondateur. L’auteur s’amuse avec nous en 3 parties, il joue avec les codes de la noblesse, détaille les pedigrees, les anecdotes historiques autour du héros et de ses ancêtres. Il brosse ainsi en contre pied une refléxion sur notre société et notre siècle, finalement nos rituels ne sont ils pas tout aussi ridicules ?

Ce club avec son règlement loufoques, ses drôles de membres le faux comte de Chambord par exemple, le meilleur ami du narrateur fasciné par Peguy et par la vie monastique, a son propre modus vivendi et règles. Elles évoluent au gré des aventures de son héros et le club va ainsi avoir différents objectifs que je vous laisse découvrir.

Le style est à la fois ironique, léger, critique quand le personnage nous raconte ses aventures, choix. Il se moque de ceux qui se prennent pour de grands écrivains et ne font rien comme Mr précieux, de l’omniprésence du travail dans nos vies , notre société basée sur la consommation, la construction d’une vie de famille loin des préoccupations du personnage.

Il ne veut pas être prisonnier de cette société et s’invente une vie hors cadre, que son héritage lui permet. Les aventures de ce noble au lignage prestigieux qui veut rester à l’écart du monde sont savoureuses. On rit de ses facéties adolescentes puis de celles du club. On se prend d’affection pour ce vieux jeune anachronique au mode de vie d’un autre âge et qui est un pur oisif dévoué à son club. On se demande jusqu’où il ira et comment vont terminer ses aventures. Les personnages secondaires sont aussi haut en couleur, son grand père qui lui fait découvrir les règles de son monde, sa grand-mère chez qui il trouve refuge ou encore son oncle Albert vieux garçon et féru de chasse et de taxidermie. Ces personnages tous plus décalés les uns que les autres dans cette galerie hors du temps donnent envie de poursuivre la lecture. Avec un soucis du détail, l’auteur brosse un univers bien à lui et on se prend au jeu avec lui avec les aventures heureuses, saugrenues, tristes de son personnage.

Une petite bulle hors du temps fraiche comme une bulle de champagne comme notre héros l’aime tant, loin des codes, à déguster sans modération et qui nous décrit de manière décalée la France d’aujourd’hui et la vieille noblesse. Bonne lecture.

Posté par eirenamg à 22:49 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Attente atelier bric à book numéro 65

cafe-fred-hedin© Fred Hedin

Elle regardait passer la vie des gens , elle avait l’impression d’être comme dans la chanson de Goldman , «  elle met du vieux pain sur son balcon pour attirer les moineaux, les pigeons » sauf qu’elle c’était pas le pain mais les bières et les cafés qu’elle servait en attendant.

En attendant quoi, elle ne savait pas trop, au départ, c’était censé être un boulot provisoire, le temps de se retourner, de trouver autre chose et de quitter ce patelin. Mais finalement, à force, les habitudes, le temps avait filé sans qu’elle s’en aperçoive, le train train routinier et rassurant.

D’Eric et son 1er café avec le journal avant de faire sa tournée, de Magalie et Brigitte à leur pause repas du salon d’à côté, des gamins en rentrant du collège. Ce petit monde qui avait peu à peu peuplé ses journées. Ces bouts de vies, ces morceaux du quotidien égrenaient au fil du temps.

Mais elle dans tout ça derrière son comptoir, qui la voyait encore, n’était elle qu’une ombre rassurante ?un sourire poli ?un service efficace ?Une confidente de solitude, un étalon pour mesurer sa bravoure ou juste une invisible parmi d’autres. Qui se souciait de ses rêves, envie, besoin d’espace ? Personne.

Elle avait l’impression de s’être fondue au décor, que personne ne la remarquait plus, qu’elle allait prendre définitivement racine derrière son comptoir. Qu’on ne s’apercevrait même pas de sa disparition si elle arrêtait. Elle se sentait inutile. Cette impression se renforçait en hiver, avec les beaux jours le café prenait des couleurs et la mise dehors des tables et des parasols rompaient la monotonie. Les cris des enfants, des oiseaux, les bruits de vie du téléviseur ou de musique semblaient réveiller la torpeur du village. De nouvelles têtes apparaissaient, des touristes en quête d’authenticité, de calme qui semblaient redécouvrir la joie de la vraie vie, du grand air qui s’émerveillaient du moindre arbre ou aspect pittoresque de place. C’est à travers leurs regards qu’elle redécouvrait la beauté de son village mais elle se sentait aussi tellement étrangère, malhabile face à eux comme une enfant. A chaque printemps elle se demandait si à la morte saison elle aurait le courage de tout plaquer.

Et là en attendant, elle fixait pour faire plaisir à un touriste sympathique l’objectif et deviendrait un souvenir de vacances pittoresque pour cette famille qui était venue pendant 15 jours au café.  Il la remercia d’avoir pris la pause et laissa un généreux pourboire en lui disant à l’année prochaine.

Elle le regarda lui et sa petite famille monter dans leur voiture qui les emmenait vers d’autres horizons, peut être que l’année prochaine ils seraient déçues de ne pas l’apercevoir derrière le comptoir et qu’elle aussi elle serait enfin loin d’ici. Mais en attendant, il fallait qu’elle s’y remette un couple lui faisait signe sur la terrasse, des nouveaux qui venaient sans doute d’arriver, fin de la récréation.

©eirenamg

Posté par eirenamg à 07:00 - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags :

14 avril 2017

Fuite parallèle là où s'arrête la terre de Sylvie le Bihan

le_bihan

Il y a des écritures qui interpellent plus que d’autres, celles de Sylvie Le Bihan fait partie de cette catégorie. J’avais énormément apprécié son dernier roman qu’il emporte mon secret, donc j’avais hâte de lire et savoir si la magie aller encore opérer et c’est le cas.

La force et la précision de l’auteur sont une nouvelle fois présente dans ce récit autour de 2 solitudes, 2 personnages principaux très différents. D’un côté Marion, femme complexe qui est mariée à Paul mais toujours obsédée par son amant danois Niels. Elle est incapable de s’abandonner totalement aux 2 hommes de sa vie, l’auteur donne à réfléchir sur le couple ; les relations amoureuses toxiques, la dépendance affective à travers ce personnage. Une logique parfois tordue, une plongée dans les pensées de Marion, paumée au début du roman, qui a peur de la solitude et qui décide de s’évader de sa vie. Elle tombe par hasard sur Roger, lui est plus discret, classe moyenne, il parait plus commun, avec un physique banal, convenu. Mais lui aussi est enfermé par son passé, un regard sur lui-même déprécié. Il décide par jeu de faire un bout de chemin avec "cette bourgeoise" comme il dit et d’aller en Bretagne.

L’auteur réussit à instaurer des ambiances particulières quasi cinématographiques comme lors des disputes, des flashbacks dans les passés des personnages, leurs monologues intérieurs ou leurs discussions. Elle réussit à la fois à rendre la solitude, la psychologie et les mécanismes de défense que chacun a construit pour avancer dans sa vie jusqu’à leur rencontre. Les plongées dans les pensées intimes des personnages, leurs regards pas forcément bienveillants l’un sur l’autre, la vie, leur entourage sont addictifs à suivre. 

L’écriture vous capture et ne vous lâche pas, on a l’impression que l’auteur chuchote à notre oreille, comme au cinéma les scènes s’alignent criantes de vérité, du Paris bourgeois feutré à  la Bretagne, son immensité et son isolement.  A travers le déroulé de la vie des personnages qui chacun font un état des lieux et essayent de trouver une réponse à leurs questionnements intimes, on s’interroge avec eux sur le couple, le deuil, la jalousie, les petits faux semblants, l’égoïsme. La difficulté de s’accepter, la volonté de jouissance, de prendre le pouvoir sur l’autre, le sexe comme source de douleur,  la violence des mots sont aussi évoqués à travers la relation ambigüe des 2 personnages. 

Peu à peu, la tension monte dans le récit et la fin est impressionnante une fois de plus. Finalement ,on s’attache malgré nous à ces 2 êtres, 2 solitudes en parallèle. Marion et Roger qui loin du vernis, à travers leur ironie mordante, désabusée, triste parfois nous montrent la difficulté d’être heureux, de se respecter. Ils sont parfois touchants, agaçants mais l’auteur comme un marionnettiste, un maestro avec sa partition joue toujours juste et évite l’écueil de la caricature et pianote sur la gamme des émotions.

Un vrai voyage littéraire et un gros coup de cœur pour ce livre, puissant, complexe et rudement bien écrit. Ca y est j’ai un 5eme auteur favoris dont je vais suivre attentivement les publications. Allez chez votre libraire et lisez-le !

Posté par eirenamg à 13:58 - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 avril 2017

effet cocooning là où tu iras j'irai de Marie Vareille

17663358_826342947517188_7165123236441620480_n(1)

Deuxième roman que je lis de Marie Vareille après ma vie mon ex et autres calamités, j’aime le côté à la fois folie, comédie de ses romans où ses héros sont toujours dans des situations rocambolesques mais qu’elles sauvent à chaque fois par une humanité bienveillante et une belle manière de croquer la vie.

Dans celui-ci on suit une grande ado trentenaire Isabelle qui ne veut pas grandir, rêve de gloire pour devenir actrice et qui a peur de s’engager avec Quentin. Elle est entourée par 2 amis Alexandre jeune père divorcé et débordé et Amina copine adorable mais qui n’arrive pas à s’éloigner de son amant.

Elle se retrouve parachutée en Italie à devenir la nounou d’un enfant Nicolas :fils d’un célèbre producteur de cinéma Jan , à vivre avec la belle mère de celui-ci aussi aimable qu’une porte de prison Valentina, un majordome flippant, et 2 ados Adriana et Zoé qui se crepent le chignon.

Au fil des chapitres aux titres très drôle, on découvre qu’Isabelle a des raisons à cette adolescence qui se prolonge et que la vie de la petite famille est loin d’être idéale malgré le décor idyllique.

Avec une écriture vive, enlevée, drôle l’auteur brosse des situations très comiques et donne de la fantaisie à ses personnages Amina, Isabelle. Mais aussi de la gravité à travers le personnage de Nicolas ce petit garçon fermé au monde, fasciné par les échecs dont Isabelle doit s’occuper. Elle brosse aussi l’air du temps avec Adriana la youtubeuse en vogue et Zoé fascinée par les ordinateurs. Et pour la fan de Céline dion que je suis le passage sur j’irais ou tu iras est à la fois génial et extrêmement touchant. 

Peu à peu, l’histoire gagne en densité et les premiers sourires, rires du départ deviennent plus profond et surtout on s’attache aux personnages. La famille, les secrets, le deuil , la difficulté de grandir sont abordés au fil des lignes. Mais avec une alternance de fantaisie, de modernité qui font la marque de fabrique de l’auteur.

Un livre agréable à lire qui fait à la fois rire, sourire et attachant à prendre impérativement quelque soit le temps pour un effet bien être garantie. Bonne lecture.

Posté par eirenamg à 20:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]

10 avril 2017

Apaisement atelier bric à book numéro 64

fume (1)

© Kot

Cette petite pause était toujours son moment, les quelques secondes grappillées dans la toile de sa vie. Son petit quart d’heure à elle. La joie des rayons du soleil sur sa peau, du froid piquant parfois, un arc en ciel, un sourire, quelques pages dévorées ou un bon café pouvaient accompagner ce rituel.

Instant suspendu qui fait le sel de chaque journée, bouscule parfois l’ordinaire et permet de se mettre en pause tout en étant attentif aux autres, au monde. De profiter du silence ou des bruits réconfortants ou non de la ville. S’évader quelques secondes de la marche inexorable du quotidien.

De moments d’émotions précieux au travers d’un regard, d’un moment complice silencieux, non verbal comme là avec l’homme en face d’elle dans la rue qui allumait sa clope. Moment bienveillant, petit bonheur comme des cailloux qui font la vie plus douce. Comme lors d’un fou rire ou des petites piques par réseaux sociaux interposés. Des malentendus drôles qui pouvaient s’échapper des mots contrairement aux regards.

En vieillissant, elle était de plus en plus sensible à ces instants sans fards,  ces moments où le temps se figeait. Comme si l’univers entier se pliait à sa volonté avant de reprendre sa course imprévisible. Elle sourit en repensant à ces bons moments accumulés  ces derniers temps, moments simples de repas, d’échanges mais qui poussaient à avancer et qui permettaient de recharger les batteries. L’homme en face d’elle bougea, elle lui fit un signe de tête avant de reprendre la direction des escaliers et reprendre une activité normale.

©eirenamg

Posté par eirenamg à 00:10 - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags :


09 avril 2017

Lueur atelier bric à book numéro 63

talons-aiguilles

L’été cette folle envie de se dorer la pilule, d’être une plante verte en terrasse à rêvasser. De profiter du moindre rayon  pour buller, écouter le temps qui passe.

Raccourcir ses jupes et chausser ses hauts talons, les mirer comme là  dans la lumière. Se sentir légère et porté vers un avenir plus radieux.

Cette paire de chaussures, elle était rattachée à de très bons souvenirs, la première formation à laquelle elle avait assisté et qui avait changé sa voie professionnelle. Cette soirée où elle était allée sans y croire et où elle avait rencontré  des âmes sœurs, des amis à la vie à la mort.

Un sentiment si positif, remplie d’ondes et de regards bienveillants. Un autre monde parallèle où l’échange, les regards, l’amour de la littérature, des mots est privilégié. Des codes spécifiques à une communauté. Qui chaque année pouvait s’agrandir ou s’amputer. Elle permettait d’apprécier les petits bonheurs de la vie, un lever de soleil, un bon cocktail, un repas savouré à plusieurs. Ces chaussures étaient devenues ses portes bonheurs.

Le bonheur de rencontrer des gens qu’on admire, de comprendre qu’on appartient à la même humanité. De graver des fous rires, des regards,  des instants d’émotions, plus fort que de l’argent sonnant et trébuchant. Rassembler toutes ses paillettes d’émotions pour se forger une armure de bienveillance, une béquille pour les mauvais jours. Une lueur qui  restera accroché lors des jours de noirceur et de tempête jusqu’à la pointe des pieds.

©eirenamg

Posté par eirenamg à 23:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

08 avril 2017

Dans la tête d'un otage s'enfuir de Guy Delisle

 

20170329_075329

Avec un dessin sobre, des couleurs froides, l’auteur nous raconte l’histoire réelle d’un humanitaire Christophe André en captivité. Découpé en chapitres avec le décompte des jours, on tourne les pages pour découvrir ce témoignage dessiné. Le dessinateur rend compte de l’absurdité de l’enlèvement, de la peur, de la perte de notion du temps chez l’otage, de l’oscillation entre l’espoir et baisser les bras.

Cette plongée dans la tête d’un otage, d’un homme comme vous et moi, touche forcément. On espère, on est en colère avec lui, on compte les jours, on partage ses références historiques pour ne pas devenir fou. Une bd dont on tourne rapidement les pages, un hommage à cet homme à travers le récit de sa captivité en Tchétchénie, privé de liberté car au mauvais endroit au mauvais moment.

Une bd que je vous conseille de découvrir , bonne lecture.

Ps : merci à Priceminister dans le cadre de l’opération  #1Blog1BD 

Posté par eirenamg à 08:22 - Commentaires [0] - Permalien [#]

05 avril 2017

Ombre et justice article 353 du code pénal de Tanguy Viel

20170304_192817

Ce roman est celui d’un huis clos, comme dans un bon film noir, on commence par la fin. Le personnage principal  Martial est traduit devant un juge qui lui demande de s’expliquer. Il relate les évènements qui l’ont conduit à un choix radical envers Antoine Lazenec, un riche promoteur. On alterne ses souvenirs et cette confrontation avec le juge. La description de la vie en province, du petit port de pêche tranquille jusqu’à l’arrivée du promoteur, les relations père-fils, la vie politique sont décrites de manière minutieuse. La force de l’auteur est d installer une ambiance et une empathie avec le narrateur d’emblée, il ne cherche pas à se dédouaner, à esquiver les questions.

Le narateur reste fidèle aux faits, sans rien atténuer. Il essaye lui même au fil de son récit de comprendre comment comme dans un jeu de domino, il s’est finalement retrouvé face au juge au palais de justice. Avec un rythme lent et hypnotique, on est embarqué par ce monologue, on ne veut pas le lâcher et on veut savoir les raisons et ce qui va arriver au narrateur.Le juge est à la fois silencieux, une ombre tutélaire qui parfois fend l’armure mais qui reste dans son rôle en poussant le narrateur à se dévoiler. Comme une sorte de  double du lecteur qui assiste à ce face à face.

L’auteur se joue de nous ; fait réfléchir aux rêves, à la malchance, à la honte aussi et au destin qui s’écroule parfois sur une mauvaise décision. La violence ordinaire mais aussi celle des puissants quand il évoque le fils  Erwan du narrateur. Des passages poétiques sur le château ; les sensations du narrateur. Un perdant magnifique, tellement humain qui nous le rend quasiment héroique. Il devient le symbole d’une lutte entre David et Goliath. J'ai apprécié également la réflexion  sur la justice, ce que l’on doit punir, la loi du talion , un questionnement pertinent et nécessaire à la lumière de l’actu.

Donc prenez la place du juge et découvrez l’histoire de cet homme et vous que feriez vous ?

Posté par eirenamg à 16:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

27 mars 2017

Conte atelier bric à book numéro 62

vitrines-noel-kot© Kot

Mon esprit partait complètement, il ne voyait plus rien comme il faut

comme là face à cette vitrine.

Surpris, il se figea devant cette image.

On aurait dit un immense magicien avec son chapeau

comme dans les contes, celui du croque mitaine ou de la flûte d’Hamelin, ses hordes de soldat noirs avec lui.

Une sombre histoire qui fait hésiter entre peur et frisson.

Cette peur  profonde, viscérale est ce qu’elle venait de là ?

De ce reste d’enfance qui lui restait au bout des doigts.

Comme dans les contes il y avait la méchante sorcière,

En l’occurrence son double maléfique

Qui lui chuchotait sans cesse à l’oreille:

Qu’elle n’était pas la plus belle

La plus intelligente

La plus capable

Pire qu’une harpie cette petite voix intérieure qui ne se taisait jamais.

Répétant année après année le même leitmotiv,

Comme un mauvais filtre

Mais comment le briser ?

Elle n’avait toujours pas trouvé la bonne formule magique

Celle qui efface les tourments et les peurs d’enfants

Les complexes et les terreurs nocturnes

Mais qui sait?

Peut-être comme dans les contes,

Un jour tout finirait bien dans le meilleur des mondes possibles.

©eirenamg

Posté par eirenamg à 07:00 - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :

23 mars 2017

Citoyen: ce que tient ta main droite t'appartient de Pascal Manoukian

17265999_600906513432721_2940652017514708992_n

 

Le livre de Pascal Manoukian est prenant, dès le départ, comme dans un reportage, il pose une situation tellement réaliste que l’on ne peut qu’embarquer. Au départ on suit Charlotte, jeune femme vive, enceinte, heureuse un soir à Paris comme tous les autres. Elle est avec Karim, elle décide de profiter d’une soirée avec ses amies de toujours du lycée. Karim lui n’est pas avec elle, le temps qu’il la rejoigne en terrasse un attentat survient qui change totalement sa vie.

En ancrant son récit dans l’immédiat contemporain, l’auteur aurait pu tomber dans un récit voyeuriste ou uniquement didactique mais la force de l’écriture de Pascal Manoukian est justement de faire des attentats qui ressemblent tellement à ceux de novembre un récit littéraire. A travers ce drame, on réfléchit avec le personnage sur l’après. Comment survivre à un drame si soudain, injuste, inattendu? Quels choix prendre se venger, oublier, faire comme avant ? Karim lui va décider l’action, qui va l’emmener loin de la France pour essayer de trouver un responsable à cette horreur, pour faire taire la douleur. Ainsi avec lui, le lecteur découvre la machine à laver le cerveau de Daesh grâce à internet, les vidéos de propagande, les théories du complot. Il découvre le périple, les raisons qui peuvent pousser des humains à préférer mourir plutôt que de vivre.

On découvre aussi les horreurs de la guerre, de l’organisation , de la pensée déviante de celle ci  grâce à la précision des descriptions, les informations détaillées de l’auteur . C’est avant tout l’évolution psychologique du personnage qui se bat contre ses démons, qui se bat pour Charlotte et son bébé , qui s’interroge sur l’humain, la violence, l’inhumanité. De Paris en Syrie, on s’attache au personnage principal et à certaines personnes qu’ils rencontrent notamment Anthony, sa femme et son fils. Il nous donne à voir de manière quasi sociologique, ethnographique les raisons du basculement d’hommes jeunes comme Aurelien, plus âgés, de jeunes femmes qui sont attirées par ce miroir aux alouettes, cette volonté de mourir.

La lecture fait parfois mal aux tripes mais elle fait vraiment réfléchir et marque, elle incarne au-delà des mots, des théories, des peurs, une triste et nouvelle réalité. Elle pose la question de la lutte contre ce phénomène, de ses racines à la fois proches et lointaines. L’absurdité de la guerre, de la mort est aussi omniprésente, ces hommes devenus des animaux par choix, désespoir, envie d’une place.  Un livre à la fois humaniste, citoyen car il y a aussi de la poésie dans ce livre quand Karim se souvient de Charlotte, quand il se rappelle de l’histoire de la famille de celle-ci, de la splendeur passée de la Syrie.

Un livre indispensable à lire qui restera ancré qui au-delà des discours prémachés nous dévoile une réalité complexe qui nous touche tous. Un véritable chant d’amour de Karim à Charlotte qui pour elle va aller au cœur de l’enfer. Mais peut on en revenir indemne ? peut on même pour des bonnes raisons aller jusque là ? Un livre juste à ne pas rater.

Posté par eirenamg à 00:39 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :