le blog d'eirenamg : 1 gourmandise à partager: la lecture

26 mai 2017

De l’autre côté du miroir Sarah Vaughan

vaughan

©eirenamg

Sarah Vaughan est une auteur très sympathique que j'ai eu la chance de rencontrer lors de sa venue à Paris en mai. Elle a pris le temps d'expliquer sa manière de travailler, ses inspirations, ses prochains romans. Le tout autour d'un bon thé et de délicieux macarons so british. Bon en vrai, on était chez Ladurée, délicieux cadre au demeurant. Mais assez parlé chiffon, de quoi avons-nous parlé ? De son roman.

Quand je lui ai demandé si elle avez eu plus de pression pour ce livre que pour le précédent ?

Elle m’a expliqué que la ferme du bout du monde est le 2e roman paru chez nous,  mais que son 3e paraitra bientôt en Angleterre, elle a eu davantage de pression que pour le précédent. Pour le 1er elle ne s’est pas posée de questions,  elle s'est inspirée de sa maternité récente, de son rôle de mère pour imaginer la meilleure d'entre nous. Là elle avait davantage conscience d'être attendue et ça a mis plus de temps, elle a du faire différents brouillons avant d'aboutir à cette version.

Si elle avez fait des recherches pour ce roman ?  Car il me semble vraiment fluide, plus profond et il est très historique.

 Elle m'a confirmé avoir fait des lectures, recherches dans les journaux de l'époque pour trouver des éléments de la vie quotidienne, interviewer des femmes ayant travaillé dans des fermes, des témoins de la Seconde guerre. Elle voulait être le plus fidele possible avec les évènements qui se sont déroulés en Cornouailles sur l'envoi d'enfant à l'arrière, les lieux où les bombes avaient été larguées, les départs de régiment pour aller se battre.

Pourquoi avoir fait un focus sur le monde agricole pendant la guerre ?

Elle voulait rendre justice au monde agricole, elle a fait relire par certains membres de sa famille qui sont fermiers, les passages sur la traite, la fabrication de glace, les types de culture pour ne pas faire d'erreur. Je lui signale d’ailleurs que j’ai trouvé cet aspect sociologique très intéressant et elle évoque une anecdote.  Elle a été très contente d’avoir reçu le témoignage d’un lecteur qui est aussi fermier et qui l’a félicité pour cette manière de rendre si vivante le monde agricole.

Quel a été l'intérêt de ces recherches ?

C'est son expérience de journaliste qui ressort, avant son premier roman elle a été journaliste et a pris l'habitude d’être très précise. De chercher les informations pour rendre crédible son histoire.

Je l'ai interrogé pour savoir si la ferme décrite existait vraiment ?

Elle s'est inspirée de la ferme de son enfance, d'une partie des paysages même si elle a laissé libre court à son imagination pour les grottes, les falaises, (elle me montre d'ailleurs une photo du lieu qu’elle avait postée sur twitter). De même, elle a pris quelques libertés par contre en remplaçant les moutons qui ne sont pas élevés dans cette partie de la Cornouailles par des vaches et en modifiant certaines cultures. Par contre les tentatives de Tom avec les roseaux lui ont été inspirées par l'expérience de son cousin, comme sa colère contre les éléments. Elle s'est aussi renseignée sur l'état d'esprit des fermiers, les maladies, dépressions qui pouvaient surgir.

Sur le plan de la construction du roman, dans le précédent, on alternait les points de vue des personnages, ici on fait des sauts chronologiques. Je lui ai demandé pourquoi elle avait choisi cette construction pour le roman ?

L'idée d'un secret lui est venue pour insuffler de la tension dramatique comme le découpage chronologique. Elle a une tendresse particulière pour le personnage de  Maggie qui lui a été inspiré de sa grand mère morte à 95 ans vieille dame autoritaire mais qui retrouvait  son âme de jeune fille quand elle évoquait le passé; elle est morte avant l'écriture du livre. Un de ses voisins lui a aussi fait penser aux soldats de la Seconde guerre mondiale et à  leurs traumatismes car celui ci avait un grand jardin et ne voulait plus cultiver de tomates. Un jour elle a lui demandé pourquoi, il faisait pousser tous les légumes, fruits sauf celui là ?  Il lui a répondu que ça lui rappelait quand il était tombé malade en Afrique du nord en 1942 et qu'il n'avait pu manger que ça et que depuis il ne supportait plus les tomates.  Elle est fascinée par les secrets des gens ordinaires comme ici.

Quand je lui ai demandé les origines de ce roman ?

Elle  m'a répondu qu'elle avait  voulu se détacher de son histoire personnelle; elle avait la  volonté d'ancrer son récit dans l'histoire avec l’ idée que la  transmission du souvenir de la génération qui a fait l'expérience de privation  saute parfois  une génération, sa grand mère lui a peu parlé de ça et ses enfants très jeunes n'ont aucune idée de cette époque. L’idée de la transmission de cette mémoire était importante à travers ce récit.

Selon moi Maggie est le vrai personnage du roman ( en plus de la ferme) ?Comment avez -t-elle  imaginé ce personnage ?

 Elle voulait  à la fois faire parler d'une vieille dame et d'une jeune femme de 30 ans et présenter une vie dans la durée d’où l’alternance chronologique. Elle a une tendresse particulière pour Maggie vrai personnage du livre  avec la volonté de raconter la vie d'une vieille femme de son enfance à la vieillesse, de voir dans sa jeunesse ce qui ferait sa force ensuite, en alternance avec la trentenaire Lucy.

As t-elle eu  du mal à se détacher de ses personnages ?

Elle est très attachée à ses personnages même après la fin du récit et elle continue à penser à eux.

Pourquoi a -t-elle choisi ce lieu pour ce récit ?

Pour elle, la Cornouailles est associée à l'enfance, lieu où elle se sent bien, c'est viscéral, elle réalise qu'elle parsème ses livres de lieux qu'elle aime bien comme par exemple Londres et Oxford dans le 4eme qu'elle est en train d'écrire.

Comment est elle devenue écrivain ?

Elle a toujours eu envie d'être écrivain, elle a remporté un prix d'écriture  très jeune  quand elle avait une dizaine d'année. Elle avait gagné de l'argent pour acheter des livres, sa mère lui a transmis son goût pour Jane Austen, Jane Eyre.

Et le mot de la fin :

 Elle est contente de savoir qu'elle a un public en France qui attend ses histoires, très heureuse de l’accueil de ce deuxième roman.

Vous trouverez dans l’article suivant : mon avis sur la ferme du bout du monde.

Merci à Anne pour avoir organisé cette rencontre et sa gentillesse, à Sarah Vaughan de s’être prêtée à ce jeu qui était une 1ere pour moi. Merci pour les anecdotes, la passion et les moments de vie partagés. Vivement la parution du 3e en France.

©eirenamg

Posté par eirenamg à 12:26 - Commentaires [0] - Permalien [#]


16 mai 2017

Lecture prix Orange 2017: A vous de voter

18382102_755046681332946_3849801774084915200_n(1)

Mercredi dernier avait lieu la lecture des finalistes du prix Orange auquel j’ai participé cette année. Les 5 finalistes sont les suivants :

Philippe Besson arrête avec tes mensonges

Cecile Coulon Trois saisons d'Orage

Louis Philippe Dalembert Avant que les ombres s'effacent

Simon Johannin l'été des Charognes

Pierre Jourde Winter is coming

Une sélection écléctique avec un 1er roman, un auteur confirmé, des auteurs prometteurs et des découvertes littéraires pour ma part. Ce choix décidé à l’issue de la dernière réunion du mois de mai est soumise au vote du public. J’ai une petite pensée pour certains auteurs et livres dont j’aurais aimé voir le nom s’inscrire mais nous avons bien fait notre travail et maintenant comme pour les membres du site c’est l’heure du choix.

Cette aventure aura été l’occasion de nombreuses découvertes et surtout de belles rencontres humaines avec mes collègues jurés lecteurs et professionnels. Mais j’en dresserai le bilan une fois le finaliste connu, là je vais encore profiter pour les derniers jours à venir de cette belle aventure.

Pour me décider comme l’an dernier, j’avais envie d’entendre les différents textes mis en voix car j’hésitais entre plusieurs livres. Cette année les comédiens Marianne Denicourt et Thibaut de Montalembert ( si vous regardez la série 10% sur france 2  son visage vous est donc connu) assuraient la  lecture. Dans le bel écrin du Reid Hall pendant 2h, les comédiens ont alterné la lecture des 5 oeuvres avec des fragments plus ou moins long qui mettaient en valeur le style, la langue et l’histoire des différents romans. Un moment parfois drôle, émouvant qui m’a rappelé les différentes émotions ressenties à la lecture des livres.

Maintenant il est temps pour moi de me décider et de voter pour le gagnant.

Rendez vous le 30 mai lors de la cérémonie de remise des prix pour le découvrir et n'hésitez pas à aller voter vous aussi sur le site : 

Lire et partager ses lectures en ligne sur lecteurs.com

Il m'arrive de dévorer certains livres, que ce soit en seulement quelques heures, ou bien quelques jours. A l'inverse, il y a des lectures qui ne me conviennent pas, où je peine à avancer. Et enfin il y a ces livres, plus rares, où je veux prendre mon temps, savourer ces moments,...

http://www.lecteurs.com

Une petite photo souvenir pour terminer. 

18380810_1468499413216187_2976779542946906112_n(1)

Posté par eirenamg à 01:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

13 mai 2017

Sur le fil le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie Virginie Grimaldi

grimaldi photo

Ce livre est au bord, au fil du rasoir des émotions. J’ai été surprise au départ par l’écriture moins légère, avec un léger soupçon de gravité qui affleure dès le prologue cruellement efficace.L’héroïne Pauline est une jeune mère qui se retrouve célibataire et qui a du mal à l’accepter, elle n’arrive pas à passer à autre chose malgré les injonctions de ses amis, de sa famille. On alterne sa vie d’après et celle d’avant quand elle était en couple avec Ben. Elle décide d’écrire des souvenirs heureux de sa vie à 2.

L’écriture est fluide, tendre, humoristique par moment, on retrouve la verve et les talents de conteuse de l’auteur. Mais en filigrane, on ressent quelque chose de plus intimiste, profond. Pendant la lecture, je tournais les pages avidement pour savoir comment l’héroïne aller évoluer, si elle allait enfin comprendre sa mère, mais je sentais qu’il y avait une intensité différente de son précédent roman que j’avais adoré (il y a d'ailleurs un clin d'oeil sympa au précédent avec l'évocation de quelques personnages). J’étais à la fois immergée et au bord de l’histoire, je reconnaissais les relations familiales compliquées, les tensions entre frère et sœur, mère-fille.

Et puis il y a eu un basculement dans le récit, qui a justifié cette sensation d’une pudeur plus grande dans le roman. Ce twist nous donne à voir différemment l’héroïne et son couple, la relation avec son fils Jules, sa construction et ses défenses et là pour le coup j’ai plongé. Cette partie plus intimiste, plus fragile m’a définitivement embarquée. Elle rend encore plus attachante Pauline même si elle l’était déjà et donne une autre saveur à l'histoire, fait basculer le livre vers un roman plus profond. J’ai été scotché par cette partie, la bienveillance mais aussi l’émotion qui s’en dégage si forte, vraie et qui fait chavirer le lecteur. C’est ce qui fait la réussite de ce livre, nous prendre par la main de manière légère au début pour nous fait grandir par la suite comme l’héroïne et regarder la vie en face. Cette émotion a vraiment fait écho de manière personnelle et m’a émue  et même si j’avais adoré le 2eme, celui là pour l’émotion qu’il a suscité aura une place à part. Une véritable vague d’émotion mais qui au-delà de la douleur intime permet aussi comme l’héroïne de grandir.

 Je ne m’attendais pas à être aussi touchée même si je suis sensible à ce thème et la réussite du livre tient à ce fragile équilibre, cette mélodie subtile entre bonheur et larmes, cette leçon de vie qui effectivement donne le courage de voir le meilleur sous la pluie. Qui incite à profiter de chaque instant, soupçon de joie pour avancer. Donc n’hésitez pas à accompagner Pauline, sa famille, ses petits bonheurs, sa fragilité et vous ferez un voyage émouvant au cœur de vos émotions. Un très beau coup de coeur.

PS: Vivement le 4eme et merci à Virginie, France, Alexandrine, Marie Félicia pour le souvenir d'anthologie qui sera associé au lancement du roman.

Posté par eirenamg à 16:07 - Commentaires [0] - Permalien [#]

08 mai 2017

Idées noires atelier bric à book numéro 67

escalier© Fred Hedin

Emotion étrange, après avoir retenu son souffle si longtemps, expirer et en même temps se dire que rien n’est gagné, que tout est à reconstruire comme sur la photo, mais que le colmatage, le rafistolage, la fausse entraide, le rassemblement s’il n’est pas sincère risque de faire pire.

Pire que ce qui a failli se passer, se demander si on apprend vraiment de ses erreurs, si l’envie, l’idéal, l’entraide, la solidarité vont fonctionner.

Se demander quelle sortie, issue, lumière on va trouver dans les jours, les mois à venir, après avoir été si brutalement déçue difficile de faire à nouveau confiance.

Se sentir vidée, épuisée, au bord de la rupture, voir les kilos disparaitre comme ses rêves mais à un moment il n’y aura plus rien à perdre donc quel choix?

Une lueur, une flamme qui tremblote voilà à quoi ressemble sa vie, d’habitude elle luit envers et contre tous mais là elle a du mal à reprendre du carburant, trop de colère, d'ennui, d'injustice, de tristesse.

Est-ce l’époque, les années, la fatigue, la santé qui oscille qui lui fait tout repeindre en noir?

Pourquoi cette angoisse ? Ce mauvais pressentiment qui s’accroche à ses idées noires ? Pourquoi les projets, les planifications, les joies à venir n’arrivent pas à l’enlever à ce marasme ?

Décidemment son esprit est définitivement tordu, il lui fait croire qu’il va la laisser tranquille et boum, envoi massif d’ondes négatives et elle se retrouve ko, sonnée en attendant le prochain coup. Respirer, fermer les yeux, essayer de tenir à distance cette sensation.

Allez comme un bon petit soldat emmagasiner du carburant sourires, encouragements, mots pour essayer de tenir, ne pas s’abandonner à ce spleen grandissant depuis quelques jours qui comme à la veille de chaque décision est toujours mauvais conseiller. Qui lui hurle que le projet est trop grand, qu’il ne faut pas prendre de risque, qu’il faut se courber, ne pas hurler, ne pas regarder la réalité en face, ne pas tenter alors qu’il n’y a pas de raison logique.

Comme ces escaliers remonter marche après marche, reconstruire pour relancer la machine jusqu’au prochain grippement.

©eirenamg

Posté par eirenamg à 12:59 - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags :

01 mai 2017

Isolé atelier bric à book numéro 66

old-man-1145467_960_720-700x467©CC0 Public Domain

Se sentir isolé, perdu dans ce monde qui change, comme ce gars là-bas en train de compter sa monnaie, à moitié planqué entre ombre et lumière. Fermé, perdu en lui-même et ne faisant pas gaffe à ce qui l’entoure. Est-ce qu’il s’en fiche vraiment ou est ce une posture ?

N’entend il pas le bruit? la vie autour bouillonnante qui continue malgré tout, malgré la peur qui rode. Cette peur lancinante, prenante qui galope de plus en plus vite depuis quelques mois, qui s’affiche en slogan, en sourire, en tweet ou en statut.

Cette peur qui semble de plus en plus concrète, réelle à mesure que s’approche la date fatidique. Cette date qui marquera un tournant, un choix ou un non choix, une nouvelle ère basée sur quoi ? L’exclusion, la peur, la violence,  le simplisme, le bouc émissaire. La volonté d’écarter les autres, de réécrire l’histoire est à la mode en ce moment.

Cette amnésie généralisée est assez terrible, comme si on était dans un basculement du côté sombre. Que faire ? Hurler, se blinder, être blasé, se battre, marcher ?

Comment trouver les bons mots pour dire que même imparfaite notre société métisse, démocratique vaut encore le coup d’être défendue ? Comment faire comprendre qu’une voix est importante ?

Attendre comme le type là bas et espérer que le monde ne va pas définitivement basculer.

©eirenamg

Posté par eirenamg à 10:50 - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags :


17 avril 2017

Singulier le club des vieux garçons de Louis Henri de la Rouchefoucauld

17882798_358127997918823_248022262421127168_n

Un roman singulier qui suit un narrateur hors norme, hors du temps, de son temps. Un jeune qui rêve d’être vieux, qui aime les vestes de tweed, l’alcool et l’art de la discussion, fan de littérature, de bons mots et d’histoire de sa famille. Un Rupignac pur jus qui s’imagine un destin hors du commun et qui décide par choix dès son jeune âge de devenir vieux garçon. On alterne l’enfance puis la vie d’adulte de cet anti héros qui nous explique ses choix de vie et surtout la création de ce club de vieux garçon dont il est le fondateur. L’auteur s’amuse avec nous en 3 parties, il joue avec les codes de la noblesse, détaille les pedigrees, les anecdotes historiques autour du héros et de ses ancêtres. Il brosse ainsi en contre pied une refléxion sur notre société et notre siècle, finalement nos rituels ne sont ils pas tout aussi ridicules ?

Ce club avec son règlement loufoques, ses drôles de membres le faux comte de Chambord par exemple, le meilleur ami du narrateur fasciné par Peguy et par la vie monastique, a son propre modus vivendi et règles. Elles évoluent au gré des aventures de son héros et le club va ainsi avoir différents objectifs que je vous laisse découvrir.

Le style est à la fois ironique, léger, critique quand le personnage nous raconte ses aventures, choix. Il se moque de ceux qui se prennent pour de grands écrivains et ne font rien comme Mr précieux, de l’omniprésence du travail dans nos vies , notre société basée sur la consommation, la construction d’une vie de famille loin des préoccupations du personnage.

Il ne veut pas être prisonnier de cette société et s’invente une vie hors cadre, que son héritage lui permet. Les aventures de ce noble au lignage prestigieux qui veut rester à l’écart du monde sont savoureuses. On rit de ses facéties adolescentes puis de celles du club. On se prend d’affection pour ce vieux jeune anachronique au mode de vie d’un autre âge et qui est un pur oisif dévoué à son club. On se demande jusqu’où il ira et comment vont terminer ses aventures. Les personnages secondaires sont aussi haut en couleur, son grand père qui lui fait découvrir les règles de son monde, sa grand-mère chez qui il trouve refuge ou encore son oncle Albert vieux garçon et féru de chasse et de taxidermie. Ces personnages tous plus décalés les uns que les autres dans cette galerie hors du temps donnent envie de poursuivre la lecture. Avec un soucis du détail, l’auteur brosse un univers bien à lui et on se prend au jeu avec lui avec les aventures heureuses, saugrenues, tristes de son personnage.

Une petite bulle hors du temps fraiche comme une bulle de champagne comme notre héros l’aime tant, loin des codes, à déguster sans modération et qui nous décrit de manière décalée la France d’aujourd’hui et la vieille noblesse. Bonne lecture.

Posté par eirenamg à 22:49 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Attente atelier bric à book numéro 65

cafe-fred-hedin© Fred Hedin

Elle regardait passer la vie des gens , elle avait l’impression d’être comme dans la chanson de Goldman , «  elle met du vieux pain sur son balcon pour attirer les moineaux, les pigeons » sauf qu’elle c’était pas le pain mais les bières et les cafés qu’elle servait en attendant.

En attendant quoi, elle ne savait pas trop, au départ, c’était censé être un boulot provisoire, le temps de se retourner, de trouver autre chose et de quitter ce patelin. Mais finalement, à force, les habitudes, le temps avait filé sans qu’elle s’en aperçoive, le train train routinier et rassurant.

D’Eric et son 1er café avec le journal avant de faire sa tournée, de Magalie et Brigitte à leur pause repas du salon d’à côté, des gamins en rentrant du collège. Ce petit monde qui avait peu à peu peuplé ses journées. Ces bouts de vies, ces morceaux du quotidien égrenaient au fil du temps.

Mais elle dans tout ça derrière son comptoir, qui la voyait encore, n’était elle qu’une ombre rassurante ?un sourire poli ?un service efficace ?Une confidente de solitude, un étalon pour mesurer sa bravoure ou juste une invisible parmi d’autres. Qui se souciait de ses rêves, envie, besoin d’espace ? Personne.

Elle avait l’impression de s’être fondue au décor, que personne ne la remarquait plus, qu’elle allait prendre définitivement racine derrière son comptoir. Qu’on ne s’apercevrait même pas de sa disparition si elle arrêtait. Elle se sentait inutile. Cette impression se renforçait en hiver, avec les beaux jours le café prenait des couleurs et la mise dehors des tables et des parasols rompaient la monotonie. Les cris des enfants, des oiseaux, les bruits de vie du téléviseur ou de musique semblaient réveiller la torpeur du village. De nouvelles têtes apparaissaient, des touristes en quête d’authenticité, de calme qui semblaient redécouvrir la joie de la vraie vie, du grand air qui s’émerveillaient du moindre arbre ou aspect pittoresque de place. C’est à travers leurs regards qu’elle redécouvrait la beauté de son village mais elle se sentait aussi tellement étrangère, malhabile face à eux comme une enfant. A chaque printemps elle se demandait si à la morte saison elle aurait le courage de tout plaquer.

Et là en attendant, elle fixait pour faire plaisir à un touriste sympathique l’objectif et deviendrait un souvenir de vacances pittoresque pour cette famille qui était venue pendant 15 jours au café.  Il la remercia d’avoir pris la pause et laissa un généreux pourboire en lui disant à l’année prochaine.

Elle le regarda lui et sa petite famille monter dans leur voiture qui les emmenait vers d’autres horizons, peut être que l’année prochaine ils seraient déçues de ne pas l’apercevoir derrière le comptoir et qu’elle aussi elle serait enfin loin d’ici. Mais en attendant, il fallait qu’elle s’y remette un couple lui faisait signe sur la terrasse, des nouveaux qui venaient sans doute d’arriver, fin de la récréation.

©eirenamg

Posté par eirenamg à 07:00 - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags :

14 avril 2017

Fuite parallèle là où s'arrête la terre de Sylvie le Bihan

le_bihan

Il y a des écritures qui interpellent plus que d’autres, celles de Sylvie Le Bihan fait partie de cette catégorie. J’avais énormément apprécié son dernier roman qu’il emporte mon secret, donc j’avais hâte de lire et savoir si la magie aller encore opérer et c’est le cas.

La force et la précision de l’auteur sont une nouvelle fois présente dans ce récit autour de 2 solitudes, 2 personnages principaux très différents. D’un côté Marion, femme complexe qui est mariée à Paul mais toujours obsédée par son amant danois Niels. Elle est incapable de s’abandonner totalement aux 2 hommes de sa vie, l’auteur donne à réfléchir sur le couple ; les relations amoureuses toxiques, la dépendance affective à travers ce personnage. Une logique parfois tordue, une plongée dans les pensées de Marion, paumée au début du roman, qui a peur de la solitude et qui décide de s’évader de sa vie. Elle tombe par hasard sur Roger, lui est plus discret, classe moyenne, il parait plus commun, avec un physique banal, convenu. Mais lui aussi est enfermé par son passé, un regard sur lui-même déprécié. Il décide par jeu de faire un bout de chemin avec "cette bourgeoise" comme il dit et d’aller en Bretagne.

L’auteur réussit à instaurer des ambiances particulières quasi cinématographiques comme lors des disputes, des flashbacks dans les passés des personnages, leurs monologues intérieurs ou leurs discussions. Elle réussit à la fois à rendre la solitude, la psychologie et les mécanismes de défense que chacun a construit pour avancer dans sa vie jusqu’à leur rencontre. Les plongées dans les pensées intimes des personnages, leurs regards pas forcément bienveillants l’un sur l’autre, la vie, leur entourage sont addictifs à suivre. 

L’écriture vous capture et ne vous lâche pas, on a l’impression que l’auteur chuchote à notre oreille, comme au cinéma les scènes s’alignent criantes de vérité, du Paris bourgeois feutré à  la Bretagne, son immensité et son isolement.  A travers le déroulé de la vie des personnages qui chacun font un état des lieux et essayent de trouver une réponse à leurs questionnements intimes, on s’interroge avec eux sur le couple, le deuil, la jalousie, les petits faux semblants, l’égoïsme. La difficulté de s’accepter, la volonté de jouissance, de prendre le pouvoir sur l’autre, le sexe comme source de douleur,  la violence des mots sont aussi évoqués à travers la relation ambigüe des 2 personnages. 

Peu à peu, la tension monte dans le récit et la fin est impressionnante une fois de plus. Finalement ,on s’attache malgré nous à ces 2 êtres, 2 solitudes en parallèle. Marion et Roger qui loin du vernis, à travers leur ironie mordante, désabusée, triste parfois nous montrent la difficulté d’être heureux, de se respecter. Ils sont parfois touchants, agaçants mais l’auteur comme un marionnettiste, un maestro avec sa partition joue toujours juste et évite l’écueil de la caricature et pianote sur la gamme des émotions.

Un vrai voyage littéraire et un gros coup de cœur pour ce livre, puissant, complexe et rudement bien écrit. Ca y est j’ai un 5eme auteur favoris dont je vais suivre attentivement les publications. Allez chez votre libraire et lisez-le !

Posté par eirenamg à 13:58 - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 avril 2017

effet cocooning là où tu iras j'irai de Marie Vareille

17663358_826342947517188_7165123236441620480_n(1)

Deuxième roman que je lis de Marie Vareille après ma vie mon ex et autres calamités, j’aime le côté à la fois folie, comédie de ses romans où ses héros sont toujours dans des situations rocambolesques mais qu’elles sauvent à chaque fois par une humanité bienveillante et une belle manière de croquer la vie.

Dans celui-ci on suit une grande ado trentenaire Isabelle qui ne veut pas grandir, rêve de gloire pour devenir actrice et qui a peur de s’engager avec Quentin. Elle est entourée par 2 amis Alexandre jeune père divorcé et débordé et Amina copine adorable mais qui n’arrive pas à s’éloigner de son amant.

Elle se retrouve parachutée en Italie à devenir la nounou d’un enfant Nicolas :fils d’un célèbre producteur de cinéma Jan , à vivre avec la belle mère de celui-ci aussi aimable qu’une porte de prison Valentina, un majordome flippant, et 2 ados Adriana et Zoé qui se crepent le chignon.

Au fil des chapitres aux titres très drôle, on découvre qu’Isabelle a des raisons à cette adolescence qui se prolonge et que la vie de la petite famille est loin d’être idéale malgré le décor idyllique.

Avec une écriture vive, enlevée, drôle l’auteur brosse des situations très comiques et donne de la fantaisie à ses personnages Amina, Isabelle. Mais aussi de la gravité à travers le personnage de Nicolas ce petit garçon fermé au monde, fasciné par les échecs dont Isabelle doit s’occuper. Elle brosse aussi l’air du temps avec Adriana la youtubeuse en vogue et Zoé fascinée par les ordinateurs. Et pour la fan de Céline dion que je suis le passage sur j’irais ou tu iras est à la fois génial et extrêmement touchant. 

Peu à peu, l’histoire gagne en densité et les premiers sourires, rires du départ deviennent plus profond et surtout on s’attache aux personnages. La famille, les secrets, le deuil , la difficulté de grandir sont abordés au fil des lignes. Mais avec une alternance de fantaisie, de modernité qui font la marque de fabrique de l’auteur.

Un livre agréable à lire qui fait à la fois rire, sourire et attachant à prendre impérativement quelque soit le temps pour un effet bien être garantie. Bonne lecture.

Posté par eirenamg à 20:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]

10 avril 2017

Apaisement atelier bric à book numéro 64

fume (1)

© Kot

Cette petite pause était toujours son moment, les quelques secondes grappillées dans la toile de sa vie. Son petit quart d’heure à elle. La joie des rayons du soleil sur sa peau, du froid piquant parfois, un arc en ciel, un sourire, quelques pages dévorées ou un bon café pouvaient accompagner ce rituel.

Instant suspendu qui fait le sel de chaque journée, bouscule parfois l’ordinaire et permet de se mettre en pause tout en étant attentif aux autres, au monde. De profiter du silence ou des bruits réconfortants ou non de la ville. S’évader quelques secondes de la marche inexorable du quotidien.

De moments d’émotions précieux au travers d’un regard, d’un moment complice silencieux, non verbal comme là avec l’homme en face d’elle dans la rue qui allumait sa clope. Moment bienveillant, petit bonheur comme des cailloux qui font la vie plus douce. Comme lors d’un fou rire ou des petites piques par réseaux sociaux interposés. Des malentendus drôles qui pouvaient s’échapper des mots contrairement aux regards.

En vieillissant, elle était de plus en plus sensible à ces instants sans fards,  ces moments où le temps se figeait. Comme si l’univers entier se pliait à sa volonté avant de reprendre sa course imprévisible. Elle sourit en repensant à ces bons moments accumulés  ces derniers temps, moments simples de repas, d’échanges mais qui poussaient à avancer et qui permettaient de recharger les batteries. L’homme en face d’elle bougea, elle lui fit un signe de tête avant de reprendre la direction des escaliers et reprendre une activité normale.

©eirenamg

Posté par eirenamg à 00:10 - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags :