le blog d'eirenamg : 1 gourmandise à partager: la lecture

19 septembre 2017

Fantaisie réaliste: un funambule sur la plage de Gilles Marchand

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Une fantaisie réaliste qui met de la poésie dans le réel, qui évoque, sublime et interroge le lecteur. Avec une langue originale qui mêle la fantaisie et les côtés sombres de la vie. L’auteur est  aussi à l’aise dans la description de la vie de la cour de récré, dans la dinguerie de faire parler des oiseaux que dans la description ultra précise de la douleur, de la confrontation à la norme. Stradi, ce petit garçon passionné de livres avec un père inventeur, une mère prof et un grand frère qu’il adore mais Stradi a une particularité : un violon dans la tête.

Ce qui va l’amener à voir la vie autrement, à se rapprocher de Max, son meilleur ami dingue de musique. La force de l’auteur est d’apporter de la lumière, d’aborder autrement le thème de la différence dans notre monde normé et aseptisé. Ce thème m’a parlé, a fait écho. Ca parle quand on ressent un malaise, un décalage quand on ne correspond pas aux critères de réussite, de « normalité » ou d’esthétique de la société. Quand la santé n’est pas toujours là et que votre corps vous impose parfois sa loi, quand chaque jour est une lutte pour rester debout, avancer tenter de vivre normalement mais que ça ne se voit pas extérieurement.

On s’attache à ce petit garçon, à son violon et on le suit pas à pas. On se retrouve dans ses hésitations, ses maladresses, ses interrogations face au monde. La folie, la douleur, la perte, la bêtise sont là mais elles font face à la musique, l’amour, l’amitié, la mer. Une vision de la vie certes imparfaite pas toujours drôle mais pleine de vie avec ce violon, qui rythme, accompagne Stradi.

On retrouve les symboles propres à l’écriture particulière de l’auteur avec ce plombier entreprenant, ce demi-chien ou la gentille voisine du 1er. La folie du père de Stradi obsédé par les inventions puis par la grammaire.

 J’ai aimé les clins d’œil légers aux personnages de son 1e roman (Pierre Jean, l’homme à l’écharpe et la dame au chien). J’ai été émue par cet univers à la fois doux et brutal où on oscille entre rire et larme. Handicap visible ou pas, être hors norme ou dans les clous plus généralement l’auteur questionne le lecteur sur son regard sur l’autre, sur la différence.  Moi ça a été longtemps ma couleur de peau, mes origines, puis la santé incertaine par moment. Peu à peu il montre qu’avant tout on est semblables, humains et qu’on a les mêmes rêves.

Jusqu’à la dernière note, le dernier mot, on voyage, vibre, pianote, hurle, chante, pleure avec Stradi. Gilles Marchand fait danser le lecteur comme son personnage sur le fil du rasoir. Un fragile équilibre de poésie, douceur, tendresse sur un sujet délicat. La difficulté d’être soi dans notre société verrouillée, fermée comme les parents de Lélie figés dans leur besoin de normes, de codes qui excluent pour se rassurer. Lélie le personnage lumineux de l’histoire, l’amour de Stradi, un beau portrait de femme aux jambes interminables. Une pause de tendresse, une volonté de faire tomber les barrières par amour, de tenter le pari sans prendre en compte son entourage.

Un livre qui comme le 1e roman de l’auteur aura une place particulière dans mon panthéon de lecture, une exception, une belle surprise, une parenthèse d’émotion qui m’a scotchée et retournée le cœur. La magie a opéré de nouveau et je me suis laissée happée par la musicalité des mots, l’univers doux dingue, hyperbolique de Stradi.

Alors foncez et découvrez cette symphonie, cette ode à la vie, à l’humain, à l’acceptation de soi et des autres et marcher à côté de ce funambule qui ravira  votre cœur.

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17 septembre 2017

Dans la toile de Léo trop de Lumière de Marinette Lévy

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Il y a des livres comme ça, vous seriez passé à côté et puis le hasard fait bien les choses, je l’ai lu depuis un moment avril pour être précise. Et puis, la vie, le temps qui passe, les imprévus ont fait que je n’avais pas encore pu vous en parler avant. Mais comme il reste un excellent souvenir de lecture, j’ai décidé même si c’est avec beaucoup de retard de vous en parler, parce que mine de rien, il est toujours présent dans ma mémoire et qu’il a été une belle découverte.

Léo est une chanteuse à fleur de peau, à la veille d’une grande tournée et au cœur d’un marathon de promo quand on la découvre au début du livre. Elle présente sa vie, de manière très ironique,  sans fioriture. Le recul, le désespoir de l’artiste sont présentés de manière criante par l’auteur.

Au départ, elle parait un peu antipathique même si le lecteur comprend rapidement qu’elle se bat avec elle-même, qu’il y a autre chose derrière la mécanique bien huilée et « la star » qu’on nous décrit. Puis, au fil des pages, on la découvre peu à peu et on apprécie de cheminer avec elle. Loin des sentiers battus, l’auteur réussit à faire exister cet univers de fausses paillettes, d’apparence où tout est en toc, les sourires comme les amitiés la plupart du temps. Elle nous donne à voir à travers le regard du personnage principal, lucide et désabusé ce monde qui du coup ne fait plus du tout rêver.  Si tenté qu’il vous ait fait rêver un jour ce qui n’est pas le cas pour ma part.

L’auteur dresse un portrait de cette femme avec parfois des descriptions qui ne la montre pas toujours à son avantage, parfois dure, glaciale mais aussi plus fragile quand elle pense à son passé, à l’absence qui la ronge. Elle est très lucide sur sa vie et son entourage, elle est parfois agaçante quand elle s’adresse et qu’elle est horrible avec son assistante qui ne sait pas quoi faire pour lui faire plaisir. De même, elle est dans une fausse complicité avec son producteur, dont elle n’est pas dupe.

 Personnage double à la fois à l’ironie mordante, machine à promo hyper professionnelle à l’extérieur mais cette image se lézarde au fur et à mesure. Et c’est ce que j’ai aimé, ces fissures, ces blessures, cette dévastation intime que Léo ne montre pas mais qu’on découvre au fil de ses pensées.

En contrepoint au strass et aux paillettes, la douleur intime, la solitude, la drogue et la vie marginale d’Alban, le reflet inversé de Léo est aussi décrit. Son autodestruction, son envie de liberté, son amitié sans faille et sincère avec Léo malgré leur mode de vie et leur éloignement social sont un des fils conducteurs du récit. Ces quelques amis proches qui restent un repère, un point d’ancrage du passé pour l’artiste même si parfois elle préférerait oublier. J’ai aimé l’ambivalence du personnage, avec sa vision lucide, grinçante parfois et ses pensées intimes plus touchantes sur sa place, ses choix de vie. Et j’ai adoré la fin du roman.

Avec une écriture forte, précise, quasi chirurgicale, l’auteur captive et nous fait tomber dans la toile de Léo et finalement s’attacher à la femme derrière la star. C’est toujours émouvant de découvrir un 1e roman car on ne sait pas à quoi s’attendre, c’est comme d’ouvrir un cadeau et celui là est rudement beau.

Donc laissez vous embarquer dans la toile des mots de Marinette Levy et ouvrez trop de lumière.

 

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11 septembre 2017

Douce drogue: les jouisseurs de Sigolène Vinson

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Ce roman est vraiment inclassable, il emmêle deux histoires parallèles. L’une présente celle d' Olivier écrivain qui n’arrive plus à écrire, une machine automate particulière et Eléonore une vendeuse de médicament rêveuse en Suisse. L’autre présente le récit de la vie au Maroc de Léonie, jeune femme d’origine Corse et Ole d’origine danoise qui font commerce de vin au XIX e siècle. On alterne une époque plus contemporaine celle d’Olivier, Eléonore et une période plus historique celle d’Ole et Léonie qui nous en apprend plus sur la conquête du Maroc, les trafics d’influence, la vie à l’époque pour ces aventuriers d’un genre particulier.

Voilà pour la tentative de présentation, mais ce qui fait le sel de ces histoires outre le passage d’une vie à l’autre qui est d’ailleurs très agréable une fois passée la surprise du début, c’est les perceptions différentes des 2 couples. Et l’acceptation pour le lecteur de se laisser bercer par ces 2 univers fous avec leurs codes, leurs structures, la volonté de savoir comment ça va se terminer pour les 2 couples, 2 entités fusionnelles chacune dans leurs époques.

Le lecteur alterne aussi entre rêve et réalité, où s’entremêle comme dans un songe étrange les pensées, les perceptions des personnages. C’est surprenant, original, déstabilisant au début mais finalement rudement agréable. Comme une petite musique, une douce léthargie, on se laisse happer par les vapeurs de cette histoire. Comme la couverture un peu fantomatique du livre, la réalité s’atténue avec un filtre qui se pose sur la vie et les aventures des personnages.

La difficulté d’écrire, les effets pervers des médocs, des drogues qui peu à peu nous anesthésient, nous coupent du monde sont bien retranscrites dans la partie plus contemporaine. Comme une réflexion sur notre monde apathique qui regarde, contemple et attend sa chute comme  Olivier et Eléonore.  Les personnages sont en attentes, fatigués, dans les faux semblants et pourtant proches. 2 couples, 2 époques qui brouillent les pistes et dont notre perception un peu comme sous la prise de psychotrope vendu par Eléonore ou le vin d’Ole et Léonie agit. J’ai apprécié les doutes, crises, interrogations de ces 2 couples sur leur monde, leurs sentiments et l’écriture tantôt brute, poétique, détaillée, elliptique, mélancolique, ironique de l’auteur qui fait très bien passer la pilule. Elle en devient addictive, elle trotte dans la tête, elle pousse à lire les chapitres, à faire des pauses, à y revenir, à comprendre puis à se laisser porter. A apprécier ces personnages, leurs folies, leur humanités à être témoins de leurs combats terriblement humains.

Donc pour rompre avec la monotonie de la rentrée et les romans convenus, je vous invite vivement à respirer l’air et la fumée de cette douce drogue qu’est le roman de Sigolène Vinson.

 

 

 

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04 septembre 2017

Voix mémorielles ces rêves qu'on piétine de Sebastien Spitzer

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Ce 1e roman est un récit polyphonique, avec à la fois les voix des bourreaux et des victimes. D’un côté, la voix de Magda Goebbels qui retrace dans son récit, son passé et les heures de gloire du Reich mais aussi ses dernières heures. Elle est enfermée dans un bunker avec les derniers dirigeants nazis.

De l’autre, les histoires de différents déportés qui tentent de survivre aux sévices et à la mise à mort des nazis lors des marches de la fin de la guerre. Judah, Fela et la petite Ava sont ceux qui incarnent et portent la voix, les paroles, la mémoire et l’histoire des milliers d’êtres anonymes qui ont subit ces atrocités.

D’un chapitre à l’autre, on passe de ces 2 points de vue dans une Allemagne au bord de la défaite. Enfin, le dernier point de vue est celui des vainqueurs avec Lee (jeune reporter américaine) et Gary un soldat.

Le style est précis, minutieux et hyper réaliste et respecte les connaissances historiques que nous avons de cette période. Il donne à voir la violence sous toutes ses formes pour survivre, pour accéder au pouvoir, être reconnue quand on est dans la tête de Magda. La violence brutale, inhumaine qui claque et tombe d’un coup pour les déportés et qui frappe les personnages. Les hommes sont devenus des chasseurs les uns des autres dans cette période trouble.

Mais par moment, l’amour est aussi présent à travers les lettres de Friedländer, les témoignages des déportés, la relation de Fela et Ava par exemple. Des moments poétiques sont aussi présents notamment avec Judah dans la forêt. L’horreur n’est jamais éludée celle de la violence des camps, des marches, des exécutions.

Le pouvoir de la littérature est de nous donner matière à réfléchir sur les évènements historiques, notre condition humaine comme ce livre qui y arrive complètement. De la folie nazie de Magda, ses obsessions, son mal être, on passe à la volonté de survie, d’exister de Friedländer dans ses lettres pour ne jamais oublier. Ces paroles qui s’impriment et vous remuent les tripes en les lisant.

Comme dans une enquête, on suit les trajectoires de ces hommes ballotés par l’histoire et on s’attache à leurs pas. Magda Goebbels est finalement, un personnage secondaire après avoir été la grande dame du Reich, elle attend la fin dans ce bunker sordide. Seul, le sort de ses enfants est touchant, victimes de la monstruosité de leurs parents.

Un livre glaçant, émouvant à lire pour entendre les voix et le chant d’amour de Friedländer, sentir la présence d’Ava, Judah, Fela pour ne jamais oublier. Un 1er roman virtuose dont vous n’avez pas fini d’entendre parler. Donc ouvrez les pages de ce roman, accompagnez ces êtres tellement humains comme vous et moi qui se sont battus jusqu’au bout pour exister et vivre.

 

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29 août 2017

Mise en lumière Je suis Jeanne Hébuterne Olivia Elkaim

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Bonheur de retrouver la plume fine et délicate de l’auteur qui s’attaque au portait d’une femme Jeanne Hébuterne. Avant d’ouvrir ce livre, je ne connaissais absolument pas cette femme, ni la vie de Modigliani et je me suis retrouvée transporter au début du siècle entre 1916 et 1920.

Dans un contexte mortifère en pleine guerre, Jeanne la bonne fille, sage, respectable est terriblement troublée par un homme Modigliani alors qu’elle se rend à un cours de dessin à l’académie. Elle, qui jusque là, s’effaçait  pour que sa mère ne la gronde pas, que son père soit fier,  que son frère l’aime décide de vivre.

Outre les relations compliquées avec sa famille et la relation très ambigüe avec son frère, l’auteur brosse aussi l’arrière fond comme sur une toile. Elle retranscrit bien le contexte de l’arrière, de la guerre, la vie bohème et maudite d’artiste dont Modigliani est le centre. Les beuveries, la misère, la maladie, les dessins contre de la nourriture, les tromperies tout est analysé par Jeanne à travers ses carnets intimes.

Dans ceux-ci se mêlent sa rancœur, ses pensées, ses folies, ses espoirs autour de cet amour fou. Cette plongée de l’enfance à la vie de femme, à la découverte de la sexualité, cette envie irrépressible de liberté quitte à sacrifier son honneur, son nom, sa respectabilité. Quitte à souffrir du froid, de la faim, des humiliations comme le souligne la narration à la 1e personne qui renforce l’indentification.

Cette trajectoire comme un feu follet, une explosion de lumière, suit cet amour fou et ses conséquences sur Jeanne et sa famille. De  coloré, l’histoire se teinte d’un  ton plus sombre, plus pâle, la vie rêvée, la passion fait face au quotidien.

Jusqu’à la fin du roman, on vibre, expérimente, voit le monde à travers les yeux, la folie, l’amour de Jeanne, on prend fait et cause pour elle. L’auteur lui restitue une vie, une identité, réhabilite son nom en quelque sorte. J’ai apprécié la construction du récit, ses pensées éparses, les mots du frère, la précision des descriptions. J’ai été embarquée dans cette vie comme Jeanne et j’ai tourné avidement les pages. Un portrait fort, par touche, vibrant, émouvant, une belle réussite que ce livre.

J’avais déjà énormément apprécié le précédent livre de l’auteur et cela se confirme, donc découvrez et rendez vie à Jeanne Hébuterne et vous  ne le regretterez pas.

PS: un de mes gros coup de coeur de la rentrée 2017.

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24 août 2017

Âpre et nerveux sans pitié ni remords Nicolas Lebel

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La 3e enquête de Mehrlicht et ses équipiers,  fait suite directement au précédent opus. Nous voilà quelques jours après et Merhrlicht est de retour à Paris. Il vient enterrer Jacques, son grand ami avant de prendre quelques jours de vacances.

Mais le curieux testament de Jacques va changer la donne et bouleverser ses projets. En parallèle, son équipe est obligée de travailler avec un nouveau chef qui le remplace Cuvier, homme raciste et incompétent qui va donner du fil à retordre à Latour et Dossantos.

Les jeux de piste, le fait que l’auteur nous plonge dans la tête et les histoires des criminels et que les enquêtes soient séparées insufflent une dynamique encore plus diabolique que d’habitude.

Le roman est beaucoup plus dense, sombre avec cette folie meurtrière, le deuil de Jacques et le malaise de plus en plus grand de Mehrlicht. La violence est  plus présente comme la folie inhérente aux meurtres. Un véritable jeu de massacre entrecoupé de citations de Baudelaire en tête de chaque chapitre.

Les personnages secondaires sont toujours présents, on découvre un peu plus le fils de Merhlicht, l’amoureux de Latour Djibril, et Dossantos se retrouve à nouveau face à son passé. Le fil rouge des sonneries est à nouveau présent avec à la place de Brel des blagues qui sont normalement comiques mais qui sont surtout racistes. Ce qui va encore mettre notre commissaire dans de beaux draps. Moins de légèreté et de drôlerie dans celui là, plus de rage chez les différents protagonistes et chez leurs adversaires. On découvre le monde de l’art et notamment africain grâce à l’inspecteur Kabongo , des receleurs et des musées.

Une enquête douloureuse, sombre qui confirme la virtuosité de l’auteur, qui arrive à nous surprendre et à nous faire réfléchir sur la violence de la nature humaine et les horreurs qu’elles perpétuent. Le racisme est aussi présent à travers différentes situations du récit, la folie et la logique tordue des criminels est beaucoup plus âpre et dure dans cette enquête.

Jusqu’au dernier chapitre, on suit avec avidité les péripéties et le dénouement de l’enquête. Curieuse de voir quelles seront les séquelles de cette affaire sur l’équipe.

En tous cas n’hésitez pas et entrez dans l’univers sombre de sans pitié ni remords un polar nerveux et efficace.

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21 août 2017

Hermétique la maison des hautes falaises de Karen Viggers

 

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Ce roman se déroule en Australie, les 2 personnages principaux Lex et Callista ont chacun de lourds secrets à porter. Lex vient de Sydney , il arrive dans ce petit village de Merrigan et achète une maison à l’écart pour se reconstruire. Callista est une jeune artiste, une fille du coin mais qui est un peu à l’écart de la communauté comme son frère Jimmy et ses parents.

Les descriptions sont très nombreuses dans le roman, elles donnent à voir une autre image de l’Australie, de son bush. Elles sont très minutieuses sur la faune et la flore, la vie dans une ferme, dans un petit village où tout le monde s’observe. La fascination de Lex sur la pêche à la baleine par exemple développe de longues pages sur cet animal. Cette partie est plutôt intéressante.

Mais il m’a manqué du corps au récit. Les personnages principaux sont vraiment extrêmes, à fleur de peau, on peut le comprendre grâce à la découverte de leur histoire. Mais leurs réactions sont parfois excessives et leur histoire d’amour du coup peu crédible. On a du mal à croire à leur existence.

A l’inverse, la vie du petit village, les personnages secondaires comme Mr B la voisine de Lex,  Helen sont plus réalistes et fouillés mais malheureusement pas assez présent comme Sue, la serveuse du café.  Le rythme entre les différentes parties est lent, les digressions sont parfois longues et on ne sait plus si on lit un roman d’amour, un roman sur un petit village, un roman sur le deuil, un roman écolo.

Donc même si l’écriture de l’auteur est agréable, qu’elle a l’art de décrire de beaux paysages, je me suis parfois ennuyée dans le récit, un peu trop larmoyant, sentimental par moment à mon goût et j’aurais aimé davantage de relief des personnages principaux.

Une lecture pas désagréable mais qui m’a déçue, je suis passé à côté de l’histoire mais si vous aimez les descriptions et une lecture sans prise de tête ce roman est idéal . A vous de vous faire votre avis.

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11 août 2017

Palpitant le jour des morts de Nicolas Lebel

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Le jour des morts, est la 2e  enquête de Mehrlicht et ses acolytes Latour et Dossantos. Ils sont accompagnés d’un nouveau stagiaire Lagnac  frais émoulu de l’école ce qui ne fait encore pas les affaires du capitaine. Les voilà lancés sur une série d’empoisonnement sans lien entre eux qui frappent Paris. Une course contre la montre sous la pression des médias et des politiques pour boucler au plus vite l’enquête.

L’inconscience des médias,  les pressions médiatiques sont bien analysées dans cet opus. Le passé de Dossantos se dévoile un peu plus, et il se rapproche de Latour. Le commissaire est toujours aussi érudit, et fait des coups pendables avec son ami Jacques à l’hôpital qui sera d’ailleurs le lieu d’un crime. Cette fois ci, c’est les chansons de Brel qui accompagne notre capitaine au cours de son enquête avec ses sonneries de téléphone. Mais aussi des proverbes plus vrais que nature sous les dates qui rythment les chapitres.

Les références à l’histoire  sont une nouvelle fois présentes, et l’auteur nous dévoile aussi les coulisses des collectionneurs de livres anciens. Il évoque  les grands auteurs réalistes du XIX e, l’amour de la littérature incarné par Leroy.

Des personnages secondaires haut en couleur font leurs apparitions que ce soit le collectionneur de livre Leroy, le ministre Farejeaux, l’imbuvable stagiaire Lagnac, le médecin Purgon mais aussi des plus inquiétants comme Henry Sourans. La belle Mado est à part, elle ouvre de nouvelles perspectives à Mehrlicht.

On prend plaisir à retrouver Jacques, le grand ami du commissaire, même s' il va de plus en plus mal, de croiser  l’ancien stagiaire Ménard du 1e tome devenu inspecteur à la crim, de retrouver la trouille de Matiblout, l’humour noir du médecin légiste Carrel.

Avec une écriture précise, littéraire, drôle l’auteur nous embarque dans cette course poursuite, cette folie meurtrière qui semble ne jamais s’arrêter. A côté de l’enquête, il nous fait aussi réfléchir aux coulisses du pouvoir, à la justice. Le découpage en différentes parties et daté renforce l’urgence du récit et le sentiment de réalisme.

J’apprécie le fait que ce ne soit pas des super flics mais des humains avec leurs failles, Mehrlicht et ses cigarettes, sa drôle de physionomie, sa difficulté à faire face à la mort de sa femme. Dossantos et ses problèmes d’identité, sa vision monolithique de la justice. Latour et son amour hors la loi mais qui est la  plus raisonnable des 3 et la plus compatissante à l’égard des familles.

Un polar rondement mené qui nous dévoile un peu plus les personnages. La suite dans la prochaine chronique je n’ai pas pu m’empêcher de plonger dans le suivant  pour savoir ce qui allait arriver à cette drôle d’équipe.

PS: merci à Delphine de la librairie du Poussin pour le conseil.

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27 juillet 2017

Polar atypique l'heure des fous de Nicolas Lebel

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Découverte de la plume de l’auteur avec ce roman l’heure des fous. 1ere enquête de l’inspecteur Mehrlicht et de ses adjoints Dossantos et Latour. Ils se retrouvent avec un SDF mort à proximité de la gare de Lyon, l’enquête qui parait de routine prend une tournure inattendue au grand dam du commissaire Matiblout.

L’auteur alterne dans son récit références littéraires notamment à Hugo, historiques sur Napoléon III, politique et petit clin d’œil à la télé comme avec l’évocation de Julien Lepers. Le langage fleuri et désuet avec des expressions anciennes, argotiques ou les sonneries du téléphone de Merlicht extraite de dialogue d’Audiard, comme son côté vachard avec  son jeune stagiaire Ménard donne des touches d’humour bienvenue au récit. Elle confère aussi un côté original à l’histoire.

L’intrigue comme l’enquête est bien ficelée avec des rebondissements et une plongée dans la vie des SDF, de l’université et d’un commissariat de quartier. On s’attache aux personnages, à leurs histoires personnelles dont on a quelques bribes, à l’amitié de Merhlicht avec Jacques, à Latour seule femme de l’équipe face à son chef old school et son collègue Dossantos obsédé par le code pénal et le sport toujours prêt à défendre les plus faibles.

Les défauts des personnages, leurs particularités rendent crédible cette équipe hétéroclite qui comme le lecteur suppute, démêle les fils de l’histoire. On apprend, on tourne les pages pour connaître les réponses, un bon polar à la fois original dans son écriture et qui fait réfléchir sur la société dans laquelle on vit. L’auteur ne tente pas de copier les séries américaines ou les polars nordiques, il injecte sa marque de fabrique, son humour, de l’ironie dans le décor parisien.

Une série à suivre que je vais continuer à lire, un premier tome que j’ai pris grand plaisir à découvrir.

Ps : Merci à Frédérique pour le livre et à l'assos Lire c'est libre pour la découverte de cet auteur.

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22 juillet 2017

Manipulation: l'Autre de Sylvie Le Bihan

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Avec une écriture forte, puissante, l’auteur nous transporte au cœur de la vie de 2 femmes qui ne se connaissent pas : Maria et Emma. Emma est une jeune femme française, brillante, gynécologue, mariée à un trader qu’elle appelle « l’autre ». Elle vient de Strasbourg puis  ira s’installer à Londres avec son mari. Maria est hispanique, elle s’est mariée à un Croate Pavlo et vit à New York.

On alterne leur présent en 2011 et leur vie 10 ans plus tôt en 2001. Elles sont toutes les 2 invitées à la cérémonie commémorative du 11 septembre à New York.

Portrait de femmes meurtries dans leurs chairs, leurs âmes, l’auteur déroule leur passé pour nous faire comprendre ce qu’elles sont devenues en 2011. Les rapports toxiques à leurs maris, la violence réelle et psychologique sont évoquées. L’auteur démonte les mécanismes d’emprise, la honte et la difficulté à se libérer de celle-ci.

En filigrane, ces 2 dates butoirs 2001-2011, avec le 11 septembre évènement traumatique pour l’ensemble de la planète et qui est un symbole, un acmé pour les 2 personnages.

C’est une véritable claque littéraire encore ce livre, ce 1er roman de l’auteur avec des scènes criantes de vérité qui font parfois mal au ventre. Ces instantanés de vie, d’horreur qui se collent à votre rétine et qu’on n’oublie pas. D’un côté, une narration à la 2e  personne pour Emma qui se juge et se parle à elle-même, cette autre elle-même qu’elle était avant sa rencontre avec son mari, puis après. Elle nous donne à voir son point de vue avec ce recul de 10 ans sur cette vie sous domination, la manipulation de son mari. Le récit de Maria est plus frontal, elle déroule les faits, la vie et la violence au quotidien. 2 voix différentes, 2 femmes à la fois fortes et fragiles. Un suspense qui s’installe dans les 2 histoires pour comprendre leur parcours et leurs évolutions d’une décennie.

Avec maîtrise l’auteur fait réfléchir sur la condition féminine, le couple, la violence, la manipulation amoureuse, la perversité. Elle met aussi en avant les codes sociaux entre le parcours de la bourgeoise Emma et de l’immigrée Maria sans être caricaturale mais en montrant qu’elles sont chacune prisonnières des codes de leurs familles, société. On retrouve aussi le thème du non dit, des faux semblants, des blessures visibles ou invisibles qui vous poursuivent, vous hantent.

Roman psychologique qui est une réussite, écriture vibrante et habitée à lire en espérant ne jamais rencontrer un « autre ».

Ps : 3e  roman de Sylvie le Bihan, lu à rebours du plus récent au plus ancien et vraiment elle a une marque de fabrique, une manière bien à elle de décrire, conter, faire vivre ses personnages donc si vous avez aimé celui là , lisez les autres.

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