le blog d'eirenamg : 1 gourmandise à partager: la lecture

15 février 2019

Shining au soleil : celle qui marche la nuit de Delphine Bertholon

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Celle qui marche la nuit est un roman qui joue sur l’ambiance et la peur. Un jeune parigot pure souche Malo se retrouve dans le Sud à la suite du déménagement de ses parents. Le voilà bloqué un été dans ce monde de chaleur, de bleu ciel, un paradis quand on est vacancier, un enfer quand on se retrouve dans une vieille bicoque la maison des pins et obligé d’aider les parents à bricoler.

Une seule solution entre 2 orages pour ne pas mourir d’ennui, explorer, la maison, les alentours et tenter de se faire des amis comme Lili la jeune postière.

Car quand sa petite sœur Jeanne de 5 ans si mignonne se met à se réveiller en hurlant, quand des phénomènes étranges se déroulent. Malo se dit qu’il est temps de prendre les choses en main et de découvrir la vérité.

On retrouve la manière si particulière et visuelle de l’auteur de faire naitre des ambiances, la chaleur étouffante du Sud, l’angoisse à la Shining, Hitchcock. On a l’impression d’être plongé dans un film d’angoisse. Elle réussit une fois de plus à se mettre dans la tête d’un ado ; son amour du skate, de ses potes avec Pop. Le biais du journal comme support de l’histoire est intéressant, entraine un crescendo avec les dates, heures qui comme dans une enquête défilent. Pour les ados, les thèmes de l’isolement, de la famille recomposée, de la mort sont efficaces. Malo est un personnage attachant qui essaye de comprendre, de se faire sa place dans cette nouvelle vie et d’aider sa petite sœur.

L’atmosphère s’alourdit entre aléas climatiques, lieux propices aux cauchemars : la ruine, la cave. Et c’est bien amené les rebondissements, la découverte peu à peu des ombres qui entourent les deux jeunes de la famille. J’ai apprécié de retrouver à la fois les récits qui me faisaient peur à l’adolescence, l’indolence de l’été et des personnages attachants. J’ai eu envie comme Malo de découvrir la face cachée de la maison.

La langue est à la fois riche et moderne, et peu à peu comme Malo on a envie de savoir si nos sensations, perceptions sont réelles ou non, un roman qui tient ses promesses, intriguant et flippant à souhait. Un roman à offrir aux ados de votre entourage mais aussi à tous les adultes qui aiment Stephen King.

Bonne lecture de Celle qui marche la nuit.

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07 février 2019

Classique moderne Belle amie d'Harold Cobert

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S’attaquer à un classique de la littérature, il faut être soit fou, soit sacrément doué. Harold Cobert est les deux.

Fou car le personnage de Duroy est un archétype en littérature, tout le monde le connait, l’arriviste qui se sert des femmes comme marche pied pour s’élever dans la société . L’auteur est sacrément doué car il arrive à se glisser dans les pas de Maupassant, sans le trahir tout en conservant son propre savoir faire et sa plume. On retrouve donc le personnage quelque temps après où on l’avait laissé, il est marié à Suzanne ( la fille des Walters), son objectif, sa quête est de devenir politicien, député lui qui dirige maintenant un journal.

Cette nouvelle aventure, nous fait aller plus loin ici dans les méandres de la politique du XIX e , des salles de presse de l’époque, des ventes d’articles à la criée. Des carrières qui se font ou se défont à coup de mots comme dans les combats dans l’hémicycle. L’auteur alterne description de Paris, des milieux que fréquentent ses personnages mais aussi des rebondissements, aventures avec une langue fidèle sans être précieuse.

Il écrit aussi bien les errances à pied de Duroy que les mécanismes intimes de sa pensée, ses manigances. Les envolées oratoires sont aussi présentes, quand il nous fait pénétrer au Palais Bourbon, avec les discours des députés de l’époque, il évoque les hommes du temps Lesseps, Eiffel. Il s’amuse à faire un clin d’œil cocasse à Maupassant qui publie dans un journal concurrent son feuilleton Bel ami. J’ai savouré cette langue, la qualité du style qui fait écho au souvenir d’un autre roman de l’auteur dont j’ai gardé le souvenir l’entrevue de Saint Cloud.

Le personnage de Clément, sorte de Mirabeau du XIX e siècle, impressionne par sa verve, son intransigeance et incarne les deux faces de cette République particulière.  C’est le gouailleur, le tombeur des ministères à la tribune, le charmeur de ses dames, ce député de Vendée. L’analyse fine de la politique et du moment historique est très bien faite sans être pénible. De même, la retranscription des articles de journaux qui deviennent de plus en plus important dans la vie politique est bien soulignée.

La réflexion sur nos institutions, la corruption, les inégalités, l’emprise du milieu des affaires, le journalisme est terriblement moderne. On comprend mieux à la lecture les blocages, les incohérences de notre système, les prémices de ce que l’on vit aujourd’hui. Sans verser dans l’anachronisme, par les faits, l’auteur nous laisse réfléchir. Les injustices criantes et croissantes sont aussi évoquées quand on voit les conséquences de certaines politiques menées par Duroy et ses amis. J’ai apprécié les allusions aux grands noms de la Révolution française, de me promener de la Normandie de Maupassant au Pays Basque d’Harold. Il suffirait de changer quelques noms d’affaires pour avoir l’impression de notre monde politique actuel.

Autre point important du livre, la juste place que l’auteur donne aux femmes, dans son roman. Les anciennes femmes de Duroy, Madeleine devenue une journaliste féroce d’investigation et qui n’hésite pas à gratter où ça fait mal. Suzanne fidèle et intelligente alliée de son mari, qui veut combattre pour le droit des femmes épaulée par sa mère Virginie. Des femmes plus fortes et modernes qui prennent pleinement leur place dans le récit.

 Nouvelles figures dans l’histoire Siegfried et Salomé qui incarnent la nouvelle vision donnée aux personnages et la porte d’entrée vers un monde plus interlope, sensuel. On passe par tous les sentiments en suivant les aventures de George, sale gosse, imbue de lui-même, conquérant, exécrable par moment. Puis plus complexe à la fois roublard et crédule du coup on le suit. C’est un salaud magnifique mais je trouve qu’il a plus d’humanité dans ce roman que dans celui de son prédécesseur.

Jusqu’au bout l’auteur tient ses promesses, un pari réussi, un nouveau classique. Donc embarquez pour ce classique moderne, au style romanesque, impertinent, drôle, ironique, férocement intelligent. Adoptez cette Belle amie qui est l’égale de son homologue masculin et j’assume de le dire le surpasse. Lisez le!!!!

PS : le bandeau pour une fois n’est pas trompeur, c’est un plaisir de le lire, c’est revigorant, ça fait du bien.

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02 février 2019

Au coeur de la justice anglaise: anatomie d'un scandale sarah vaughan

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Après l’immersion dans le monde de la pâtisserie, la 2nde guerre et la Cornouailles, changement de cap pour l’auteur. Sarah Vaughan nous livre un portrait détaillé et passionnant de la société britannique et plus précisément de sa justice, du pouvoir et de l’université.En effet, à travers les destins des personnages on en apprend plus sur le fonctionnement de la démocratie et des particularités de la société britannique qui paraissent toujours un peu exotique à nos yeux de français.

Plusieurs personnages interviennent, on a Sophie l’épouse d’un brillant politicien, l’avocate de l’accusation Kate incarnation de la justice inflexible qui va défendre Olivia, l’assistante victime et enfin le ministre lui-même James. Ces voix se mêlent pour décrire l’affaire judiciaire mais aussi le passé de nos protagonistes. Le lecteur fait le lien entre les différentes histoires et informations, pour tenter de répondre comme le jury d’ailleurs est ce que James est coupable du viol dont on l’accuse ? 

L’auteur redessine, les règles, le fonctionnement de la justice britannique, le rôle des médias, la camaraderie universitaire car James et sa femme se connaissent depuis la fac. Elle dresse de sacrés portraits de femme entre l’avocate Kate intransigeante au service des victimes, Sophie mère au foyer qui voit ses certitudes s’envoler. Ali qui incarne les réactions du public et qui se demande pourquoi son amie Kate s’est lancée dans ce procès médiatique. James dont l’avenir politique tremble et qui nous fait découvrir les antichambres du pouvoir.

J’ai aimé être plongé dans la tête de chacun, d’avoir aussi accès à leur passé, leurs peurs et fragilités intimes. La dimension psychologique et sociologique de la société est  bien rendue. La composition chorale donne un rythme rapide et maintient le suspense.

L’auteur nous décrit les arcanes du pouvoir, la société dorée et sa camaraderie, mais aussi la difficulté pour les victimes de violence de faire entendre leurs voix, de se reconstruire. La réflexion sur le consentement, la manière de traiter les femmes est très intéressante. C’est un roman moderne et féministe qui fait la part belle aux femmes et à l’évolution de ses personnages féminins.

Un livre efficace, bien construit que vous allez dévorer rapidement pour savoir si il y a vraiment  une affaire ou non au cœur du parlement londonien. Donc découvrez les dessous du scandale et laissez vous happez par la plume de l'auteur.

 

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27 janvier 2019

Autour du livre Des hommes couleur de ciel d'Anaïs Llobet

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Rencontre avec Anaïs LLobet pour son roman Des hommes couleur de ciel

Compte-rendu d’eirenamg et Virginie Vertigo pour le Paris Nantes.

Amandine Labansat et Janis Lardeux des éditions de l’Observatoire nous ont permis de bénéficier d’un moment privilégié avec l’auteure Anaïs LLobet dans un café parisien. Nous les remercions.

Nous avons été une dizaine de blogueurs à écouter, questionner, échanger avec elle sur ce second roman après Les mains lâchées sorti en 2016. Passés les débuts où tout le monde n’ose pas parler, les discussions ont été ensuite vite animées. Les échanges ont été d’autant plus enrichissants que pratiquement tout le monde avait fini le roman.

Voici pour le Paris-Nantes un petit compte-rendu non exhaustif.

Choix de la Haye et des Pays bas comme cadre de l’histoire.

Anaïs LLobet ne voyait pas cette histoire à Paris et comme elle connaissait bien la ville pour y avoir vécue plus jeune en tant qu’expatriée, le choix s’est posé sur cette ville. Elle aime le côté « « maison de poupée » de La Haye, ce décalage entre cette image politiquement correcte et la montée de l’intolérance vis-à-vis des étrangers. Elle a vu la différence d’accueil entre elle et ses amis néerlandais dont les parents étaient étrangers. On les ramenait systématiquement à leur accent, on leur faisait sentir qu’ils venaient d’ailleurs. Cette ville et ce pays ont une image de tolérance, d’acceptation des communautés LGBT, de la diversité mais, ils ont aussi un courant d’extrême-droite fort qui pénètre peu à peu les esprits. Cette contradiction et le besoin de mettre de la distance géographique et de le situer ailleurs pour avoir une vision plus neutre sur son récit ont primé.

Choix de la Tchétchénie.

Elle connait bien la Tchétchénie pour y avoir été plusieurs fois pour son métier de journaliste, pour avoir enquêté là-bas. Elle construit toujours ses reportages avec différents points de vue. Pour le livre, la question de départ était de savoir comment une personne peut compartimenter sa vie, nier une partie d’elle-même.

Le Caucase, ce berceau de vie européen est composé de nombreux peuples. Les Tchétchènes sont un peuple guerrier. Nul n’a oublié la guerre russo-tchétchène dans les années 1990 et 2000. L’homme tchéchène a une image très virile, guerrière de fait. Pas de place pour la sensibilité, pour la faiblesse ce qui explique grandement le rejet des homosexuels considérés comme des non-hommes, des faibles. Malgré tout, pour Anaïs LLobet, les Tchétchènes ont aussi une très belle culture, de la poésie. Aujourd’hui, dans l’ensemble les Tchétchènes sont allés au-delà du trauma de la guerre :  être un enfant de la guerre ne signifie pas verser dans la violence. C’est dans ce changement mais aussi cette permanence qu’elle a conçu son roman avec deux frères qui représentent les deux facettes de ce peuple Tchétchène. Malgré tout, l’auteure avait peur de pas être légitime sur le tabou de l’homosexualité dans le pays, sur le climat de peur associée à ça. Elle a eu la volonté de montrer tous les points de vue sans les juger, comme le personnage de Mahmoud qui est celui qui l’interroge le plus.

Construction du  roman :

L’écriture s’est faite tout en continuant son travail de reportage chez l’AFP. Elle a bénéficié cependant d’un mois de résidence d’écriture ce qui lui a permis de bien avancer et d’avoir le calme, le temps de poser les choses. Une fois le premier jet posé sur le papier, elle a envoyé son manuscrit à son éditrice. Au final, le roman est constitué à 85 % du manuscrit de base et 15% de son retravail notamment autour des personnages. Par exemple, elle a davantage développé celui d’Hendrik pour qu’il soit moins caricatural.

Les personnages

 Ils incarnent un jeu impossible. On demande à des personnes immigrées de faire un choix, de faire table rase de leurs origines, de s’intégrer. Ils ont une chance, ils n’en auront pas deux. Malgré tous les efforts, à la moindre erreur on ramène ces personnes à leur pays d’origine. Le personnage d’Anissa représente bien cette ambivalence.

Chaque personnage a sa propre logique même les personnages détestables, même les criminels. Elle a eu peur de tomber dans la caricature mais le fait d’avoir placer son univers hors de France lui a permis de faire un pas de côté. Elle n’a pas forcément pris conscience que l’attentat dans le lycée faisait écho aux lecteurs aux tueries de masse aux Etats-Unis. Le choix du lycée s’est fait surtout pour permettre d’intégrer pleinement le personnage d’Anissa et ses problématiques.

Autour du thème de la radicalisation

Aujourd’hui, toute cette radicalisation des esprits pour des raisons politiques, religieuses, économiques, toute cette fermeture d’esprit, font que le grand perdant, comme le souligne Virginie durant l’entretien, c’est la liberté. L’autre est vu comme un monstre. La diversité devient source de rejet alors qu’elle devrait être une source de richesse

Un troisième roman ?

Après cinq années à Moscou, Anaïs Llobet travaille maintenant à Chypre. Elle ne sait pas encore ce que donnera le prochain roman. Avec humour, elle nous a dit qu’elle espère que ce ne sera pas encore pour parler de catastrophe. Cependant, elle aime cette idée de bascule, de raconter le avant et le après de ses personnages.

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21 janvier 2019

puzzle soviétique: l'envers de l'espoir de Mechtild Borrmann

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Ce roman noir alterne le récit d’une maman Valentina qui est retournée habiter dans une zone interdite irradiée, à proximité de Tchernobyl. Sa fille Katherina a disparue , elle lui décrit sa vie dans un carnet, en racontant, sa jeunesse, son arrivée à Pripia, les années 1970-80 en Ukraine.

En Allemagne, un vieil homme allemand, Matthias, veuf voit débarquer un jour une toute jeune femme poursuivie par une voiture et décide de la cacher dans sa ferme. Enfin, on a également la voix d’un flic tenace Kyjan qui veut mener son enquête coûte que coûte, quitte à payer de sa poche ses investigations qui le mène d’Ukraine en Allemagne. Il veut savoir où sont passées une série de jeunes femmes parties avec la volonté de devenir étudiante et qui ont purement et simplement disparue. Malgré la corruption et l’absence d’aide réelle de sa hiérarchie, il veut apporter des réponses à Valentina.

Ce petit monde a pour point commun le passé, passé de Valentina qui raconte son quotidien, le choc de Tchernobyl, passé de la jeune femme qui s’est échappée, du vieil homme qui veut se sentir utile et du flic intègre.

Peu à peu, on reconstruit les drames qui touchent chacun ,par touche, on comprend à la fois la déliquescence, la corruption de la société à l’époque soviétique et aujourd’hui. On plonge dans les méandres du trafic humain. Les dangers et les morts jalonnent le parcours de nos personnages. Au fil des lignes on s'attache aux personnages et à leurs ombres, à cet espoir qui semble parfois se dérober.

J’ai aimé l’alternance entre passé et époque récente, d’en apprendre plus sur l’Ukraine à l’époque soviétique mais aussi contemporaine. Ce journal que tient la mère pour se souvenir, pour expliquer est poignant. On comprend l’embrigadement de l’époque, le choc de la catastrophe de Tchernobyl et ses répercussions. L’intrigue récente autour des jeunes femmes et la soif de justice de Kyjan fait tourner les pages. Un livre construit comme un puzzle à la fois instructif et prenant.

Un roman noir basé sur des faits réels, qui permet de mieux comprendre cette société slave et  les rouages de la criminalité. Donc découvrez l’envers du décor, assemblez les pièces du puzzle pour résoudre les mystères des personnages et en apprendre plus sur l’ère communiste et postcommuniste à l’Est de l’Europe.

 Ps: je remercie les éditions livre de Poche pour la découverte.

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13 janvier 2019

Puissant: des hommes couleurs de ciel d'Anaïs Llobet

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Ce deuxième roman d’Anais Llobet nous emmène à La Haye aux Pays-Bas au cœur de l’été. La vie est douce pour Alissa qui depuis qu’elle s’est installée en Hollande se fait appeler Alice et également pour l autre personnage principal Adam. Ils se sentent enfin libres, vivants dans leur pays d’adoption, eux qui ont fui les combats et la violence de la Tchétchénie.

Alice est professeur de russe, elle a eu Adam et Kirem son petit frère en cours, elle partage sa vie avec Heindrik. Elle commence enfin à s’habituer, à oublier même si elle fait toujours attention à bien prononcer les mots, à ne pas afficher sa religion, à ne pas dire d’où elle vient exactement pour être mieux intégrée. Mais ce lundi tout vole en éclat, un attentat frappe le lycée où Alice travaille et le passé remonte à la surface.

On suit les conséquences de ce drame pour les protagonistes, leur entourage et aussi pour le pays. L’auteur alterne les points de vue des personnages, nous donne leurs ressorts et leurs clés intimes pour mieux les comprendre. Ce livre est avant tout sur l’identité, le poids du passé, du regard de l’autre, ce qu’il nous assigne comme place. Il montre comment il est difficile de se réinventer même éloignée de sa culture, son pays, sa famille.

Il démontre que nos sociétés sont bien moins ouvertes qu’elles ne le prétendent, comme le souligne le personnage d’Heindrik et son attitude vis-à-vis d’Alice. Il montre aussi comment les traditions, l’honneur peuvent rester plus fortes. Le roman insiste aussi sur l’importance de la famille, des rapports de pouvoir au sein de celle-ci comment Adam se retrouve peu à peu prisonnier de ses choix. L'auteur nous questionne également sur notre liberté, nos choix, sur la difficulté de pouvoir comprendre l’autre.

L’écriture est forte, vive, ultra réaliste et à la fois très intimiste quand elle s’attache à décrire la personnalité des personnages. On les voit jouer cette partition en trois actes et on se demande comment elle va finir. Quand le dernier mot est inscrit, on est sonné, on se demande comment on a pu en arriver là, on a envie de rendre justice à Alice, Kirem, Adam, on n’a pas envie de lâcher leur main.L’auteur signe une fois de plus un récit remarquable, tout en finesse, sans manichéisme, bien documenté et qui fait un effet miroir.

Comment réagirions-nous dans la même situation ? Quels choix faire face aux traditions ? Comment s’assumer, faire fi des codes?

Vous découvrirez la raison du titre que je trouve d’ailleurs très poétique des hommes couleurs de ciel, vous verrez comment la lumière est peu à peu rattrapée par la nuit, vous rendrez justice en vous intéressant à la Tchétchénie. Un deuxième roman impressionnant et maitrisé, qui évite bien des écueils et fait réfléchir, un roman qui nous fait nous décentrer, nous mettre à la place de, sans juger, de la vraie belle littérature en somme.

Ps: Merci aux éditions de l’observatoire pour la lecture de ce roman et de m’avoir permis de retrouver les émotions du premier découvert il y a 2 ans qui m’avait laissé aussi hypnotisé et bluffé. Qui reste attaché également à une très belle rencontres ce jour là n'est ce pas Nicolas?Donc rendez vous au 3e Anais Llobet.

Première lecture commune du Paris-Nantes: voilà l'avis de Virgine :

" Des hommes couleur de ciel " d'Anaïs Llobet - LES LECTURES DU MOUTON

" Un goût acide envahit ses gencives. Voilà, on y est, se dit Alissa. La Tchétchénie est devenue un gros mot aux Pays-Bas, à chuchoter et à ne surtout pas graver sur les tables. Un mot défendu, qui attire l'attention, qui pue le sang et la mort, déjà banni des repas de famille en Russie et désormais ceux aux Pays-Bas.

http://www.leslecturesdumouton.com

 

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04 janvier 2019

Encore un homme : même les monstres de Thierry Illouz

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Même les monstres est un court récit autobiographique de l’auteur où il raconte son métier d'avocat tout en parlant en filigrane de lui. Le point de départ est cette question lancinante qu’on lui pose comment arrive-t- il à défendre des monstres ? Des criminels ?

De cette question, l’auteur tisse une réflexion sur la justice, sur l’humanité, sur le déterminisme mais aussi sur les codes, le décorum de la justice. Il parle des accusés, de leurs langages, de leurs crimes et surtout il parle de l’Homme. C’est ça qui est étonnant dans ce livre , la manière dont il arrive à faire bouger les lignes et à nous faire réfléchir sur les monstres que nous fabriquons car avant d’être des criminels, ce sont avant tout des humains qui ont basculé, fait un choix.

Le fait de resituer leurs parcours, d’essayer d’être juste, de rester sur les faits en redonnant une humanité, fait réfléchir aux causes de ces actes. C’est souvent la pauvreté, les abus, une sorte d’invisibilité qui donne envie de faire payer, de se sentir fort en commettant des crimes. La prison est aussi évoquée avec le sentiment de claustration, la banlieue, le jugement médiatique de l’immédiat.

Finalement et c’est la force de récit, il démontre que croire aux monstres c’est se déresponsabiliser, que la répression sans s’attaquer aux causes sociales des crimes est un éternellement recommencement. Comme avant où les exécutions en place publique satisfaisaient le pouvoir, le peuple mais n’éradiquaient pas les crimes. J’ai été intéressé aussi par la relation au père, à l’ordre, à l’intégrité morale presque un sacerdoce qu’est ce métier d’avocat décrit par l’auteur. J ai été sensible aux questionnements identitaires, aux jeux de pouvoir, de costume d’un procès.

Ce livre au-delà du récit est un plaidoyer pour une vraie justice pas seulement punitive, mais qui prend en compte les hommes comme faillibles. Est-ce que j’aurais la force comme l’auteur de voir au-delà de l’acte, je ne sais pas par contre je sais que je n’utiliserai plus le mot monstrueux. Il va au-delà de la vision manichéenne classique de la justice, il questionne sur notre côté voyeuriste en parlant de ceux qui assistent aux procès.

Ce livre acheté suite à la lecture de Charles Berling restera une lecture marquante de 2018, pour l’amorce de réflexion qu’elle a généré et je suis curieuse maintenant de découvrir la plume de l’auteur dans ses œuvres de fiction.

 

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28 décembre 2018

Conte musical drôle et intelligent la princesse qui rêvait d'être une petite fille Jérôme Attal Fred Bernard et Elise Reslinger

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 Ce conte musical est drôle et agréable à lire, on suit les pas de Lola Loup qui est une petite princesse de bientôt 7 ans, plutôt solitaire et têtue qui fait faire ses 4 volontés à son père. A l’aube de son septième anniversaire, elle souhaite avant tout être une petite fille comme les autres car elle aimerait avoir des amis.

Le ton est à la fois léger, drôle avec les noms des personnages, les jeux de mots. Il y a des personnages un peu fantastique comme le serpent de mer, la forêt qui éternue mais derrière le côté ludique les messages autour de l’environnement, le respect, la norme sont intelligents. Une histoire qui n’est pas niaise, qui ne se prend pas au sérieux et qui pourtant délivre de belles leçons.

Une lecture qui plaira aussi bien aux adultes qu’aux enfants, qui pourront rire, apprendre les chansons et les même pas peurs, voir les dessins qui illustrent ce conte bien mené. J’ai apprécié Lola Loup et son caractère bien trempé et d’écouter les chansons qui habillent cette histoire.

Un conte à découvrir et à partager en famille pour le plaisir de tous pour découvrir cette petite princesse qui rêve d’être une petite fille. Donc découvrez ce conte pour retrouver votre âme d'enfant.

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15 décembre 2018

Quête identitaire: Jeune Fille Modèle de Grace Ly

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Ce premier roman est très intéressant, une jeune ado Chi Chi vit dans le 13 e arrondissement avec sa mère, son rêve est d’être comme tout le monde, ne pas se faire remarquer quand elle va au lycée. Sa mère a de grandes ambitions pour elle. Le cœur de son univers est le restaurant: l'Extrême Orient.

Chi Chi se questionne sur ses origines, sa famille, car personne ne parle du passé. Elle a sa grand-mère l’inflexible qui veut qu’elle soit toujours polie. Sa tante Brigitte la coiffeuse, la rebelle ,dont le modèle est la Brigitte Bardot des années 60, Tante Meng et Oncle Deux , elle tient la rôtisserie et lui passe sa vie dans son taxi. La famille de Chi Chi est à la fois haute en couleur et très unie, j'ai aimé découvrir au fil des pages, leurs ombres et surtout le ciment qui unit cette famille.

 Chi chi est à une période où elle ne comprend plus sa famille, leur passivité face au racisme, leur volonté de ne pas faire de vague ou certaines traditions, l’obsession de sa mère pour qu’elle apprenne le chinois. Elle aimerait avoir un prénom, plus passe partout, avoir le même sac que tout le monde.

L’écriture est vive, limpide, l’auteur réussit à nous faire pénétrer dans cette famille et à nous faire comprendre les raisons de leurs agissements. Car comme dans une enquête Chi Chi va apprendre sur la vie de sa famille avant d’arriver à Paris. Sans pathos, avec beaucoup d’humour, l’auteur pointe du doigt également les préjugés même inconscients parfois du facteur Jérôme, des professeurs autour d’elle.

Elle démontre aussi la difficulté pour une personne d’être métisse, une banane comme elle s’appelle jaune à l’extérieur mais blanche à l’intérieur. D’autant plus, que Chi Chi ne sait que peu de choses sur son passé familial. Cette quête identitaire m’a touché, son sentiment de ne pas être à sa place a fait écho à mon métissage. Elle m’a fait découvrir aussi des traditions que je ne connaissais pas et voir autrement le 13e. J’ai aimé aussi le personnage de Nabil qui va faire irruption dans la vie de Chi Chi, à la fois chronique adolescente, avec les amis, l’école et surtout quête identitaire ce premier roman est riche et moderne.

Un premier roman sur une jeune fille modèle qui peu à peu trouve sa voie et surtout ses racines pour simplement devenir ce qu’elle est. Un roman que je vous conseille de découvrir, un joli coup de cœur.

Merci à Marie Félicia de me l’avoir conseillé.

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13 décembre 2018

Dans la vie d'un parc animalier: Gran Paradiso de Françoise Bourdin

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J’avais beaucoup entendu parler de Françoise Bourdin, j’avais déjà lu deux ouvrages il y a quelque temps de cette auteur, un que j’avais apprécié pour la découverte du monde des marins pêcheurs la promesse de l'océan et l’autre qui m’avait agacé sur les querelles familiales à la campagne: au nom du père. Du coup, je restais sur une impression mitigée. Une amie lectrice me disait qu’elle ne comprenait pas pourquoi je n’accrochais pas, se demandant si c’était une question de génération et trouvant que ses romans étaient bien. Comme je n’aime pas rester sur mes a priori, j’ai décidé de relever le défi cette année, de lire la dernière histoire de Françoise Bourdin Gran Paradiso.

L’histoire se déroule dans un parc animalier dirigé par Lorenzo Delmonte, on suit son quotidien, ses relations avec sa famille, compliquée avec son beau père Xavier, plus harmonieuse avec sa mère Maude, ses frères et sœurs Valère, Anouk et Laetitia. La partie familiale et notamment la relation avec le beau père m’a fait un peu peur au début, car je trouvais le personnage de Xavier caricatural, un peu trop jusqueboutiste mais finalement contrairement à ce qui s’était passé dans au nom du père je n’ai pas détesté le personnage au point de sortir de l’histoire. J’ai apprécié par contre les personnages secondaires que sont Valère et Anouk, le petit frère Valère fou d’admiration pour son ainé, Anouk la chef cuistot qui vit de sa passion.

Le personnage principal Lorenzo est aussi intéressant, il permet d’appréhender et c’est ce qui m’a intéressé dans l’histoire les raisons d’être d’un parc animalier. A travers le récit, on comprend mieux leurs fonctionnements, la relation du soigneur, du vétérinaire et le but de certains de ces parcs d’être le gardien d’animaux sauvages. J’ai retrouvé la capacité de l’auteur à se fondre dans les descriptions, de dépeindre un milieu de manière minutieuse. Sa description du parc, de ses aménagements, des animaux est criante de vérité. C’est ce qui fait sans doute la force de l’auteur. Un peu comme dans mes souvenirs d’Henri Troyat quand j’étais jeune, cette manière de dépeindre l’environnement.

Par contre, le côté plus sentimental de l’histoire, avec la présence de Julia, m’a moins embarqué, c’est un joli portrait de femme, passionnée par son métier, comme Anouk ce qui est intéressant. Mais je suis moins sensible au côté un peu fleur bleue de l’histoire.

 Les atermoiements des sentiments des personnages sont surtout un prétexte pour réfléchir aux choix, poids du passé, rapport à l’environnement. Donc si je suis honnête, je ne me suis pas ennuyée pendant la lecture, j’ai appris sur le monde des parcs, après j’aurais aimé être davantage encore immergée dans la philosophie du parc, et rester que sur la partie rapport à l’animal, à la préservation. Je comprends mieux l’intérêt que porte les lecteurs à cette auteur et même si je suis moins sensible au côté familial et sentimental, le livre réussit son objectif, divertir le lecteur.

Gran Paradiso est un roman populaire, dans le bon sens du terme, c'est-à-dire qu’il décrit un milieu, des personnages passionnés par leurs métiers. L’auteur a un don particulier pour être une sorte de photographe d’une époque et de son actualité (réflexion sur le côté zoo, commercial, problème de famille recomposée), avec une dose de bons sentiments. Donc même si ce n’est pas mon genre de lecture, un roman pour le lecteur et qui le fait s’évader.

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