le blog d'eirenamg : 1 gourmandise à partager: la lecture

23 avril 2019

Abcédéraire ensolleillé : pour picorer des moments de lecture.

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Comme nous arrivons bientôt au mois de mai et la période des ponts, un moment idéal pour la lecture, je vous laisse quelques conseils lectures des livres qui m’ont marqué depuis le début de l’année:

Une liste présentée sous forme d’abcédaire comme pour ceux de Noel( qui sont d’ailleurs toujours valables aussi).

Attal Jerôme,37,étoiles filantes : une variation mélancolique des années 30 autour de Giacometti et des artistes, une lecture douce amère et poétique, 

Bertholon Delphine, Celle qui marche la nuit, un roman fantastique sur la famille, les secrets et une maison hantée avec un adolescent attachant,

Cobert Harold : Belle Amie : un pari réussi, la suite de Bel ami de Maupassant, cruellement d’actualité sur la réflexion sur le monde politique, les jeux de pouvoir au 19e,

 Flageul Elsa, A nous regarder ils s’habitueront : le combat de parents pour leur enfant, un beau portrait de femme.

 Houguet Nicolas,  L’Albatros, ,une autobiographie musicale qui fait réfléchir sur le pouvoir de la littérature, de la musique et sur le dépassement de soi,

 Illouz Thierry,  Même les monstres ,une réflexion sur l’identité ; la justice et les choix humains pour aller au delà de la vision manichéenne de la justice,

 Le Bihan Sylvie, Amour propre,  une réflexion sur la femme, la notion de maternité avec une déclaration d’amour à l’écriture de Malaparte et la littérature italienne,

 Le Corff Aude, La mer monte, un récit écologique et engagé qui fait réfléchir à notre société,

Llobet Anaïs, des hommes couleur de ciel : un roman puissant, une réflexion sur le regard de l’autre, sur le terrorisme sur fond de la guerre en Tchétchénie,

 Silberling Peggy, Pour Lui, un témoignage fort, le combat d’une mère pour son fils, contre vent et marrée pour le sauver, récit pudique et vibrant à lire absolument,

Vaughan Sarah, anatomie d’un scandale, un thriller juridique, une réflexion sur les violences faites aux femmes et sur l’envers de la société britannique hupée et politique.

Vinson Sigolène, Maritima : une plongée dans le Sud, au cœur des relations d’une petite tribu, reflexion sociale, écologique, avec l'écriture poétique et imagée de l'auteur,

Bonne lecture

Eirenamg.

 

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13 avril 2019

Futuriste et visionnaire: la mer monte d'Aude Le Corff

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L’auteur nous plonge à la fois dans un futur proche, les années 2040 et fait aussi référence aux années 1990, 2000 par le biais de flashbacks. On suit deux héroïnes cabossées : Lisa, une jeune ingénieure et sa mère : Laure. Lisa s’est toujours sentie rejetée, mise à l’écart par la mélancolie de Laure, pour essayer de la comprendre, elle a même lu ses carnets intimes qui redessine devant elle, l’adolescence, la rencontre avec son père.

Ces carnets, le lecteur y a aussi accès et comme Lisa, comprend les ressorts intimes de Laure. Véritable réflexion sur la société, ses rapports, l’écologie, l’auteur tisse sa toile de réflexion comme Lisa. Elle emprunte à la réalité les lieux comme Paris, Nantes mais aussi les catastrophes naturelles bien réelles qui ont ravagé différents endroits du globe.

Elle invente une société où on regarde la télé sur lentille connectée, où une voix nous obéit au doigt et à l’œil, où on cultive de manière verticale. Une nouvelle société basée sur la propreté, la faible empreinte carbone, le tourisme spatial. Une société dont on n’est pas si éloignée, qui est parfois menaçante avec cette chaleur omniprésente, ses collibris policiers qui vous scannent. J’ai retrouvé le don de l’auteur pour créer des atmosphères, de l’empathie avec ses personnages, ces deux femmes perdues, mais aussi le lien particulier avec la nature.Les paysages de Bretagne ou la balade dans ce Paris futuriste. J’ai aimé la quête pour comprendre comment Laure en était arrivé là ; quels sont ses secrets,ses douleurs.

J’ai apprécié d’être plongée dans un nouvel univers avec ses propres codes, moi qui ne suis pourtant pas fan d’habitude des romans d’anticipations. La réflexion sur la pollution, le laisser faire, l’absence de réelle politique environnementale, ;les conséquences du réchauffement climatique sur la planète et l’homme sont criantes de vérité. De même, l’omniprésence de la technologie, des robots, des puces, le fichage permanent est sous jacent dans le texte. Enfin, cette belle déclaration à la lecture, à l’amour des livres à travers la passion qui anime les 3 femmes de la famille pour Roal Dahl , pour les livres à l’ancienne est un joli clin d’œil.

L’auteur réussit avec maestria à nous faire passer de l’adolescence et sa joie, à la douleur, de la vie de jeune femme perdue à un semblant de normalité. J’ai aimé le personnage de Lisa, jeune femme dynamique qui veut comprendre, aime son travail mais se moque des codes et du qu’en dira –t-on , qui tente vraiment de reconstruire une relation avec sa mère, j’ai été touché par le personnage de la grand-mère et des salines. Belle ode aux femmes qui avancent coûte que coûte face à des personnages masculins commeThomas l’éternel ado, Liam qui sont un peu plus en retrait. La difficulté du lien mère-fille, la relation grand-mère-petite fille sont bien analysées également, comme l’amour pour le père. Les personnages sont faillibles et touchants, bien dessinés et donnent envie de tourner les pages pour les comprendre.

Un roman intelligent, captivant qui donne la part belle aux femmes et à la nature. Une réflexion avant qu’il ne soit trop tard et que la mer monte .

Ps: la lecture de ma compatriote Nantaise pour le Paris-Nantes

" La mer monte " d'Aude Le Corff - LES LECTURES DU MOUTON

Après près de quatre années d'absence, Aude Le Corff a le courage de revenir sur la scène littéraire avec un roman d'anticipation qui tranche avec ses précédents (même si, nous le verrons, nous ne pouvons pas le réduire à ce qualificatif). C'est osé, c'est à double tranchant mais la littérature ne sert-elle pas à prendre des risques ?

http://www.leslecturesdumouton.com

 

 

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10 avril 2019

Amour Maternel: Pour lui de Peggy Silberling

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Pour lui est un témoignage, celui de l’auteure qui se bat pour son fils, Evan d’où le titre du roman. Pour comprendre son histoire, elle nous fait remonter à son enfance, sa famille dysfonctionnelle, sa rencontre avec Marc le père de son fils. Par ses allers retour dans le passé, ses pensées à des moments marquants  qui expliquent sa ténacité, son envie de tenir coûte que coûte la main de son fils. Pour ne pas faire comme sa mère, pour ne pas détourner les yeux du problème, pour tenter de le sauver de lui-même et de son addiction, du fait qu’il se sert de son passé pour excuser ses pétages de plomb. Les pensées intimes, les flashbacks sont symbolisés par certains chapitres en italique. Cette construction en alternance, romanesque, met en perspective et permet de mieux comprendre le drame et le dépôt de plainte comme seule échappatoire, faire prendre conscience à la société, à la justice qu’ Evan est malade.

On découvre l’auteur adolescente, à 18 ans, jeune femme déjà abimée par un environnement familial mortifère. On alterne son passé de jeune femme, celle de maman, son amour pour l’art, la danse, sa soif de connaissances, ses projets. Ce que j’ai apprécié dans ce récit c’est la sincérité, l’absence de leçon et surtout de voyeurisme, elle dit et redessine pour nous ses choix, sans fard, La construction du coup fait qu’on la suit pas à pas pour savoir comment elle et son fils vont se sortir de cette spirale.

Je ne suis pas maman mais on sent bien à quel point l’auteure aime profondément ses enfants, son socle, sa base, c’est un très bel hymne qu’elle leur fait. Pour le lecteur, elle veut faire prendre conscience de la difficulté de se sortir d’une spirale même quand on repère les signes, la difficulté scolaire,  la drogue, les relations toxiques, l’ambivalence entre culpabilité et savoir qu’il faut sauver quelqu’un d’autre de lui-même. Comme dans une intrigue, le récit déroule l’avant pour comprendre l’après.

Des moments de lumière parcourent le récit avec la présence de Mélodie, des vrais amis qui restent, de la rencontre avec Harold. J’ai été très émue par le témoignage de Peggy Silberling , sa volonté d’alerter, d’aider les parents ou d’autres personnes qui se retrouvent dans la même situation avec leurs proches, qui ont honte. J’ai également perçue, la force de caractère, le courage de se dresser contre vent et marée, de ne pas démissionner malgré tous les obstacles de la vie.  Un récit qui donne de la force, qui fait réfléchir, qui instaure le débat, un récit qui dresse à la fois un magnifique portrait de femme et un bel hommage à ce fils aimé. Un récit qui j’espère fera bouger les choses donc lisez le !

 Ps: une lecture comme avec Erika, vous retrouverez son ressenti sur le lien:

Pour lui, Peggy Silberling | Page après page

" - Madame Silberling ? Une policière balaie la petite salle du regard. Je lui fais signe et la rejoins. - Suivez-moi, s'il vous plaît. Elle m'emmène dans une pièce impersonnelle, sans fenêtre, avec une table, deux chaises, un ordinateur. Je m'assieds en face d'elle.

http://pageaprespage.fr

 

 

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01 avril 2019

Combat: à nous regarder, ils s'habitueront d'Elsa Flageul

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Ce roman met en lumière un couple Alice et Vincent et leur bébé César, ce moment qui aurait dû être le plus beau de leur vie, cette découverte de la parentalité, cette construction de la famille est stoppée net. César né avec 2 mois d’avance, la peur insidieuse, maladive, prend possession du couple.

Avec délicatesse, pudeur, en variant sur les focalisations, l’auteur décrit le parcours de ce couple, la relation qui se construit avec leur enfant à l’hôpital. Elle donne aussi à voir les pensées et les peurs de la mère Alice dans son journal intime. Comment construire un vrai lien quand rien ne s’est passé comme prévue ? Comment profiter de la vie quand on est coincé avec son enfant ? Comment sait on qu’on est parent ? Comment étouffer le sentiment de culpabilité de ne pas l’avoir mené à terme ?

Outre ce regard sur la parentalité, elle nous décrit le fonctionnement du service néonatale, avec ses procédures, ses attentes, ses pédiatres tout puissant qui vous font parfois sentir comme une imbécile. La gentillesse de certaines infirmières dont on ne voudrait pas oublier le nom. Le bruit des machines, les examens qui conditionnent la sortie. Avec acuité, sous le regard de son personnage, l’auteur nous fait réfléchir à ce moment où la vie est suspendue, dans les mains d’autrui, où on doit faire confiance, où on n’a pas le choix. Elle généralise par moment son discours avec un narrateur omniscient qui fait devenir universelle l’histoire de ce couple.

On vit au jour le jour, suspendu au battement cœur de César, l’écriture imagée de l’auteur nous fait ressentir, nous identifier à cette famille. A leur amour, leur peur, à leur prise de conscience que tout peut basculer, leur volonté de retrouver une vie normale. On voit Alice peu à peu se révéler, se découvrir, avec ses failles et parfois ses trous noirs qui l’aspirent.

Ce roman m’a émue car c’est la première fois que je lis un roman aussi près de l’enfant, qui le met en valeur, qui en fait un héros qui se bat. J’ai mieux compris les angoisses, l’injustice qu’on peut ressentir quand on ne peut rien faire à part attendre qu’il reprenne un peu de poids. J’ai été touché car comme le dit l’auteur j’ai été "un bébé dragon", j’ai surtout des souvenirs de l’après, du suivi, des docteurs, des pesées, mesures pour être qualifiée comme « normale ». De la peur insidieuse de l’hôpital, de la crainte à chaque microbe que je trouvais parfois étouffante, j’ai pu me mettre à la place de mes parents et finalement me rendre compte du courage, de l’abnégation, de l’amour qu’il faut pour tenir, ne pas se plaindre, avancer pour que votre enfant ne se rende compte de rien. Et ne comprenne que bien plus tard que son enfance n’a pas commencé comme les autres.

Véritable cri d’amour maternel, construction sur la parentalité, ce roman vous happe et ne vous lâche pas, vous lisez frénétiquement, vous apprenez à aimer Alice, Vincent le père qui devient adulte au contact de son enfant, et César au nom de combattant pour qu’il survive. Vous faîtes corps avec eux, vous museler les peurs, l’attente jusqu’au verdict final.

Un roman magnifique à l’écriture poétique, intelligente, douce, émotionnelle qui vous fait vous identifier avec ce trio de personnage. Découvrez le combat pour la vie de héros ordinaires et vous allez aimer César et ses parents Alice et Vincent.

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28 mars 2019

Naissance: L'Albatros de Nicolas Houguet

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Pour la lecture de ce premier roman, j’ai fais une lecture musicale pour suivre son fil rouge, le concert de Patti Smith que l’auteur a vu en 2015. Au début, j’ai eu un peu peur car connaissant un peu l’auteur et ne connaissant absolument pas Patti Smith en dehors de la chanson because the night. J’ai eu l’appréhension de ne pas rentrer dans le livre, le début du récit a donc été marqué par l’hésitation, puis le fait d’écouter une chanson correspondant au titre du chapitre m’a fait peu à peu oublier l’auteur pour me concentrer sur ses mots.

Ce concert est le prétexte, le fil d’Ariane pour remonter dans les souvenirs, les profondeurs de l’âme de l’auteur son enfance, son adolescence, son rapport aux autres, à sa famille, à l’amour, la mort. Il décrit ses obsessions pour les poètes, la littérature, la musique sa sainte trinité. On retrouve des classiques dans son panthéon Rimbaud, Baudelaire, des modernes avec Sigolène Vinson (que j’ai d’ailleurs découvert grâce à lui et il a ma reconnaissance éternelle pour cela).

C’est un roman aussi sur le corps, ses empêchements, le regard que les autres portent sur lui, les peurs, la fragilité aussi. C’est un livre sur la finitude de l’âme humaine, sur l’art qui transcende et qui parfois peut vous faire prendre conscience de vous-même.

 De pensées intimes, introspectives, le roman déploie peu à peu ses ailes et touche car finalement ses questions sont universelles, ses douleurs, ses joies. Ce sentiment d’invulnérabilité de l’adolescence, de jeune homme, cette menace qu’on sent poindre parfois dès le début d’une histoire comme celle avec E : L’envie d’être quelqu’un d’autre pour plaire. Ces interrogations ont fait écho, comme celle sur la douleur intime, permanente, qui fait partie tellement intégrante que parfois on l’oublie. Qui pousse à aller de l’avant, à profiter au maximum avant que le corps ne nous emprisonne définitivement.

Cette force aussi des mots, les mots des autres qui ravissent, qui ouvrent des perspectives, les voyages et les grands espaces qui font oublier, une parenthèse dans notre vie.

J’ai retrouvé la pudeur, la folie, la force, l’érudition, la beauté des mots que j’aimais lire sur l’écran, j’ai vu peu à peu l’auteur prendre son essor avec en vigie, en protectrice, la figure tutélaire de Patti Smith. J’aurais bien voulu un rappel et que le livre se prolonge un peu. Mais comme tout concert, il faut bien une fin pour recommencer la fois suivante.

La construction comme celle du concert, pousse à se laisser aller, envahir, lâcher prise et peu à peu comme l’auteur on ressent la furieuse nécessité de vivre, l’envie d’être là au présent et de s’affirmer.

Ce roman est le début d’une aventure littéraire, j’avais peur d’être déçue de ne pas retrouver ce qui m’avait marqué en creux dans les chroniques qui m’ont amené vers tellement de livres. Mais je l’ai trouvé et j’attends avec encore plus d’impatience son deuxième roman, débarrassée de l’ombre de Patti que j’ai parfois trouvé un peu trop présente au début.

Donc découvrez l’Albatros, sa beauté et sa fragilité, le début d’un parcours d’un écrivain qui après avoir mis en valeur les mots des autres, leur musique, s’exprime enfin de sa propre voix. Bon vol à toi

Ps : ça valait vraiment le coup de t’attendre pour lire tes mots sur le papier, merci pour la découverte de Horses, pour avoir arrêté le temps cet après midi. Et une dernière photo pour la route, autour d'auteurs qu'on apprécie en commun et de certains qu'il m'a donné envie de découvrir 

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25 mars 2019

Clair-obscur incarné: Maritima de Sigolène Vinson

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Maritima c’est d’abord une ambiance, celle du Sud, retranscrite par l’écriture sensorielle de Sigolène Vinson avec ses paysages, ses îles, sa luminosité, sa chaleur, ses odeurs, ses contrastes, sa brutalité. A la fois terre de beauté, de l’eau, de la vie comme éternel recommencement avec les muges mais aussi d’usines, de pollution, de torchères, de vent et du feu qui rôde les jours de grand vent.

Contrairement à d’habitude, j’ai trouvé ce roman très incarné, vivant, je m’explique, les personnages sont forts, avec des caractères bien dessinés, des accents comme dans les souvenirs que j’ai de Pagnol ou du film Manon des sources. Les expressions, les dialogues, l’amitié entre Joseph et Émile : les 2 papys qu’on rêverait d’avoir. Les 2 frères presque jumeaux Antoine et Dylan, fils de la nature, fascinés par l’ancien temps, atypiques, l’un par sa bonne humeur, l’autre par son intelligence. Le petit Sébastien, ombre de sa mère, vissé sur le téléphone, qui veut se faire une place auprès de Jessica.

Jessica, la petite fille de Joseph, femme blessée, décalée, obsédée par son amour perdue Frankie, même si elle a refait sa vie avec Ahmed, un ingénieur de l’usine. Les personnages secondaires prennent vie également avec Huguette, l’ancienne institutrice et communiste, Mercédes la tante, Antoine le prof de maths dingue de surf. Une communauté de personnage prit dans les pages du destin que l’on voit évoluer au fil des deux parties.

J’ai apprécié de retrouver l’écriture symbolique et poétique de l’auteur, avec les descriptions minérales du paysage, le ton parfois âpre, les signes avec les mouches que voit Jessica sont elles un signe du destin ? Comme dans l’Antiquité. Les références aux classiques à travers les lectures de la boîte à livre du bateau qui permet d’aller d’un bout à l’autre de la ville de Martigues. Le fil conducteur autour de la poutargue et de la faune marine, des muges métaphore de notre vie, des choix que l’on peut faire, des douleurs qui peuvent nous traverser ou nous renverser. Du suspense installé sur les choix des personnages dans la deuxième partie.

Mais l’accent du Sud, les dialogues, le twist à la fin de la première partie en font un beau roman aussi social, à travers la réflexion sur la nature, les ravages que l’industrie pétrolière fait sur le littoral.  On alterne sans cesse entre lumière du Sud et la mort qui rôde dans les fumées polluées des raffineries. Attention l’auteur ne fait pas de jugement, elle constate comment ses personnages, la ville concilie deux histoires : les mathématiques et la pétrochimie, la beauté de ce paysage ancien et la modernité qui le détruit.

Antoine est le personnage le plus vibrant ; plein d’énergie, qui cherche des réponses, en décalage avec son temps, qui joue sans cesse la mouche du coche auprès de Jessica et la pousse à grandir. Jessica est une sorte de poupée cassée, en sommeil, qui peu à peu se réveille au fil des évènements, qui essaye de trouver un sens à sa vie.  Qui tente de donner le change elle qui se sent vide à l’intérieur. J’ai aimé cheminer avec la troupe et découvrir cette ville dans les yeux de l’auteur.

 Réflexion sur le décalage, la norme, l’inadaptation, la maternité, les choix face au temps qui passe sous couvert d’intrigue bien menée, l’auteur nous fait plus généralement réfléchir à la vie, aux souvenirs, à ce qui nous constitue. Elle se questionne sur l’humain, les non- dits, les failles qui nous font grandir et nous construisent, cette période bénie de l’enfance où on profite de l’instant sans penser à mal. A la fois mélancolique et plein d’espoir ce récit fait voyager au travers des personnages.

Il y a à la fois du désenchantement et de la lumière, de la réalité crue et des hallucinations, des destins ordinaires et pourtant universels. C’est avec un énorme pincement au cœur que je finis ce récit, j’ai été touché par la fragilité, la force et la sincérité de la plume romanesque de l’auteur. Cette oscillation permanente entre poésie et fiction, entre réel et rêve, détour et ligne droite, attente et accélération. Sigolène Vinson m’a une fois de plus prise dans ses filets et j’aime la force brute qui se dégage de Maritima. Un livre clair-obscur que je vous conseille vivement de lire.

PS : voilà je crois que Sigolène Vinson doit avoir un pouvoir magique, car à chaque fois, elle me capture dans les pages, fait naître de la poésie moi qui n’en suis pas forcément friande et surtout laisse un souvenir indélébile de lecture. Maritima va rejoindre les lectures marquantes des Jouisseurs et du caillou dans mon panthéon de lecture. Merci.

 

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14 mars 2019

Apparence: Charles Draper de Xavier de Moulins

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Ce roman est vraiment addictif, on suit l’histoire d’un couple Charles et sa femme Mathilde, ils sont partis installer leur famille à la campagne. Lui continue à vivre la semaine à Paris pour diriger son entreprise de déménagement et récupère le train pour être auprès de sa femme et ses 2 filles.

Tout semble rouler pour eux, une maison à rénover, Mathilde a trouvé ses marques au village, Mathilde et Charles sont fous amoureux. Enfin, ça c’est ce que l’on pense au départ, puis la mécanique se grippe.

L’auteur réussit par petite touche à nous faire basculer du bonheur familial tranquille à la suspicion, la tension qui devient de plus en plus électrique. Il nous montre aussi un homme prêt à tout qui cherche par le sport à arrêter le temps qui passe et à séduire. La jalousie d’un point de vue masculin, le culte du corps, la peur de perdre l’autre sont au cœur des pages. Tous ces mécanismes sont bien décrits par l’auteur, il instille un climat qui devient de plus en plus lourd, sombre.

Le personnage principal Charles, de père et gendre idéal se transforme peu à peu, on le plaint parfois, on est surpris aussi par sa manière de penser, certains choix.

Mathilde est une sorte de fée, jeune femme, elle aussi aux prises avec sa conscience, dont le théâtre devient peu à peu une bouffée d’air. J’ai apprécié également le personnage de Charlotte qui donne une tonalité plus légère comique quand elle recadre son frère Charles.

La réussite du roman est de nous faire vivre 24 heures sur 24  avec Charles et de le voir se transformer jusqu’au bout, j’ai lu le livre sur une journée car je voulais impérativement savoir comment aller évoluer les personnages. En alternant des passages très doux sur la campagne, la nature et des passages plus sombres, l’auteur réussit à retranscrire les affres de la vie de couple et le danger de la jalousie.

Donc découvrez Charles Draper et ses démons, attention, une fois ouvert vous allez avoir du mal à ne pas lire jusqu’au bout.

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09 mars 2019

vérité crue: amour propre de Sylvie le Bihan

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Ce livre m a bouleversée. Je me suis totalement identifiée à Giulia et à Maria dans leurs interrogations sur la place de la maternité dans la vie d’une femme. Question qui fâche et qui fait souvent grincer car rapidement passée 30 ans, en couple ou non, elle devient un leitmotiv de nombreuses conversations. La question qui tue, le « et toi c’est pour quand ? ». Longtemps, j’ai botté en touche, puis haussé les épaules, sourie gauchement, j’ai été gênée, agacée parfois que ma réussite professionnelle, personnelle ne soit évaluée qu’à l’aune de mes ovaires et de mon ventre plat.

Comme Guilia, la narratrice, je n’ai jamais été fan des gazouillis, ni senti un sentiment me tordre les tripes ou un tic-tac, une voix qui m’appelle pour me dire que c’est le moment d’être maman. Parfois, je me suis dit peut être qu’il faudrait que je tente le coup même si je n’étais pas du tout sûre d’être « faite » pour ça. Mais les circonstances, la vie en ont décidé autrement.

Longtemps, j’ai eu honte, je me suis sentie anormale de n’être pas fascinée par un bambin ou de ne pas vouloir avoir cette responsabilité là. Longtemps je me suis sentie jugée, rabaissée car non « productive », pas dans le moule, au fil des années, l’insistance continue et c’est dingue de voir à quel point on s’arroge un jugement sur la vie des autres alors qu’on ne la connait pas.

L’auteur montre bien au travers de son récit, cette injonction forte à la maternité et qu’il n’est pas bien vue également de se plaindre une fois que l’on est mère comme l’est Giuilia le personnage principal, même en étant mère célibataire. Qu’il faut faire le deuil de sa vie de femme comme elle, en attendant de se retrouver une fois que les enfants n’auront plus besoin d’elle. Cette mère faillible, moderne, aimante mais qui doute a fait écho.

 Elle qui ne sait pas, ne pas être honnête, elle qui veut transmettre la joie, la liberté, la confiance à ses enfants même s’ils symbolisent aussi un renoncement qu’elle a fait aux conventions sociales. A cette injonction à ne s’épanouir que par rapport aux autres, toujours dans l’oubli de soi. Cette demande inconsciente, de s’aliéner pour s’épanouir à travers un enfant. Avec Giulia, on s’interroge sur cet idéal, peut-on aimer ses enfants sans être en admiration devant eux, en aspirant à autre chose. Femme fragile, libre, faillible, qui doute, a peur du jugement, Giulia cherche sa vérité, son chemin loin des ombres de son passé. L’auteur dresse un portrait de femme avec un grand F, avec ses failles. Capable de s’effacer pendant des années et de rêver de liberté, d’avoir envie à nouveau que son cœur batte. Interrogation sur le désir ou non d’être mère, sur ce fameux mythe de l’instinct maternel sans caricature.

Ce non jugement, cette trajectoire, les choix opérés par les personnages féminins donnent un regard neuf, lucide et pour une fois audible pour moi. On peut être femme sans être mère ou se sentir mère, être mère et ne pas s’effacer totalement derrière ses enfants, c’est ce que nous dit le parcours du personnage. Pas de différence entre les deux, des choix c’est tout et une femme ne se résume pas à sa maternité.

L’autre fil du récit est la fascination du personnage pour Malaparte, écrivain italien que je ne connaissais pas et que j’ai découvert à travers les yeux de Giulia. L’Italie, Naples vieux souvenir de lycée à travers l’évocation de celle-ci. Ambivalence de cette figure un peu tutélaire pour Giulia, entre célébrité et solitude, qui semble imbue de lui-même mais qui s’est construit une maison magnifique, comme une prison exposée aux yeux de tous et pourtant à l’écart du monde. Echo lointain au travers de sa vie au fascisme italien et à ses bruits de botte. Le roman m’a donné envie de découvrir ses écrits, sa voix. Histoire d’une fascination pour oublier l’absence, le conformisme auquel on consent, les prisons que l’on se crée alors qu’il suffit d’être honnête avec soi même.

On se laisse gagner par l’obsession du personnage pour cet écrivain, elle la prof de littérature italienne. A travers Curzio Malaparte, elle cherche son passé, ses ombres, une absence. J’ai eu souvent l’impression que les personnages étaient vivants, présents. J’ai eu l’impression de voir des sœurs, elles aussi aux prises entre désir, réalité, image, essentialisation de leurs corps. J’ai apprécié le regard doux et réaliste, rentre dedans, pas forcément politiquement correcte comme une amie plus âgée qui dit « Fais pas la même connerie ».

 Aller au-delà de la surface du mot mère c’est ce que nous propose l’auteur pour comprendre qu’une femme c’est à la fois comme Giulia une somme de paradoxe, un être obsédé par une passion : La littérature et surtout un être imparfait épris de liberté qui comme nous cherche sa vérité, sa singularité, qui veut être libre dans un monde en cage.  Partez à la découverte de l’amour propre, de Giulia , de ses fantômes et de ses  interrogations sur la maternité.

 Lecture partagée avec Virginie pour le Paris-Nantes:

" Amour propre " de Sylvie Le Bihan - LES LECTURES DU MOUTON

" Il y a dans la vie un temps pour agir, par instinct, par volonté, par hasard ou par devoir, un temps déterminé pour chaque palier, ensuite arrive celui de réfléchir, de revenir sur ce qu'on a fait, d'analyser froidement ce qu'on a réussi ou raté et, si c'était à refaire et malgré l'amour que je porte à mes enfants, je pense honnêtement que je ferais tout différemment, sans eux ".

http://www.leslecturesdumouton.com

 

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06 mars 2019

jeu de dupes : si je mens, tu vas en enfer de Sarah Pinborough

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Thriller efficace, avec trois voix de femmes, Lisa la mère parfaite surprotectrice, Ava sa fille de 16 ans qui veut voler de ses propres ailes et couper le cordon, Marylin l’amie fidèle depuis dix ans sur qui on peut compter. Une vie ordinaire, tranquille, banale dans une petite ville, le train train du boulot, des examens et des entrainements de natation pour Ava. Jusqu’à un évènement et tout vole en éclat, les cartes sont redistribuées, tout ce que l’on pensait connaitre des personnages explose.

On sent bien monter la tension au fil des pages, que Lisa n’est pas tranquille,  on se demande les raisons de son angoisse. On alterne les points de vues de ces trois personnages principaux qui chacun ont un bout du puzzle, au fil des trois parties la tension psychologique sur les personnages s’accroit et le suspense monte pour le lecteur.  L’auteur joue sur nos nerfs en alternant passé, et présent pour déployer la psychologie de ses héroïnes féminines et mettre en scène ses rebondissements en lien avec une promesse inoffensive « croix de bois, croix de fer si je mens je vais en enfer » comme on peut en faire quand on est petite.

A la fois oppressant, sans être trop glauque, fouillé sur le plan des réactions et de la vie des personnages, ces femmes cabossées ou désabusées, prêtes à tout par amour ou par amitié.  Il est intriguant et on voit les personnages se débattre avec leurs choix, l’importance aussi des réseaux sociaux, de l'enfance. Chronique moderne de notre temps, de nos jugements médiatiques, réflexion sur la violence et les apparences, sur la difficulté d’être une femme aujourd’hui.

Percutant et efficace, ce roman choral vous prendra dans ses filets pour aller au bout de la promesse et savoir ce qui se cache sous l’apparence de nos héroïnes.

Ps: merci aux éditions Préludes pour la découverte.

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01 mars 2019

au bord des pages: les rêveurs d'Isabelle Carré

les reveurs

Les rêveurs est le premier roman d’Isabelle Carré, elle collectionne les souvenirs personnels dans ce récit. Elle évoque son enfance, adolescence comment le théâtre puis le cinéma lui a donné un cadre. Elle dresse le portrait de ses parents, cabossés par la vie, de ses frères. Au fil des pages, elle s'attarde sur un souvenir, un moment marquant de sa vie ou de celle de sa famille.

J’ai apprécié la métaphore du rêve, du besoin des mots pour s’échapper, de l’écrit comme échappatoire, du jeu au théâtre puis au cinéma pour avoir des règles. Elle retranscrit bien la période post 68 à travers le décor de sa maison rouge, les années sida, la dépression de sa mère, sa mélancolie, son envie d’avoir une famille normale, son besoin d’être aimé. Son style est efficace, imagé, parsemé de citations de films ou de chansons, qui font qu’on lit sans déplaisir ce récit d’autofiction.

Mais paradoxalement, je suis restée au bord des pages, sans doute à cause du début où le mélange de narratrice entre elle et sa mère m’a perturbé, sans doute car certains souvenirs m’ont perdu dans le fil du récit. Ce n’est pas l’absence d’ordre chronologique ou les changements de voix mais par moment ça m’a paru un peu trop lisse, il m’a manqué quelque chose pour ressentir de l’empathie alors que pourtant sa vie est drôlement romanesque, que certains souvenirs sont poignants.

Cela est peut être le fait que c’est un premier roman et qu’il reste encore quelques maladresses, je ne connais absolument par l’actrice et que ses souvenirs soient réels ou romanesques peu m’importe mais par moment j’ai eu justement l’impression d’un jeu sur les mots, de voir défiler le film mais de ne pas être dans le film. De trouver ça jolie mais de ne rien ressentir pourtant j’apprécie l’autofiction d’habitude et j’aime les constructions pas toujours conventionnelles mais là ça ne l’a malheureusement pas fait pour moi.

Donc un premier roman que je finis en demie teinte, je ne me suis pas ennuyée mais je n’ai pas réussi à oublier l’actrice derrière la jeune femme ou fille et je suis restée un peu au bord de la route. Sans doute en attendais je trop au vu des multiples prix et éloges que j’avais lu.

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