le blog d'eirenamg : 1 gourmandise à partager: la lecture

L'envers du décor de Par amour interview de Valérie Tong Cuong: mémoire et transmission.

 

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Pouvez vous présenter votre parcours.

Après des études de lettres et de science politique, j'ai travaillé en entreprise durant 8 ans. J'ai publié un premier roman en 1997, "Big", qui a très bien marché. J'ai décidé alors de me consacrer entièrement à l'écriture (et à la musique durant un temps). J'ai publié à ce jour 11 romans. Il m'arrive aussi de collaborer avec la télévision ou le cinéma.

Quel a été l’élément déclencheur d’écriture de Par amour ?

C'est mon histoire familiale. Depuis l'enfance, ma mère et mes grands-parents, havrais, ont laissé filtrer des souvenirs, des douleurs que j'ai eu envie de creuser. J'ai alors découvert ce qui s'était passé durant la guerre au Havre pour les civils- les gens comme vous et moi. Les épreuves auxquelles ils avaient été soumis dépassaient l'entendement, quatre années d'enfer dans la ville à endurer la peur, la misère totale, la maladie et la mort aveugle, les bombardements quotidiens, les effondrements, des destructions massives, des évacuations plus ou moins forcées d'enfants, et plus encore ! Et pourtant tout cela était resté sous cloche, tabou. J'ai aussi réalisé que, bien au delà du Havre, c'était la guerre à hauteur d'homme, de femme, d'enfant qui n'avait été que très peu abordée par le roman. Or nous sommes tous les enfants de cette guerre. Nos familles l'ont toutes éprouvée dans leurs chairs. Et aujourd'hui, quel écho avec ce qu'endurent les civils qui subissent et cherchent à fuir les conflits de Syrie ou d'Irak ! Tout cela a produit un déclic chez moi, le sentiment d'un devoir d'hommage, de mémoire, de transmission, de prise de conscience à assumer.

Pour quelles raisons utilisez-vous la construction du roman choral ?

C'est un procédé qui donne à voir toutes les vérités. On ne vit pas une guerre de la même manière, selon qu'on est un garçon ou une fille, un enfant ou un adulte, selon que l'on a ou pas de l'instruction, des convictions religieuses, une famille, des amis... En entrant dans la peau de chacun, on peut voir comment les priorités évoluaient, les choix différaient, l'espoir tenait ou pas. L'humiliation et l'inconfort d'un pantalon devenu culotte courte (par manque de textile) pour un garçon qui a 10 ans au début de la guerre et 15 à la fin, cela ne peut se comprendre qu'à travers sa voix. Idem pour les choix plus ou moins patriotes, qui ne peuvent se comprendre qu'à travers le vécu de chacun, la manière dont il était armé, protégé ou au contraire livré à la peur et au dénuement. Il fallait regarder tout cela à travers les yeux de ceux qui l'ont vraiment affronté, très concrètement.

C'est enfin un procédé qui permet d'aller chercher les émotions les plus enfouies, les plus puissantes. Une mère à qui le destin arrache son enfant...cela vibre d'une autre manière quand c'est elle et lui qui vous le racontent, plutôt qu'un narrateur distancié.

Pourquoi donner la voix à des personnages secondaires et hors de la famille pour un chapitre  contrairement à d’habitude ?

C'est encore un des atouts du roman choral : permettre au lecteur de vivre l'action au plus près. Ici, nous sommes à bord d'un bateau, il fallait le regard du marin pour nous faire vivre pleinement la tempête. Mais ce chapitre a aussi un rôle important dans la construction de l'intrigue. C'est le seul moment où aucun des protagonistes principaux n'a de moyen de savoir ce qu'il arrive aux autres membres de sa famille.

Comment avez-vous mené l’enquête pour construire ce livre ?

J'ai d'abord cherché dans les archives, mais celles de 42 à 44 avaient été détruites par le "tapis de bombes". J'ai alors eu la chance de rencontrer un homme formidable qui avait repris, par passion, le fond de l'ancien bouquiniste du Havre...Or ce bouquiniste était situé dans la mince zone de la ville qui n'a pas été rasée. Tout avait été conservé, dont de très nombreux témoignages et documents divers d'époque. Cela m'a énormément éclairée. J'ai ensuite, en fouillant, de fil en aiguille, retrouvé d'autres témoins (enfants ou très jeunes adultes à l'époque). Deuxième coup de chance, une jeune réalisatrice de talent avait tourné un film demeuré confidentiel sur les évacuations d'enfants, et avait notamment exploré le cas de ces nombreux enfants envoyés en Algérie, son oncle en faisant partie. Elle avait amassé une documentation incroyable sur ce sujet que personne n'avait jamais traité. Elle m'a appuyée dès notre rencontre dans mes recherches et m'a offert ce trésor. J'y ai découvert des témoignages bouleversants et puisé des informations factuelles précieuses.

J'ai aussi lu de nombreux travaux, souvent universitaires, sur des aspects précis de la période, dans la région. Enfin, j'ai abondamment puisé dans l'histoire, la documentation et les souvenirs, familiaux.

Y a-t-il une différence entre un roman basé sur des faits réels et un roman de fiction dans la construction, la caractérisation des personnages ?

Dans les deux cas la caractérisation des personnages sert l'intrigue. Mais la construction, pour moi, a été un peu différente : dans ce roman basé sur des faits réels, les personnages sont tous des composites de véritables témoins, à qui bien sûr j'ai attribué un tempérament particulier. D'une certaine manière, ils ont donc tous vraiment existé ! Tandis que dans la fiction, même si je m'inspire forcément  en partie des gens, des événéments croisés sur mon chemin, les personnages sont créés de toutes pièces.

Pourquoi avoir choisi ce titre ?

Dès que j'ai commencé à lire ou écouter les témoignages de ces gens qui, pour beaucoup, avaient tout perdu, vivaient dans la peur constante et avaient dû trouver des moyens de survivre physiquement et psychiquement sans jamais voir, pendant longtemps, le bout du tunnel, j'ai réalisé que c'était l'amour qui les avaient tenus debout. Pas forcément l'amour au sens sentimental du terme, mais l'amour que l'on éprouve pour l'autre, un fils, une sœur, un ami, et même sa ville ou sa patrie ! Cela ressortait partout, dans chaque lettre, dans chaque voix. Ce sentiment vaste, tourné vers l'autre, cette humanité, était la dernière chose qu'on ne pouvait leur enlever. J'ai compris que sans cet amour, nombre d'entre eux se seraient laissés glisser, mourir. Alors le titre s'est imposé.

Comment s’est opéré le choix de la couverture de la version poche de par amour ?

L'équipe du Livre de poche a été très à l'écoute. J'ai pu échanger directement avec la personne chargée de l'iconographie. En outre, celle-ci avait lu et beaucoup aimé le livre. Nous avons ensemble décidé de mettre en avant les enfants, qui tiennent un rôle majeur dans cette histoire et se sont montrés d'une force admirable pendant la guerre.

Les précédents romans étaient plus noirs, bruts dans l’écriture qu’est ce qui a provoqué le changement de construction et les nouveaux thèmes de résilience, d’humanité  dans votre parcours d’écrivain?

Durant mes premières années de publication, j'étais sombre et pessimiste. Il me manquait certaines clés et j'étais persuadée que lorsqu'on avait tiré les mauvaises cartes à la naissance ou en début de parcours, tout était fichu pour toujours. Avec le temps et l'expérience j'ai nuancé ma vision des choses.

Pour ce qui concerne la construction, j'ai voulu expérimenter le roman choral et le spectre émotionnel qu'il offrait m'a beaucoup plu. Mais plus qu'une évolution dans une certaine direction, je considère cela comme l'exploration d'un territoire parmi d'autres. Je ne compte pas écrire uniquement des romans polyphoniques.  

Pourriez-vous écrire sur une réalité noire et sans aucun espoir ?

Oui, pourquoi pas. Les réalités noires, les causes perdues existent – même si il est de fait rare qu'aucun espoir ne puisse subsister. Encore faut-il qu'écrire sur ce sujet puisse apporter quelque chose. J'aime que l'écriture provoque la réflexion, la remise en question.

Quand vous écrivez est-ce un mot, un sentiment, un personnage qui se dessine puis ensuite vous construisez  ou faites vous des plans ?

Généralement, le thème vient d'abord, puis les personnages apparaissent. J'utilise de plus en plus les plans ou les fils conducteurs, mais seulement après avoir laissé libre cours à l'imagination et à la réflexion, et ressenti profondément histoire et personnage.

Est-ce que vous aimeriez que vos romans soient adaptés en film ?Si oui lesquels ?

Oui, je trouve que c'est une démarche créative fascinante : donner votre sujet à un réalisateur, qui peut en faire tout autre chose. J'adorerais que "Par amour", qui raconte des faits de la guerre jamais développés en littérature ni montrés à l'écran fasse l'objet d'un film. Mais c'est un gros sujet, donc un gros budget, une fresque qui va de la Normandie à l'Algérie, ce sera donc sans doute difficile de trouver un producteur assez costaud pour s'en saisir !

Pensez-vous réécrire une pièce de théâtre après votre expérience au Paris des Femmes ?  

Pourquoi pas, mais ce n'est pas ma priorité actuellement.

Quels sont les livres qui vous ont le plus marqué ?

Il y en a beaucoup trop pour vous les citer tous. D'une manière générale, ceux qui m'ont marquée le plus ont ouvert des brèches en matière d'écriture, que ce soit dans la forme ou dans le fond. Les romancier(e)s tels que Faulkner, Steinbeck, Beckett, Romain Gary, Iceberg Slim, Jean Genêt ou plus récemment Sapphire, Despentes pour ne citer qu'eux/elles (mais la liste est fort longue), m'ont montré que la qualité de la littérature ne dépendait pas des règles classiques. Cela a beaucoup compté. Cela dit, j'ai grandi avec les auteurs classiques du XIX, et j'en ai adoré beaucoup tels que Hugo, Balzac, Zola, Dostoievski, Rimbaud, Baudelaire entre beaucoup d'autres...

Quels conseils lectures donneriez-vous ?

Chacun peut trouver des livres qui lui apporteront ce que rien d'autre ne peut lui apporter, cette compréhension de soi et du monde, ce sentiment d'obtenir des réponses qui nous correspondent parfaitement. Il faut chercher celui, ceux qui vous conviennent. Essayer en se fiant par exemple aux conseils de lecteurs avec qui nous partageons certaines émotions, une vision du monde, des valeurs. Je conseille d'ailleurs de ne pas se forcer à lire : passé le premiers tiers, si on n'accroche pas, tant pis, il faut passer à autre chose, tant de livres nous attendent !

Je remercie grandement Valérie Tong Cuong, pour sa gentillesse et sa disponibilité et d'avoir accepté de répondre à mes questions. Merci aux équipes du Livre de Poche qui vont permettre à l'un d'entre vous de gagner le roman Par amour.

Concours Par amour:

Pour cela rien de plus simple: ajoutez un commentaire au bas de ce message pour dire pourquoi vous aimeriez le lire. Tentez votre chance ce livre est vraiment magnifique comme je le disais déjà il y a un an.

Dans l'intimité d'une famille au coeur de l'histoire: Par amour de Valérie Tong Cuong - le blog d'eirenamg : 1 gourmandise à partager: la lecture

Lire un livre d'un auteur dont on apprécie l'univers est toujours un privilège, il y a un peu plus de 2 ans, j'ai eu la joie de découvrir un livre de Valérie Tong Cuong, un peu par hasard c'était l'atelier des miracles au cœur de l'été.

http://eirenamg.canalblog.com

 

 

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14 février 2018

Portrait de vies sensibles: Danser, encore de Julie de Lestrange

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Danser, encore est le 2e roman de Julie de Lestrange, on retrouve les personnages du premier Marco, Sophie, Anouk, Alexandre, Claude, les parents de Marco, Pauline et Pénélope.

De jeunes adultes, les personnages sont devenus plus matures, Sophie et Alexandre sont mariés et ont 2 enfants Nathan et Juliette. Alexandre travaille toujours dans l’audiovisuel. Marco continue son métier de dessinateur et son couple avec Pénélope fonctionne. Anouk vit en Angleterre et s’épanouit comme artiste.

Les thèmes sont plus matures, la difficulté d’être parent, la maladie, le deuil et son acceptation sont au cœur du roman. Alexandre puis Marco sont les fils rouge du roman mais les personnages féminins notamment Anouk prennent de l’importance. On voyage de Singapour, à Londres mais aussi au chalet de l’amitié et à Paris entre les lignes.

L’auteur a une écriture plus dense aussi, le ton est moins léger, elle décrit le monde dans lequel on vit avec sa violence, ses coups du sort, elle fait référence à l’actualité, les réfugiés, les attentats de Charlie hebdo. Moins le portrait d’une génération que le portait de vies modernes et attachantes, la construction de la famille, les amitiés indéfectibles et l’abandon peu à peu de l’enfance sont présents.

J’ai été encore plus touché que dans le précédent par l’écriture de l’auteur qui réussit à nous happer dans ses vies à la fois singulières et universelles. On vibre avec eux pour Nathan le petit garçon à l’asthme sévère, on est ému avec Marco devant la beauté de l’Asie et sa prise de conscience, on sourie avec Claude et sa volonté de profiter de la vie à 60 ans. On s’enthousiasme et on a de la peine pour Anouk et sa solitude. On admire Sophie en mère louve. On ressent aussi à nouveau le choc, la peur, la remise en question lors de l’évocation de Charlie Hebdo. Avec une plume fine, sans effet de manche, avec des descriptions à la fois réalistes et très romanesques, les chapitres défilent. On croque dans ces moments de vie, on s’identifie, on se rappelle. L’auteur a le don de nous mettre dans la peau de personnages faillibles et tellement attachants, un bonheur, un voyage une fois de plus doux et mélancolique.

D’habitude les suites ne sont pas forcément réussites, elle fait mentir l’adage. Vous pouvez d’ailleurs le lire même sans le premier, mais on constate aussi le gain en profondeur des personnages qui de grands ados sont devenus adultes. La leçon de vie du roman est terriblement touchante et donne envie de Danser encore, d’envoyer valser la mort comme le dit la chanson de Calogero.

Donc respirez et foncez découvrir cette auteur, je commence vraiment à devenir fan, car me faire veiller jusqu’à 1h du matin ce n’est pas donné à tout le monde. Donc hâte de découvrir le prochain.

Et merci encore à ma bonne fée littéraire sur ce livre Alexandrine tu avais mille fois raisons.

 

Ps: lien vers la chanson de Calo qui sera maintenant aussi associée à ce livre, déjà qu'elle me faisait pleurer avant...

 


Calogero - Danser Encore

 

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12 février 2018

Liberté chérie, l'homme qui s'envola d'Antoine Bello

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J'ai découvert ce roman grâce au prix Version Femina qu'il a reçu en janvier de cette année.

Nous sommes projetés en Amérique, le personnage principal Walker est un riche homme d’affaires, patron d’une entreprise de fret dont il a hérité à la mort de son beau père. Il est marié à Sarah, une femme aussi belle qu’intelligente qui s’occupe de leurs 3 enfants et d’une fondation de bienfaisance.

Sur le papier, il a la vie rêvée, il incarne le rêve américain, il s’est fait tout seul, a trouvé l’amour et réussit à dynamiser et moderniser son entreprise mais Walker se sent mal, pris au piège. Il a l’impression que sa vie n’est qu’une course contre le temps, qu’il est enfermé vivant, que tout repose sur lui. Un jour il disparait mais sa disparition questionne son assureur qui lance un enquêteur Shepherd pour vérifier qu’il est bien mort.

La suite est à découvrir au fil du roman, ce roman choral met en lumière 3 personnages, Walker, sa femme Sarah et l’enquêteur Shepherd. Ce roman choral maintient l’intrigue et cette enquête autour de la disparition du personnage principal et sa personnalité. Le personnage de Walker est touchant, ses interrogations, ses actes même s’ils questionnent, le rendent attendrissant et on aime suivre son aventure et ses pensées au fil des pages.

Le rythme est dynamique, l’intrigue prenante, au départ, on pense aller vers un récit stéréotypé. Mais pas du tout, le style clair de l’auteur donne de l’épaisseur aux personnages. Il décrit bien leurs émotions, aspirations, à travers eux, on réfléchit à ses objectifs, ses rêves mais aussi les barreaux de notre monde moderne.

 La quête de la réussite, la volonté d’être libre, de reprendre sa vie en main, d’avoir le choix font écho. La description de la société américaine, du monde du travail mais aussi de la relation de couple, des relations parents-enfants sont bien analysées.

Le trouble fête qu’est l’assureur instille une dangereuse course poursuite et un contrepoint intéressant autour de cet homme Shepherd passionné par son métier, qui ne juge pas mais fait au mieux son travail sans état d’âme et qui veut comprendre Walker.

Le personnage de Sarah évolue au cours du récit et devient plus riche, on suit comment elle endosse le rôle de chef de famille et cherche à comprendre son mari qu’elle croyait connaître. L’auteur réussit au cours des 3 parties à maintenir le suspense, à nous immerger dans la peau de ses personnages, à les rendre attachants chacun avec leurs failles, leurs forces. Une description fine de la nature humaine et des idéaux de la société américaine, un western moderne en quelque sorte, avec une fin surprenante et réussie.

Un récit agréable, bien enlevé, un style personnel et réaliste, une belle réflexion sur la nature humaine, une lecture que je vous conseille. Prenez un vent de liberté et suivez Walker.

Pour vous donner encore plus envie : l’avis de ma compatriote de lecture sur ce roman Céline du blog Athémiss : suivez le lien pour lire son avis

"L'homme qui s'envola" d'Antoine Bello...

Faire le choix de la liberté alors que l'on a tout aux yeux de la société... Jusque là le sujet n'a rien de nouveau, mais Antoine Bello insuffle un vent nouveau grâce à sa plume en campant de très beaux personnages aux destins irrésistibles par le biais d'une construction léchée des plus savoureuses en trois parties que je ne vous dévoilerai pas (mon credo a toujours été de faire court pour ne rien spoiler !).

https://arthemiss.com

Ps: Ce roman a obtenu le prix version Fémina cette année, j'ai eu la chance de participer à cette belle cérémonie. Pour information: 

Pour cette 11e édition, le jury du Prix du roman Version Femina a élu Antoine Bello pour son roman L’homme qui s’envola paru aux Editions Gallimard.

Le jury est composé de Philippe Claudel, de l’Académie Goncourt, Président du jury, Dominique Bona, de l’Académie française, Irène Frain, écrivain et historienne, Philippe Grimbert, écrivain et psychanalyste, Eric Lafraise, directeur de la littérature chez Cultura , Olga Bibiloni, journaliste culture  à la Provence, Anne Michelet, rédactrice en chef adjointe et Catherine Roig, directrice de la rédaction de Version Femina.

Un prix en trois étapes

  • Chaque mois à partir de janvier, trois romans sont proposés aux lecteurs. Cette sélection repose sur l’envie de faire découvrir au plus grand nombre des textes et des auteurs qui ont particulièrement touché la rédaction.
  • Les lecteurs s’inscrivent par téléphone ou sur femina.fr et un tirage au sort détermine chaque mois 150 personnes. Les livres leur sont adressés pour lecture et rédaction d’un commentaire. De ce vote populaire résulte alors chaque mois le « coup de cœur ».
  • En novembre, le jury se réunit pour élire le lauréat parmi les coups de cœur de l’année.

Bonne lecture.

 

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05 février 2018

Ode à la vie une fois dans ma vie de Gilles Legardinier

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Cher Gilles

Je ne sais pas comment vous faites, on dirait que vous avez un scanner qui détecte les sentiments humains. Car les sentiments qu’éprouvent vos personnages sont très réalistes pas les situations mais leurs émotions.

J’ai été particulièrement touchée par Eugénie le fil rouge de votre récit. Cette femme qui se sent inutile, seule, sans repères depuis que ses enfants sont partis. Elle n’a plus envie de vivre, de se réveiller le matin. Elle a l’impression de vivre dans un trou noir sans avoir conscience du beau, d'avancer comme un robot par habitude. Elle a l impression qu’un fil de plus en plus ténue la maintient à l existence, la rattache à la vie. Elle se sent indifférente à tout ce qui l entoure même son mari Victor le bout en train qui l adore, qui essaye d être un roc. Il essaye de faire face au désespoir de sa femme contre vents et marées.

 Au début du récit Eugénie en est là, elle se demande si elle ne doit pas s arrêter là, disparaître, si ce n’est pas la solution. Le rythme est lent au départ et décrit parfaitement cet état second du personnage, ses pensées morbides, sa mélancolie.

Tout le monde a un jour eu envie de baisser les bras de se dire que finalement le monde ne s en sortirait pas plus mal sans nous. Mais comme le personnage, ce qui empêche de sauter le pas c’est les proches, les amis à qui on ne veut pas faire de la peine.

Le personnage va s en sortir grâce aux autres, à la petite troupe de théâtreux  qui l entourent. Juliette la jeune trentenaire, fan de danse qui butine d homme en homme. Céline la mère d’Ulysse, divorcée en proie avec sa faible estime d elle-même. Elle aussi est émouvante avec son fatalisme, sa volonté de ne pas péter les plombs devant son fils. La solitude qui guette certains personnages comme Taylor, qui ont l impression qu’ils resteront seuls et sans personne à aimer. En contrepoint le couple de retraités qui vient a tous les spectacles, l amour de Victor pour Eugénie semble hors du temps, une anomalie dans notre monde moderne. La douce folie de Francky et ses idées saugrenues de spectacle donne aussi de la légèreté.

J’ai apprécié la gravité, la profondeur cachée derrière le masque et les mots de l amuseur qu’est l auteur. L’utilisation du théâtre comme catharsis pour ces êtres cabossés par la vie. J’ai retrouvé l ambiance des premières, de troupe, la solidarité, les vaines querelles entre stars Maximilien et Natacha, les 2 acteurs phares, l atmosphère électrique des premières et la magie des applaudissements ayant fait quelques années de théâtre. Cette bande d’humains, unie par la volonté de faire passer des émotions, de la folie finalement un peu comme moi à travers ces lignes qui font écho à des souvenirs heureux ou plus sombres.

Mais la force de l écriture de l auteur, du roman, c est d agir comme un médicament sur le monde, il reste noir mais reprend du relief, de la couleur au fur et à mesure des péripéties et de l’histoire. Grâce aux situations loufoques, aux comparaisons dingues et a la folie inhérente de la plume de l auteur, les personnages évoluent et réapprivoisent leurs univers. Sa plume remet de la couleur, du rire. Et ça c est fort, en 2015 complètement cramé a réussi à me faire rire dans une période tristoune. En 2018, une fois dans ma vie,  me les as ouverts sur le chemin parcouru, sur ce qu’il reste à faire,  les défis à relever. Et il m a rappelé que sans les émotions bonnes ou mauvaises, les vrais amis, la vie ne vaut pas le coup d être vécue.

Merci bien a vous

Nathalie

Ps au plaisir de lire le prochain 

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30 janvier 2018

Patchwork musical Eparse de Lisa Balavoine

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1er roman original, suite d’instantanés, de souvenirs, dans le désordre, d’impressions de listes. Loin d’une construction linéaire par petites touches comme un patchwork, qui imprime un motif grossissant ou ténu selon les souvenirs. Parfois drôles, tristes, anodins, enfantins, sérieux les souvenirs défilent sous nos yeux en accélérés parfois quelques lignes ou de manière détaillés. Elle glisse plein de choses intimes, elliptiques, en répétition,  et le lecteur se retrouve dans la position d’un confident. Dans la posture de l’auditeur qui met un disque sans conviction histoire de passer le temps  et qui le secoue, le fait vibrer, on sourit, on est émue à chaque morceau de vie et on se dit purée j’aurais pu dire ça ou là ça correspond à quand j’étais avec…

L’auteur s’est amusée avec la forme, en éclatant la construction, en utilisant des fragments, en multipliant les pièces comme dans un puzzle. Elle fait écho aux évènements, aux objets, à la musique qui a rythmé sa vie. Evoque son enfance, sa famille, ses amours, ses enfants, les moments importants ou plus banals du quotidien, joue en plus des temporalités sur les pronoms. S’amuse avec le langage avec des passages dictionnaires savoureux.

A la fois exercice de style mais surtout de fond pour montrer la difficulté de parler de soi, de se construire, de se voir dans sa dimension. Variations sur l’amour, la douleur ; le temps qui passe comme dans une symphonie déjantée et mélancolique.

On se laisse porter par l’absence de chapitre, le langage imagé, oral, ponctué ou non, on respire, on se pose ou on est happé selon les souvenirs. Ces mots personnels deviennent universels même s’ils sont intimes, on se rapproche ou s’éloigne d’elle, on a envie de la bercer, de l’écouter comme on le ferait d’une amie tard le soir après des confidences autour d’un bon vin au cœur de la nuit.

Un 1er roman étrange, touchant, agréable qui dessine de manière éparse un portrait de femme.

Une collection de souvenirs, un patchwork d’émotions, qui ne sont assemblés que par la mémoire de l’auteur. Sa volonté de garder parfois le meilleur mais aussi la douleur, les moments doux, tristes. Les traces de ses enfants, du temps qui passe, les relations compliquées avec sa mère. En jouant sur l’éparpillement, en refusant de donner une clé, en étant à la fois dure et douce avec elle-même, en variant les points de vue, en se mettant à la place de l’autre, en variant le «  je tu , il , elle , nous » l’auteur nous embarque dans son monde fait de quotidien, de musique, de bonheur, de douleur, d’amour, de passion, de tristesse, de peur. Elle retranscrit aussi une époque, scandée par des chansons, des paroles mais aussi son propre dictionnaire intérieure avec ses mots inventés qui correspondent à une attitude, une émotion. Elle dresse le portrait d’une femme à la fois moderne et classique, forte et fragile. Elle ramasse comme le petit poucet des cailloux dans sa mémoire et nous les offrent. Et là où c’est fort c’est que finalement ce n’est pas nombriliste, indécent, redondant ça devient universel, de la littérature, de la réflexion sur la vie tout simplement, sa place, le poids du passé.

J’ai été bluffé par la construction et finalement la cohérence qui ressort de ses lignes, le fait d’avoir envie de souligner certains passage, de relire , me retrouver ou non à travers les mots même si on n’a pas le même âge, vécu. De voir comment ces mots épars, finalement tissent un lien et un portrait d’une auteur touchante et émouvante.

Alors oui vous me direz encore de l’autofiction mais non, c’est de la littérature par sa langue, sa construction, son jeu avec les codes de l’intime, ses exercices de style avec ses motifs qui se répètent, ses associations d’idées qui font des pauses entre les souvenirs qui ne sont pas livrés de manière chronologique. C’est finalement pudique, je me suis retrouvée dans cette quête de trouver une place, s’affranchir surtout de son propre regard sur soi, s’accepter avec ses failles, son corps, ses obsessions, ses manies, ses défaites, ses blessures, ses folies, ses passions.

Un portrait doux et dure, une plongée dans l’introspection universelle, une réflexion sur la vie, un moment planant dont on finit groggy comme après 2h de concert où on s’est laissé porter, aimer, toucher sans réfléchir, connecter et bam le silence, le retour au réel en rentrant chez soi. Et cette douceur, ces moments, ces émotions qu’ont a ressentis forts qui deviennent des souvenirs mais que l’on veut retenir. On est dans le même état en finissant ce roman.

Bon voyage et bonne lecture.

Ps : désolée pour les répétitions parfois du texte mais finalement, elles font bien écho au roman. Et un merci tout particulier à 3 bons génies pour ce livre Nicolas de l’Albatros, Amandine de l’ivresse littéraire, et Virginie des lectures du mouton sans vous, j’aurais raté un beau livre.

Liens vers leurs blogs

L'Albatros

Le monde de Nicolas Houguet: Au gré du vent et de là où la culture me conduira...

http://www.nicolashouguet.com

 

L'ivresse littéraire : Chroniques littéraires

Ce roman, que dis-je cet OVNI m'a fait de l'œil dès sa sortie. Et lorsque j'ai vu que Lisa Balavoine était originaire des Hauts-de-France je n'ai plus du tout hésité. Une thématique alléchante, une auteure régionale ... oui exactement vous voyez où je veux en venir. Roman parfait pour la chronique TV.

http://www.livresselitteraire.com

 

LES LECTURES DU MOUTON

Virginie Vertigo, passionnée de littérature : rentrées littéraires, classiques... tout y passe ! Naissance du blog : 5 mars 2009

http://www.leslecturesdumouton.com

 

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29 janvier 2018

Passionnant tour du monde en 80 jours #ReadingClassicsChallenge2018

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Relire des classiques voilà le nouveau pari de l’année 2018, Jules Verne et moi ça avait très mal commencé. J’ai essayé de le lire enfant puis jeune ado ,  mais les livres de la bibliothèque verte de mon frère dont 20 000 milles lieux sous les mers m’ont laissé le souvenir d’un profond ennui. Donc je n’avais pas rouvert un livre de cet auteur. Je sais c’est pas bien, quand j’ai découvert sur insta le challenge lancé par Lilly Pirous je me suis dit pourquoi pas.

J’ai longuement hésité et mon choix s’est porté sur le tour du monde en 80 jours, j’étais curieuse de voir si le style désuet me parlerait aujourd’hui et voir comment à l’époque le monde était décrit.

Le style finalement et les descriptions ne m’ont pas génés comme les infos sur les empires, les distances, le temps. Le personnage atypique de Phileas Fogg réglé comme un coucou suisse qui décide sur un pari de prouver qu’on peut faire le tour du monde en 80 jours en utilisant les moyens de transport de l’époque, bateau, chemin de fer, traineau sans escale m’a amusé.Passepartout son domestique français, naif entreprenant et intelligent qui pensait avoir trouvé une place tranquille se retrouve malgré lui lancé dans l’aventure.

J’ai apprécié de passer de la société londonienne compassée et hiérarchisée à l’Inde et ses mystères. Par de courts chapitres,on suit les aventures de nos héros, poursuivis en coulisse par un inspecteur Fix qui est persuadé que Fog est un voleur. La belle indienne, les péripéties et les descriptions des voyages, des paysages de l’Amérique, de l'Asie sont savoureuses. Ce chassé croisé est savoureux et je me suis prise au jeu, comparant les infos, les anecdotes avec leur réalité, voyant un monde ancien renaitre sous mes yeux. A chaque fois, les cartes sont redistribuées et on se prend au jeu de savoir si le Fog va réussir son pari et par quelle pirouette il va se sortir d'un mauvais pas.

Une belle découverte que ce livre qui m’a réconcilié avec l’auteur. Et j’ai apprécié de me laisser porter par cette plume. J’espère que la suite du challenge se passera aussi bien. #ReadingClassicsChallenge2018 à retrouver sur facebook, insta si vous souhaitez y participer et trouver la liste des auteurs classiques chaque mois.

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17 janvier 2018

Sombre monde la mort nomade Ian Manook

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Dernier volet de la trilogie Yeruldelgger, comme dans le 2e tome celui-ci s’efface un peu plus même s’il est présent dans le récit et les lieux d’enquêtes se multiplient en Australie, aux EU et bien sûr en Mongolie.

Yeruldelgger a pris sa retraite et s’est exilé pour reprendre le contrôle de lui-même et de sa vie, il espère rester à l’écart du monde et retrouver les traditions mongoles. Mais 2 femmes Tstseg et Odval interrompent sa retraite et le voilà embarqué bien malgré lui dans une nouvelle enquête qui va largement le dépasser.

Sur fond de destruction de la planète, avidité, capitalisme à outrance,mafia et  sexe, ce volet continue la descente aux enfers du personnage. Toujours colérique et drôle avec sa petite équipée de femmes au début du récit, il évolue au fil de l'histoire. L’alternance entre ultra violence et humour, entre la modernité laide avec les boîtes de nuit et triste des bidonvilles d’Oulan Bator, la loi du plus fort, la pollution sont au cœur de l’intrigue. L’auteur se joue des clichés, introduit plus d’humour, d’autres enquêteurs en Australie, à New York intrigués par une série de crimes. Les références aux films, séries sont toujours présentes, on a d’ailleurs par moment l’impression d’être dans une série avec des cliffhangers à la fin des chapitres et les titres de ceux-ci qui correspondent aux dernières phrases de la séquence comme dans un épisode.

Les descriptions des paysages de Mongolie, de New York ou d’Australie sont toujours aussi majestueuses et on les voit défiler sous nos yeux. Chaque personnage tient son rôle dans ce jeu d’échecs et de dupes. On retrouve la belle médecin légiste Solongo, seule personnage solaire du récit. Mais aussi Zarza, Bekter le flic des affaires spéciales et sa collègue Fifty. Ganbold le gamin des rues est attachant comme le destin des ninjas, ces chercheurs d’or des temps modernes.

 Enquête non conventionnelle, j’ai aimé le duo de flics new yorkais entre Mr je sais tout Pfiffelmann et le dingue de nourriture Donelli. La réflexion sur les destructions des grands groupes miniers, cette loi du plus fort et l’utilisation des médias.

Mais au fur et à mesure de l’enquête j’ai regretté par moment le décalage entre la violence forte, les morts en série qui parfois atténuent l’intrigue et la réflexion sous jacente sur la destruction d’un monde au nom de l’avidité. Certains personnages négatifs sont un peu trop caricaturaux à mon goût, comme certains personnages secondaires : la troupe d’artistes ou encore les enquêteurs australiens, ou la colérique Guersei pendant féminin et plus jeune de Yeruldelgger. La magie de la Mongolie disparait peu à peu, il y a moins de références à la culture sauf à certaines croyances de Yeruldelgger et la fin de l’enquête m’a laissé sur ma faim.

Un dernier rendez vous sombre qui alterne humour, violence, réflexion et tradition qui achève la trilogie. Mais il ne sera pas dans mes préférés, j’ai davantage apprécié la construction et les enquêtes des 2 premiers volumes même si j’ai dit adieu à regret à ce personnage complexe hors du temps et finalement attachant et au désert de Mongolie.

PS: merci aux éditions livre de poche pour l'envoi.

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12 janvier 2018

Génération douce amère hier encore c'était l'été de Julie de Lestrange

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Un joli roman sur une bande d’amis, une génération que l'on suit des années 2000 à 2008. 2 familles se côtoient chaque été les Fresnais et Lefèvre , des amitiés indéfectibles, des idylles se crée au fil des générations, on accompagne la dernière, la plus proche de nous.

Je me suis retrouvée dans les personnages, les références musicales étant de la même génération. C’est marrant de revoir cette période charnière quand on passe de l’adolescence à jeune adulte.

Les amours qui deviennent importants comme Alexandre avec Marie, les choix à faire comme Marco, le mal être comme Anouk, Laurent, l’engagement comme Marie. Les emménagements, la conscience que les gens qu’ont aime vieillissent comme avec la grand-mère d’Alexandre :Micheline. La lutte pour s’imposer dans un univers choisi comme Alexandre dans sa jungle audiovisuelle, sa sœur dans le monde de l’art. Les événements politiques marquants comme le 21 avril 2002, le désenchantement, la difficulté de se trouver une place comme Marco.

La fin d’une certaine innocence est bien retranscrite par la plume de l’auteur. En suivant cette bande d’amis de milieux, de caractères différents, elle redessine pour nous une époque. Elle retranscrit bien les émotions, l’égoïsme parfois que l’on a quand on démarre et qu’on ne veut pas se préoccuper d’autre chose que soi-même.

Les personnages sont sympathiques sauf l’exalté Marie qui a parfois un comportement extrême, orageux face au grand enfant égoïste qu’est parfois Alexandre. Marco le fils de riche qui ne trouve pas sa place à 25 ans. J’ai été touché par Sophie aussi, qui porte sur ses épaules sa famille et son évolution au fil du récit, comme Anouk qui grandit au fil des pages. Marco et Alexandre, ces grands gamins deviennent aussi des personnages de plus en plus touchants au fur et à mesure de leurs choix et de leur prise de conscience.

Le récit est rondement mené avec quelques ellipses pour laisser aux personnages le temps de grandir, les soirées, le boulot, le couple, les parents, les relations fraternelles rien n’est laissé au hasard. Tous les personnages sont crédibles et on prend plaisir à les suivre dans leurs aventures, ces instantanés quotidiens. Et la fin est vraiment belle et poétique. Le ton n’est pas mièvre, moralisateur ou uniquement feel good, il oscille entre douceur, poésie, réalisme et vraie tableau d’une génération. Je me suis retrouvée dans chaque personnage tour à tour étant de la même génération qu’eux et c’est ce qui m’a touché souvent, de me rappeler en même temps qu’eux les déconvenues, les grandes et petites joies qui ont parsemé le début de ma vie.

Une découverte très agréable merci à Alexandrine pour le conseil, je m’en vais les découvrir un peu plus âgés dans danser encore et en attendant hier encore j’avais 20 ans, comme le chantait Aznavour, donc savourez cette douce cure de jouvence , insouciance de ce roman et souriez et lisez!

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09 janvier 2018

Lecture en suspension, la nuit je vole de Michèle Astrud

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Ce roman est original, il me fait penser à un conte, une fable moderne. Une jeune femme, banale, bien sous tout rapport se découvre un pouvoir extraordinaire, elle peut voler quand elle dort. Elle, Michèle, la petite fille à l’écart, l’architecte qui a l’impression de courir dans une cage comme un hamster se retrouve sous les feux des projecteurs avec ce curieux don. D’ailleurs est-ce un don ou une malédiction ? Pourquoi elle ? Comment gérer l’imprévu, l’inimaginable ? Que faire face aux regards des autres ? Des médias ?

Je ne vous en dirai pas plus pour ne pas déflorer l’histoire, l’auteur a une écriture très sensorielle, les perceptions que le personnage éprouve en volant, les paysages décrient ceux de l’île de son grand père ,de la grande ville, la nature sont criants de vérité. On se laisse prendre par cet imaginaire, par les questionnements du personnage, ses doutes, failles, son amour indéfectible pour son grand père, ses hésitations. On retrouve ce rapport particulier à l’enfance, aux souvenirs avec le fil rouge du grand père qui raconte, invente, sublime, sa vie pour sa petite fille. L’autre personnage touchant du roman c’est lui, cet homme qui se transforme par le verbe et qui dépasse le réel par son imaginaire.

Michèle est à la croisée des chemins, au bord d’un choix qui modifie son monde routinier, sa voie tracée. C’est aussi un questionnement sur les rêves, ceux que l’ont abandonne en chemin, sur le pouvoir des mots, les souvenirs, sur le rôle des médias ; sur l’envie de rêver tout simplement dans notre époque désenchantée. Sur notre rapport à l’imaginaire, à la nature, sur la vie normée bornée du citadin lambda.

J’ai aimé cette alternance entre réalité et d’un coup ce don, cette folie qui semble parfois s’emparer du personnage, sortir de ma zone de confort de lecture. Le style est poétique, j’aurais aimé parfois même un peu plus de folie, le personnage principal est attachant comme son évolution au cours du récit et la cohérence de celui-ci. Cette femme qui peu à peu grandit au fil des pages, un beau portrait de femme dessiné par l’auteur.

Un joli roman un peu magique, à la fois léger et grave, qui flotte, voltige, fait rêver jusqu’au bout. Une lecture en suspension que je vous recommande pour bien commencer l’année.

Ps: merci aux éditions les forges de Vulcain pour la découverte de cette auteur.

 

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04 janvier 2018

Les vents noirs d'Arnaud de la Grange, une épopée romanesque et poétique puissante

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Les Vents noirs est un premier roman, prenant, qui a le souffle des romans du XIX e siècle, une manière de camper une atmosphère, des personnages ancrés dans leur époque.

2 hommes s’affrontent Verken, jeune officier français qui a fait la 1ere guerre mondiale et qui a préféré continuer à servir son pays en Sibérie, en plein affrontement entre les armées blanches et soviétiques. Et Thélliot un savant orientaliste, féru d’archéologie, un passionné, prêt à tout pour découvrir les civilisations cachées entre Chine et Russie dans les années 1920.

Ces 2 hommes aux caractères opposés sont les fils rouge du récit où se côtoient  cosaques avec Alexandre, chinois, paysans, services secrets et l’époque trouble des années 1920 où la loi du plus fort, le pouvoir passe d’une main à l’autre au grès de l’Histoire. Un beau personnage féminin, Victoria volontaire, moderne qui est le trait d’union entre ces 2 hommes aux caractères  forts, une femme intelligente qui elle aussi se cherche au milieu des ombres et des vents contraires. La métaphore filée du vent, des forces qui bousculent,  dépassent les hommes, les pousse dans leurs retranchements est intéressante. De même les jeux sur la lumière, la couleur, donnent l’impression d’être dans des tableaux criants de vérité, développe un imaginaire jusqu’à la fin.

J’ai apprécié cette période trouble, de découvrir les jeux de pouvoir en Orient, de retrouver l’atmosphère particulière de la fin de la Révolution Russe au début du récit. L’écriture est à la fois forte, poétique, précise,  elle met en scène, les personnages dans des décors majestueux. Des déserts de neige de Sibérie au désert de sable, de situations extrêmes   ou plus paisibles où ils se heurtent à la réalité du monde, à la violence de la guerre, aux querelles instrumentalisées par les empires occidentaux ou chinois.  Ce jeu de dupes à la Indiana Jones, cette course poursuite à la fois réelle et symbolique est passionnante à suivre.

 L’ambiguïté des 2 personnages principaux qui chacun courent  après des ombres, une passion, une sorte de destin, de tragédie, qui s’attache à leurs pas comme à la fin d’une époque. Une nostalgie de fin de règne emplie ces pages mais de manière majestueuse. Elle pousse à réfléchir sur l’homme, sur la violence, les jeux de pouvoir mais aussi les rêves qui peuvent être dangereux, la volonté d’affronter le réel, de cacher ses blessures, de rebasculer dans la vie civile.

Une réflexion qui même si elle s’inscrit dans un contexte du passé, fait réfléchir  à la connaissance, à la transmission en découvrant ces vestiges, à la passion, à la difficulté de vivre en se fuyant soi-même. Un 1er roman bien écrit et construit,  j’ai aimé la réflexion et le jusque boutisme des 2 personnages qui ont conscience de leurs failles et de leurs folies.

Plongez au cœur des vents noirs qui bousculent, font avancer, menacent ou chavirent, un univers très abouti dès le 1er essai, une belle plongée romanesque qu’il ne faut pas râter.

PS: je vous souhaite une belle année 2018, santé et joie, de belles découvertes, des émotions littéraires en pagaille en 2018. 

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