le blog d'eirenamg : 1 gourmandise à partager: la lecture

23 avril 2018

Candide moderne: Marguerite n'aime pas ses fesses de Erwan Larher.

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Ce roman est inclassable, portrait d’une génération désabusée et égoïste obsédée par son nombril, le sexe, la réussite. Hypocrite, se targuant de grands idéaux humanistes, féministes, politiquement correct en étant collée sur ses écrans. Solitaire ou en bande, sans idéaux et pas intéressée par la politique voilà le monde que décrit  Marguerite.

Marguerite est une sorte de Candide moderne, dans ce monde là, au fil du récit, elle mue. Jeune femme timide qui ne s’aime pas comme beaucoup de jeunes femmes, qui est étouffée par sa mère Billie, son mec Jonas et sa bande de copines pas si bienveillante.

Elle est un peu naïve, elle est  hors code, elle ne veut pas faire de bruit, qu’on la remarque, elle n’a pas une sexualité débridée ou une vie merveilleuse qu’elle peut étaler sur les réseaux sociaux. Elle se demande par moment si elle est  normale quand elle écoute, son mec et sa rébellion de pacotille, ses copines et leurs histoires de cul, sa mère qui l’invective pour qu’elle se mette en valeur, se batte. Par hasard, elle rencontre DDM, vieux président de la République, à la fois cynique et un peu à l’ouest qui veut écrire ses mémoires et lui raconter ses souvenirs. C’est elle qu’il choisit comme confidente, elle à qui d’habitude on confie les tâches inintéressantes dans la maison d’édition où elle travaille.

Les dessous de la politique française, les querelles, les coups bas du pouvoir, les conquêtes féminines, la jouissance et les affaires de corruption sont au cœur de leurs discussions. Elles font de lui une sorte de patriarche, un guide, un Pangloss particulier qui décille les yeux de notre héroïne au fil de ses bribes de souvenirs.

Jacek, flic qui gravite autour de la mère de Marguerite s’invite dans cette histoire qui joue par moment sur les codes du roman noir avec le flic taciturne, revenu de tout et raciste décomplexé, assumé qui mène une enquête en parallèle.

 Le tableau de la société est férocement acide, drôle, bien troussé. On passe d’un personnage à l’autre, le lecteur assemble les pièces de puzzle de la vie de DDM, voit les évolutions de la vie de Marguerite. On comprend sa quête de reconnaissance, d’identité, on la voit réapprivoiser son corps, elle qui ne ressentait rien, ne plus être sur la touche, spectatrice de sa vie. Elle est touchante Marguerite, on a parfois envie de la secouer pour qu’elle mette un bon coup de boule à Jonas son soi disant petit ami.

Le sexe et ses pulsions, cette obsession, ses conséquences sont indissociables du récit. Comme l’évocation de la lecture, de l’écriture, aux allusions des termes de littérature, une sorte de mise en abîme du personnage comme au début du récit où Marguerite se fantasme en écrivain.

J’ai apprécié les différents niveaux de lecture, les portraits à la fois doux et grinçants des personnages et d’être emporté dans le rythme, le regard acidulé sur notre temps. Le jeu de l’auteur avec le lecteur jusqu’à la dernière page, les personnages et leurs gammes, comme une petite musique entêtante, les intrigues entremêlées et l’ironie présente au travers des lignes.

 La réflexion sur le paraître, entre l’image qu’on donne et ses pensées intimes, ses fantasmes ; la vieillesse, la solitude mais aussi la vision plus sociale avec l’évocation de la corruption sont intéressantes.  Le besoin de se raconter des histoires, la difficulté d’exprimer de vraies sentiments et pas ce qu’attend seulement la société. Les secrets, le monde de faux semblant qu’est notre époque moderne et ultra connectée et le besoin de rédemption de certains personnages.

Un roman doux amer que je vous conseille de lire.

 

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21 avril 2018

Vérité ou mensonge qui je suis de Mindy Mejia

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Qui je suis est un polar efficace, il est construit au travers de chapitres où on suit 3 personnages : Hattie : la victime, jeune lycéenne de 17 ans, Del Goodman, le shérif chargé de l’enquête et ami avec ses parents, Peter, son prof de  lettres au lycée.
 Le récit  alterne aussi l’enquête et des flash-back dans la vie des protagonistes. Tout se passe dans un petit village Pine Valley, à la campagne au cœur d’une nature indomptable et au sein de la communauté.
On a accès aux pensées des personnages principaux, à leurs vies  de famille, leurs espoirs, leurs secrets. On assiste à la mise en place du drame. Ce qui est original outre la construction, c’est l’importance des lettres, du théâtre et de la fameuse pièce de Macbeth, la personnalité complexe de la victime Hattie, de son entourage.
Les portraits des protagonistes principaux et secondaires  sont fouillés, l’enquête est sans temps mort, on reconstitue comme dans un cluedo les motifs, les non dits et les choix qui aboutissent au drame.
 Les secrets, la passion , les faux semblants sont au cœur de l’enquête, le Shérif Goodman dans le rôle d’un flic à l’ancienne qui veut faire honneur à son ami Bud en trouvant l’assassin de sa fille face à son adjoint Jake férue de nouvelles technologies. La vie d’une adolescente Hattie qui rêve d’être actrice ; le retour sur les bancs de l’école avec les intrigues et les dangers de cet âge là sont bien retranscrits comme la vie d’une petite bourgade moins calme qu’il n’y parait. Et on veut savoir qui ment? qui a tué Hattie et pour quelles raisons?
Un bon polar à la fois à l’ancienne et original dans sa construction où on termine sur une note douce- amère, avec de la poésie dans la description des paysages, dans l’espoir qui anime Hattie. Une belle plongée dans l’Amérique profonde et ses secrets.
 Un bon polar que je vous conseille, bien écrit et qui remplie sa part du marché, en allant jusqu’au bout du suspense.

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16 avril 2018

Femmes dans l'histoire Culottées Tome 1 Des femmes qui ne font que ce qu'elles veulent

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Une bd qui s’intéresse à des portraits de femmes, de toutes les époques et dont on suit les exploits ou les parcours de vie. La mise en forme est agréable, comme le dessin, chaque vie est séparée par une planche sans texte qui synthétise un passage de l’histoire. Les couleurs sont vives et les cases s’enchaînent vite. La Bd est didactique et drôle, vivante et colorée, elles démontrent que les femmes oubliées de l’Histoire sont bien présentes pourtant quand on s’y intéresse.

On suit donc la vie de Clementine Delait, femme à barbe qui fait de sa particularité physique une force . Nzinga, une belle métisse du XVIe XVII e siècle qui est au cœur de l’histoire angolaise et des querelles coloniales entre les portugais et son peuple. Magareth Hamilton, célèbre actrice du magicien d’Oz dans le rôle de la sorcière.

Elle met également en lumière la violence de l’Amérique latine, avec le destin des sœurs Mariposas. Des femmes de caractère comme Josephina qui brave son époque et les interdits religieux aux Pays bas au 19e. Anette Kellerman, une jeune nageuse australienne qui va avoir une influence sur la libération du corps féminin à travers sa réflexion sur les maillots de bain.

Des femmes ordinaires ou extraordinaires, loin des clichés comme Delia Akeley et son observation de l’Afrique, la célèbre Joséphine Baker ; une illustratrice jeunesse Tove Janson, Agnodice femme médecin à Athènes dans l’Antiquité, Leymah Gbowee au Libéria qui se bat pour les femmes et pour la paix en pleine guerre civile. Giorgina Reid qui réfléchit pour son île et son phare , Christine Jorgensen qui suit un traitement pour devenir une femme, elle qui est née homme et a eu le courage de parler de son opération dans les médias. Wu Zehan, une impératrice chinoise révolutionnaire qui de concubine va créer une dynastie et que l’histoire officielle oublie.

Une bd originale, instructive, à la fois bien documentée et agréable à lire, on ne s’ennuie pas à travers ces destins de femme et je vous la conseille fortement.

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13 avril 2018

Comme une ombre divertissant et agréable de Pascale et Gilles Legardinier

 

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Comme une ombre est un roman d’aventure écrit à 4 mains par Gilles Legardinier et Pascale Legardinier. Avant le roman, il nous explique comment ce roman est finalement le fruit d’un pari mais je vous laisse découvrir les motivations de cette histoire. Pour une fois la lettre au lecteur est au début.

On suit les destinées de deux personnages Tom et Alexandra, Alexandra est la fille d’un riche homme d’affaires. Celui-ci est terrorisé à l’idée que quelque chose lui arrive donc il lui adjoint les services de gardes du corps. Le souci c’est que cette mesure agace passablement la jeune femme qui s’amuse à les faire tourner en bourrique. Le dernier en date est Tom, différent des autres, militaire, paré pour protéger les grands hommes et qui pense passer une mission tranquille en surveillant cette gosse de riche.

Les péripéties sont dynamiques, elles s’enchainent de manière fluide et c’est agréable de voyager à leurs côtés vers des destinations exotiques. Outre les lieux, la relation qui se crée peu à peu est intéressante à suivre. On retrouve l’humour de l’auteur qui s’amuse avec ses personnages et les plans parfois tordus de la jeune femme pour échapper à son garde du corps sont drôles. Outre l’humour les auteurs dressent un portrait d’une jeune femme, moderne, seule et qui finalement se cherche de lieux en lieux, elle qui ne veut pas seulement être une fille à papa et reprendre l’affaire familiale. C’est intéressant de voir son cheminement, son entêtement parfois, son côté casse cou, elle devient de plus en plus touchante au fur et à mesure des épreuves. Tom est ébranlé dans ses certitudes et sa mission mais ses nerfs et sa patience sont mises  à rude épreuve, il a un côté plus posé mais tout aussi têtu que la jeune femme, il est attendrissant à suivre. Un récit plus léger que le précédent une fois dans ma vie, une sorte de comédie d’aventure comme un lointain cousin du premier miracle le côté historique en moins. Un joli pas de 2 réussi.

Un récit d’aventure et sentimental bien troussé qui fait sourire, s’évader et passer un bon moment de lecture. La fin de l’ouvrage avec une nouvelle personnelle de Gilles Legardinier termine sur une des leçons dont il a le secret et elle m’a particulièrement émue notamment la 1ere anecdote.

Une jolie idée que cette histoire tissée à 4 mains, vivante, agréable, qu’on suit avec grand plaisir.

Ps : merci à ma bonne fée pour ce livre qui se reconnaîtra, qui m’a fait passer pour une dingue mais que j'aime ce genre de surprises et qui a adoucit le poids des ans. Bises.

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11 avril 2018

Peinture émouvante la maison à droite de celle de ma grand mère de Michael Uras

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Giacomo est un jeune traducteur qui revient rapidement sur son île natale car sa grand-mère est malade. Il retrouve les habitations colorées, ses parents, sa mère autoritaire, colérique et son père peintre en bâtiment et taiseux.

Avec folie, nostalgie, douceur, mêlant références littéraires avec Moby Dick , Stevo et imaginaire l’auteur dessine, brosse une Sardaigne à la fois réelle et fantasmée. Il insiste sur la beauté de l’île et la particularité de ses insulaires.

Avec Fabrizio le vendeur de journaux et sa maladie, le Capitaine, sorte de figure paternelle pour le personnage principal et ses exploits, sa grand mère la seule confidente de sa famille de fou.

On suit ce moment hors du temps, cette pause dans la vie du héros. Il est comme tous les héros de l’auteur à la fois doux et rêveur, maladroit, intelligent et a du mal avec la réalité. Il se laisse emporter par le charme de l’île et ses souvenirs. C’est ce que j’apprécie chez l’auteur, c’est qu’il esquisse des personnages imparfaits à la fois ordinaire et extraordinaire. Humains et originaux, comme dans les poupées russes, on découvre peu à peu le personnage plus complexe qu’il n’y parait et ce qui en a fait cet homme fragile passionné par ses traductions. Les évocations de sa vie d’avant, sont poignantes.

Les relations difficiles avec les parents, à la fois omniprésents et fantasques, l’amour de la grand-mère, la construction d’une passion avec la traduction. La défaite comme ciment avec l’équipe de foot, la différence et son jugement, la difficulté d’aimer, les conseils de famille. C’est une histoire riche que développe l’auteur au fil des pages.

Un univers de plus en plus fort, avec des images, des sensations, les odeurs de citron les couleurs des maisons, la mer, les biscuits de l’épicière, l’insularité. On se laisse guider dans la tête et les actions du personnage au cours de ces jours sur l’île. Il remonte le fil de ce qu’il est comme un saumon qui retourne à la source. Il se rappelle aussi ce qu’il fuit, cette monotonie, cette langueur qui à la fois l’attire et le révulse.

Les personnages secondaires sont aussi hauts en couleur avec son chef qui le harcèle au téléphone, son oncle Gavino, la belle Alessandra.

J’ai été touché par la poésie de l’auteur, sa manière de camper une histoire, de nous immerger dans celle-ci. Sa façon de recréer l’enfance de son personnage, mais aussi ses doutes, ses fêlures d’adulte. Ce roman est plus intense dans la psychologie des personnages, plus sombre par moment mais l’auteur a l’élégance de ponctuer les moments d’émotions par une jolie étoile qui marque un événement puis un autre car il n’y a pas de chapitre. On écoute la voix de Giacomo nous conter son histoire. Comme dans une fresque l’auteur dessine touche après touche son histoire faite d’ombre et de lumière, chaque goutte de peinture, chaque évènement dans la vie du personnage permet de mieux comprendre la composition. Jusqu’à la fin émouvante.

L’amitié, la magie des Domos, l’imaginaire du personnage véritable rempart à ses sentiments, à son passé avec Jessica démontrent que même dans les pires moments, les mots, la parole, l’art, peut permettre de survivre. Que nous suivons tous des baleines blanches, que la poésie, l’amour des proches, l’amour de nos racines, la vie, la mort,  peuvent surgir à tout moment.

Une poésie plus profonde, moins d’ironie, plus de douceur, une langue toujours aussi belle j’ai retrouvé les ingrédients qui me font apprécier le style de l’auteur. Ce roman marque encore une évolution dans son œuvre avec une histoire tenue de bout en bout qui captive, enveloppe, fait tanguer nos sentiments. Donne envie de suivre Giacomo et sa folle famille, d’aider Fabrizio, de soutenir le Capitaine, de remercier les parents de celui-ci pour se voyage.

Une belle déclaration à cette île, son histoire, ses légendes, sa beauté, sa solitude et à ce qui nous maintient en vie : les mots. J’ai vraiment été touché par le personnage, sa philosophie et ses failles qui ont fait écho.

Donc plongez dans ce roman, vous en ressortirez plus humain, en voyant davantage de lumière, de couleur, en écoutant la poésie des mots, en ayant envie furieusement d’aller en Sardaigne sur les traces de Giacomo.

 PS: Voilà j'ai quelques auteurs que j'apprécie et qui arrivent par leurs mots, à faire vibrer une corde de livre en livre, ils sont peu nombreux, voilà donc une nouvelle corde à mon coeur de lecteur.

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03 avril 2018

Feignasses for ever: le club des feignasses de Gavin's Clemente-Ruiz

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Une fois n’est pas coutume, le pitch va être rapide. Les 5 personnages se rencontrent dans une situation particulière, inattendue. Ils n’auraient jamais dû se rencontrer et pourtant ils se croisent. Ces 5 individus différents, se reconnaissent, s’apprivoisent, se découvrent au fil du récit.

Béa  est agent immobilière, croqueuse de vie et d’hommes, fan de Johnny. Elisabeth 68 ans est la parfaite femme au foyer effacée derrière son mari.  Alice est une jeune femme de 25 ans timide puéricultrice au look d’ado. Enfin, Sam est un jeune banquier dynamique  fou amoureux de Greg.  Pour la suite il faudra ouvrir les pages. Il faut que je vous dise que ce livre m’a remué, qu’il est difficile de lui rendre justice sans en dévoiler des éléments donc je vais juste vous parler des émotions et de ce que l’on ressent à sa lecture.

Ce petit monde va se choisir comme une famille, les 5 doigts de la main et on suit leurs aventures drôles et tendres au fil des pages. L’auteur danse sur un fil de l’émotion, du rire aux larmes. Avec délicatesse, poésie, bienveillance, pudeur, il dévoile une belle réflexion sur l’amitié, le sens de la vie, les choix, les combats à mener, les ressources pour surmonter les épreuves, la tristesse, son passé.

On est ému souvent, on rit, on pleure, on fait défiler les pages car on s’attache à cette joyeuse bande. On aime découvrir leurs ressorts, leurs secrets. La douce folie et l’énergie à toute épreuve de Béa, l’affirmation d’Elisabeth, c’est beau de voir émerger le papillon de sa chrysalide avec le personnage d’Alice et de voir Sam renouer avec son passé sous le regard bienveillant de Greg et du beau couple qu’ils forment. J’ai été touché par ces personnages dans le cas d’Elisabeth et de Béa, ils m’ont fait penser à ma tante et à ma grand-mère, j’ai été prise par surprise par l’émotion qui se dégage du roman à la fois brute et pudique.

Des humains attendrissants, imparfaits, vibrants qui nous donnent des leçons de vie : ensemble on est plus fort, il ne faut pas regretter et avancer. Tiens je fais comme les petites phrases de Béa dans son carnet vert.

Un livre fort et subtile, une comédie douce amère. Bravo à l’auteur d’avoir tissé cette belle ode et cet hommage à la vie, à l’amitié, pour faire entrer de la lumière, de la tendresse dans notre triste époque. D’avoir eu l’idée géniale de créer ce club des feignasses qui restera gravé dans mon cœur, a fait ressurgir des souvenirs et me l’a fait dévoré en quelques jours.

Et pour finir Lisez le !!!!

Ps: merci aux editions Mazarine.

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28 mars 2018

Aventure humaine, souvenir du Mazarine Book Day

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Un petit article pour vous parler de mon expérience de jurée au Mazarine book Day. Un joli souvenir du 17 mars qui me trotte dans la tête donc j'ai décidé de vous faire partager mon ressenti et cette jolie expérience.

Le principe est le suivant, des écrivains totalement débutants, déjà publiés ou auto édités viennent avec un pitch de leur roman, un chapitre et se présentent devant un jury composé cette année d’un libraire, d’un membre de la maison d’édition Mazarine et d’un bloggueur. J’ai eu la chance de partager cette belle aventure avec Caroline, Virginie et Séverine.

Ils ont 10 min pour convaincre. A l’issue de cet entretien, le jury rend un avis consultatif ( tous les chapitres donnés seront lus et les auteurs auront des retours même si ils ne sont les gagnants.) 

Ce qui m’a séduit dans le concept c’est l’idée d’ouverture à tous les styles, genre et de mettre directement en relation des auteurs avec des professionnels de l’édition et des lecteurs. De plus, le cadre à l’Alcazar et l’accueil de l’équipe ce jour là pour les participants étaient top. Les auteurs pouvaient s’entrainer avant de passer devant le jury ou faire le choix de se lancer direct dans le grand bain.

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Ce que je retiens de ces 2h30 d’échanges avec ces futurs romanciers et romancières c’est  l’émotion, la connexion qui s’est construite finalement rapidement à travers cet échange. J’avais peur de passer à côté, de ne pas accrocher à une histoire mais finalement la présentation de l’auteur, les échanges sur les personnages, l’intrigue, les péripéties, le genre du texte ont permis une vraie discussion. J’ai été touché par les récits de certains participants, leurs histoires personnelles et celles qu’ils voulaient écrire. J’ai aimé leur envie, leur fougue à défendre leurs personnages. J’ai eu envie de tourner les pages, de découvrir les chapitres. J’ai vraiment espéré pour chacun d’entre eux en remplissant ma petite fiche et en disant le ressenti en quelques mots. J’ai retenu des visages, des titres de futurs romans, j’ai fait provision, de passion pour les mots, d’histoires qui commencent. J’espère vraiment dans certains cas lire leurs manuscrits, croisons les doigts. C’était chouette de partager cette expérience avec Alexandrine  pour les éditions Mazarine et Elodie libraire à Gibert Joseph.

J’ai été triste quand cela s’est terminé, j’espère que cette expérience sera bénéfique et leur permettra d’ avancer et de permettre la vraie naissance de leurs récits. Une expérience vraiment belle, qui m’a permise de rencontrer une libraire extra et de découvrir le travail de précision et d’accoucheur même dans ce court laps de temps d’éditeur.

Donc n’hésitez pas à tenter votre chance, l’an prochain, vous serez bien reçu.

PS : cette journée a en plus été embellie par les rencontres parfois brèves mais sympathiques avec les autres jurés, la présence de la pétillante Laure Rollier précédente lauréate avec qui j’ai pu échanger sur la fin de son roman, l’adorable Julie de Lestrange dont j’ai aimé les 2 premiers romans et de voir en plus Baptiste Beaulieu entre 2 participants. Un grand merci à Marie Félicia et Alexandrine de m’avoir embarqué dans cette belle aventure qui a illuminé mon samedi.

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27 mars 2018

Epopée subtile et historique au coeur d'une cristallerie : les années Cristal tome 1 de Stéphane Nolhart

 

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Epopée historique et familiale dans une cristallerie parisienne, à Clichy. On suit les pas de Louis Joseph Maës, brillant cristallier, amoureux fou de sa femme Anne et qui va au cours du siècle révolutionner son art.

Fier bonapartiste, honnête et courageux, à travers lui on assiste aux grands événements du siècle, l’avènement de Napoléon III ; la montée des tensions avec l’Allemagne, la Commune. On côtoie les personnages célèbres comme Nadar, Baudelaire et les hommes politiques de l’époque comme Haussman, l’empereur et l’impératrice, la reine Victoria. On voit Paris se construire, se façonner avec les grands travaux du XIXe, le développement de la banlieue avec la ville de Clichy. On assiste à la montée en grade de la cristallerie qui acquiert une renommée européenne et mondiale à travers les différentes expositions universelles qui parsèment le siècle. J’ai vraiment découvert autrement ce phénomène que je ne connaissais que par les affiches historiques vues lors de mes vieilles années de fac d’histoire.

Autour de Louis Joseph, ses fils Georges, Amédée ou Albert ont chacun une vision politique différente. George est le plus indépendant et rebelle, il critique la fidélité de son père au régime. Amédée et Albert sont plus discrets, l’un est fasciné par la cristallerie l’autre par les dessins d’oiseaux. Chacun va apporter sa pierre à l’édifice. Mais l’intérêt du roman est qu’on ne voit pas seulement l’histoire, les progrès par le haut de la lorgnette.

Constant le frère de Louis Joseph, Blanche la courtisane, Winckler le banquier nous font pénétrer dans le monde interlope, des demies mondaines et dans la folle effervescence du Paris bourgeois et noble qui claque de l’argent en bal, champagne repas. Celui qui s’étourdit de fête et ne voit pas la colère des ouvriers et des domestiques monter.

La folie, la volonté d’arriver nous montre l’envers de cette société hiérarchisée et codifiée par l’empereur à travers le personnage ambigüe de Blanche qui se sert de pigeons, pour obtenir une reconnaissance sociale à travers les dépenses que lui font ses amants .

Le monde des ouvriers est visible avec Lantier comme son célèbre homonyme fort en gueule, républicain puis rouge qui défend ses idées. Madeleine fille de domestique nous montre l’envers de la vie de ses maîtres comme la cuisinière Mme Flambart ou encore Léon fidèle cocher de la famille.

Un monde particulier qui oscille entre progrès et tradition à travers cette famille car Louis Joseph est en avance sur son temps et il intéressant d’alterner la grande et la petite histoire.

Le rythme est soutenu, la langue à la fois réaliste, drôle et précise. En variant les points de vue l’auteur nous montre sous un autre jour le Second Empire, ses contradictions, les forces en présence. Et finalement, les préoccupations se rapprochent de notre période actuelle. Avec sa violence, ses vices, ses doutes, ce pouvoir économique, ses inégalités, ses combats. Ce roman est original car on n’a pas l’habitude d’entendre parler de ce type de lieu quand on pense révolution industrielle. Il donne à voir d’une autre manière le 2nd empire, moi qui était prisonnière soit de la version littéraire d’Hugo, soit des livres hyper froids des historiens sur les banquets et la commune, ça m’a changeait. Il analyse bien les soubresauts de l’époque et retranscrit le souffle révolutionnaire et républicain qui secoue la fin du régime de Napoléon III. Les péripéties sont bien menées et on suit avec plaisir ce récit.

Basé sur un matériau riche et réel, il est prenant et agréable à lire en alternant action et description, dialogue et récit, destins des différents personnages. Les personnages sont attachants et c’est agréable de voir leurs évolutions au fil des ans, au grès des événements historiques. On a l’impression d’être pleinement immergé dans le 19e ; l’humour côtoie le tragique, les grands et les petits de ce monde.

J’ai apprécié de traverser une partie du siècle avec la famille Maes, curieuse de découvrir la suite de la fin du 19e à nos jours avec les nouvelles générations de cristallier et l’avènement de la III e République. Un livre que je vous recommande chaudement.

PS : comme quoi les réseaux sociaux permettent la découverte d’auteurs et de romans qui sinon seraient passés sous le radar ce qui aurait été dommage. Donc bien contente de suivre l’auteur et du coup d’avoir découvert sa plume.



 

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20 mars 2018

Les mots comme arme: ne préfère pas le sang à l'eau de Céline Lapertot

 

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Le roman de Céline Lapertot se déroule dans une époque indéterminée, à Cartimandua. Dans cette ville, on est fière de la citerne qui permet de boire, manger, d’avoir une vie normale. Mais un jour la citerne explose et le monde bien rangé et policé explose.  Les nez verts des réfugiés venant du désert pour survivre et s’installer en ville sont rapidement montrés du doigt.

Récit d’anticipation mais pas tant que ça, l’auteur développe une galerie de personnage en alternant le récit d’un prisonnier, de nez verts, en mélangeant les points de vue, elle nous fait réfléchir sur l’humanité.

Doit on être égoïste et s’accaparer une richesse ici l’eau ? Peut on exclure une partie de la population et la traiter comme une moins que rien ? Sommes-nous capables d’entendre les signes de la fin d’une démocratie, de l’avènement d’un tyran ?

La réflexion sur le pouvoir, la violence, le racisme sont omniprésents, l’évolution vers l’autoritarisme font cruellement écho avec notre société actuelle égoïste et lâche qui refuse de regarder plus loin que son nez. Qui se ferme face à la misère humaine, verse une larmichette devant l’écran et l’oubli au réveil, qui se révolte à coup de hashtag et de publications facebook et ne fait rien.

Réflexion aussi sur l’engagement, la force des mots avec Thiego, ces mots qui donnent du courage, appel à la révolte, ressuscite les morts, les souvenirs. Force des mots qui devient dangereuse dans une société où tout s’efface où la lâcheté est monnaie courante.

Portraits d’humains courageux et lâches qui sont secoués par cette crise et des choix de vie, que faire face à la violence, se courber, éviter de regarder ou se dresser même si on doit en mourir, même si on est seul ?

Un roman qui fait réfléchir et qui est magnifiquement bien écrit, avec une langue fluide comme une gorgée d’eau, claire, limpide. Un phrasé poétique et réaliste, qui évoque à la fois un monde imaginaire mais qui nous rappelle cruellement qu’aujourd’hui aussi nous sommes à la croisée des chemins.

Serons nous des Thiegos ou la masse informe ? Serons nous une Pia qui voit la catastrophe arrivée, une Karole innocente sacrifiée ?  L’auteur fait référence à la littérature, décrit de manière précise ce monde en devenir. Met bien en avant les enjeux moraux, éthiques et politiques des conflits humains, sans être donneuse de leçon, elle pointe du doigt des destins.

Roman émouvant avec la petite Karole fascinée par la citerne, ces nez verts plus humains que les autres, Pia, Tina la mère et la femme de Thiego 2 femmes fortes et intelligentes.  Thiego l’écrivain , le juste, le quêteur d’absolue. Et d’autres personnages plus complexes qu’il va côtoyer et qui montrent l’étendue des réactions humaines. Ce roman est court comme une fable mais il dit tellement, après l’avoir lu vous ne regarderez plus votre bouteille d’eau ou votre robinet comme avant. Vous vous demanderez aussi que faire aujourd’hui concrètement quand les ombres nous menacent.

Donc partez à la découverte de ce roman et vous en ressortirez grandit.

Une petite citation qui fait écho à mon amour des livres et des bibliothèques et à la jolie poésie des mots de l'auteur.

Les livres, ces garnisons de mots qui nous préservent du vide, à l'heure où tant de faux prophètes brûlent les pensées qui les dérangent et attaquent au disque à découper les sites les plus anciens de l'humanité. Les livres pour toujours, les formats poches qui ont la taille des briques de ma cellule. Pas seulement les mots, ce qu'il me fallait aussi, c'était l'objet en lui-même. Titouan n'a jamais pu comprendre cette adoration de l'objet livre. Mais le tenir dans sa main, le soupeser et compter le nombre de jours qu'il nous faudra, en fonction du nombre de pages qui s'étalent sous nos yeux. Le sentir neuf, vieux, poussiéreux. Le contempler, blanc immaculé ou jauni par le soleil d'avoir été classé dans une bibliothèque vitrée.

Merci à Virginie Vertigo et à l'ivresse Littéraire de m'avoir donné envie de lire ce roman.

 Ps: merci à lecteurs.com pour l'envoi du livre vous trouverez une version plus courte de cette chronique sur le site.

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13 mars 2018

Cosmopolite la mélodie familière de la boutique de Sung de Karin Kalisa

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Ce roman est assez étonnant, il parle de l’histoire d’un quartier de Berlin Prenzlauer Berg et de ses habitants dont la vie est bouleversée par une grand-mère vietnamienne Hiên qui leur fait découvrir sa culture lors d’une journée à l’école primaire avec son petit fils Minh. 

A partir de là, l’auteur retranscrit pour nous Berlin, mais aussi le Vietnam et les habitants de ce quartier, qui s’ouvrent peu à peu à une autre culture celle de l’Asie.

 On découvre l’histoire des grands- parents Gâm et Hiên, puis de leur fils Sung et de sa femme Mây. Les personnages des institutrices comme Jana, Undine qui font souffler un vent de folie et utilisent les marionnettes, la mode vietnamienne pour diffuser leurs idées. Retour sur un passé proche du XX e siècle, la guerre du Vietnam, la guerre froide avec poésie, conviction et une belle galerie de personnages.

Peu à peu à travers cet évènement banal, la découverte de la culture vietnamienne avec les marionnettes amenées par Hiên, le quartier va découvrir sa population vietnamienne, ses coutumes, sa nourriture, son histoire et sa langue. Des fils vont se tisser entre les habitants qui vont commencer à voir leur quartier autrement et à le rendre vivant en s’inspirant des traditions vietnamiennes, en se libérant du carcan des bâtiments héritiers de la grisaille de Berlin Est.

D’évènement en évènement comme un tsunami, chaque habitant, du directeur, à l’institutrice, des hommes de la mairie, à un photographe japonais, un vent de folie et de bienveillance souffle sur le quartier.

L’auteur évoque aussi l’importance de l’histoire, le communisme, le mur , les conditions de vie miséreuses aussi de certains vietnamiens , le racisme ordinaire mais par petites touches. Elle dresse une sorte de fable, de conte avec ses codes, ses esprits, ses ressorts.

Et le lecteur se laisse aussi gagner par cette folie, cette ambiance, ce quartier qui devient lui-même un personnage à part entière où il fait bon vivre. Peu à peu elle fait un tableau cosmopolite de ce quartier qui devient ouvert, agréable, coloré et qui intègre des éléments de la culture vietnamienne. On passe d’un destin à l’autre avec en point de mire, le phare de la boutique de Sung qui fait vivre le quartier, lieu de passage, de rencontres des différents personnages.

Réflexion sur l’identité, le passé et le poids de l’histoire, un joli bijou à lire et à mettre dans toute les mains et vous n’oublierez pas le magasin de Sung.

Posté par eirenamg à 09:06 - - Commentaires [1] - Permalien [#]