le blog d'eirenamg : 1 gourmandise à partager: la lecture

Eclipse poétique Coeur-Naufrage de Delphine Bertholon

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Delphine Bertholon fait partie des auteurs dont j’ai lu tous les romans, autant vous dire que ce dernier livre, je l’attendais avec impatience. Ce que j’apprécie dans son écriture, c’est le côté sensoriel, très cinématographique, à chaque fois elle réussit à camper des univers très différents d’un roman à l’autre. Je ne sais pas par quelle magie mais à chaque fois que je la lis, j’ai l’impression qu’elle est dans ma tête, certains mots, certaines phrases je me dis : « J’aurais pu écrire ça ! » Je vous rassure je ne suis pas schizophrène, mais c’est juste pour que vous compreniez pourquoi j’ai été une fois de plus bouleversée par ce roman. Elle a vraiment une musicalité, une manière de raconter qui lui sont propres.

Quand j’ai commencé le roman, j’ai plongé direct dans la tête de Lyla, Lyla avec un « y », le personnage y tient beaucoup. Au départ, on la suit à 34 ans, elle est traductrice, vit à Paris et elle avance dans la vie tout en se planquant, même pour sa meilleure amie Zoé, elle est une énigme. On alterne avec cette Lyla adulte, ou en tout cas qui essaye de l’être, et sa version adolescente en 1998, qui a 16 ans, est en vacances avec ses parents et qui va rencontrer Joe.

Joe, l’autre voix du livre, qui lui habite sur la côte, plus âgé, surfeur devant l’éternel, qui voit débouler ce petit bout de femme aux cheveux blonds qui bouscule son côté taiseux et ses failles. Lui aussi a des marques, des blessures d’enfance et une relation compliquée avec son père.

Une fois de plus, on retrouve la virtuosité de l’auteur qui réussit à nous rendre aussi bien crédible le monde de l’adolescence de ses deux personnages. Avec la haine des parents, l’insouciance, l’impression de vivre à 1000 à l’heure, d’être bouleversée par une chanson. Mais aussi quand on retrouve nos personnages 17 ans plus tard, avec d’un côté Lyla qui n’arrive pas à avancer, garde en elle une blessure que je vous laisse découvrir. En contrepoint, Joe essaye de mener à bien sa vie de famille, loin de ses anciens démons avec Camille sa femme et Violette sa petite fille.

Au-delà de l’histoire d’amour adolescente, c’est surtout la réflexion sur la vie, les choix que l’on fait, que l’on nous impose et qu’il faut assumer à l’âge adulte. La question des non dits, de l’effacement, des doutes, de ce que l’on peut se faire pour se punir. On peut être un bourreau beaucoup plus dur pour soi même. Des obsessions, des névroses, des manières qu’a l’esprit de nous rappeler nos failles, le fameux chat Lolita que vous découvrirez.

J’ai retrouvé avec plaisir le goût de l’auteur pour la musique, les références littéraires et bien sûr du cinéma qui sont un peu sa marque de fabrique en adéquation avec les personnages. Ces précisions nous immergent totalement dans l’époque de la fin des années 1990.  Mais ce qui est différent je trouve des autres ouvrages, de la petite musique dont je vous parlais au début dans l’écriture de l’auteur, c’est qu’ici sa musicalité est différente. Elle est beaucoup plus dense, profonde, plus sombre peut-être que d’habitude. J’emploie plutôt le mot sensoriel d’habitude pour qualifier son style, là je dirais plus imagé, voire poétique, comme un clair obscur, une éclipse. Le choix de ce très beau titre ou le choix de certaines images avec le chat fantôme, la comparaison de Lyla par Joe à une aurore boréale qui s’est éteinte quand les 2 personnages se rencontrent à nouveau 17 ans plus tard, sont des petites pépites parsemées au fil des pages. J’ai énormément apprécié d’être dans la tête de Lyla, ses préoccupations sur la maternité, la solitude, ses peurs et sa volonté de bien faire son travail sans être vue sont particulièrement émouvantes. Son secret qu’elle porte seule donne envie de la protéger. Elle évolue au fil du texte et des pages, j’ai apprécié ses contradictions, ses hésitations, son équilibre instable. 

Mais aussi les failles, la volonté de bien faire de Joris sont touchantes, sa  volonté d’être à la hauteur, de ne pas se laisser enfermer par ses démons adolescents, d’enfance. Deux choix de vie différents liés à des blessures intimes, comme les deux faces d’une même pièce de monnaie. Les personnages sont bien dessinés, complexes. Il se dégage une force brute de cette histoire, sauvage à la période adolescente, plus dramatique à l’époque actuelle, cela m’a fait penser à l’épicentre d’un séisme, au début le récit débute tranquillement puis le retour du passé commence à provoquer des vibrations chez Lyla et la résurgence en cascade de ses pensées et émotions enfouies. Comme dans une musique classique, symphonique, avec des passages légers, doux (la volonté de séduire, les vacances), puis des passages plus sombres, puissants, qui font voler les carapaces des personnages quand ils se revoient.

Une fois de plus, j’ai été embarquée par le roman, au début j’ai plus facilement glissé dans la peau de Lyla mais peu à peu Joris a rééquilibré la donne et l’auteur réussit à maintenir cet équilibre à deux voix tout en faisant avancer l’intrigue.

Enfin, l’auteur réussit le tour de force d’écrire un roman à la fois moderne, intimiste et universel en nous faisant passer du sourire aux larmes, en nous faisant réfléchir à nos failles, nos renoncements, nos rêves d’adolescents et ce que nous avons laissé en chemin et qui nous construit.

Partez à la découverte du sombre et poétique Cœur-Naufrage, allez chercher au fond des entrailles de Lyla et Joe les réminiscences du passé et découvrez la densité de cette histoire.

Un nouveau souvenir littéraire qui va prendre place après ceux de Clémence, Madi, la grande et la petite, et qui voyageront longtemps dans ma mémoire.

Je vais donc continuer à avoir une « Bertholonite aiguë », à être accro à cette écriture particulière et musicale. Donc rendez-vous en librairie pour le découvrir.

PS - une citation pour finir :

"Je suis, oxymore vivant, une fontaine qui ne pleure pas"

 

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Dans l'intimité d'une famille au coeur de l'histoire: Par amour de Valérie Tong Cuong

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Lire un livre d’un auteur dont on apprécie l’univers est toujours un privilège, il y a un peu plus de 2 ans, j’ai eu la joie de découvrir un livre de Valérie Tong Cuong, un peu par hasard c’était l’atelier des miracles au cœur de l’été. J’avais aimé et retenu son nom, en janvier 2015, j’ai lu pardonnable impardonnable qui je pense est le livre que j’ai le plus offert depuis 2 ans, mes amis et ma famille peuvent l’attester. Ce livre m’a fait grandir et il est aussi le premier que j’ai pu lire après les attentats de Charlie Hebdo donc il est associé à une forte émotion humaine et littéraire.

Du coup,quand j’ai eu entre les mains par amour j’ai eu un peu peur au début et si je n’appréciais pas cette nouvelle histoire, si la magie n’opérait plus ?

Et puis, j’ai ouvert le livre et toutes mes craintes se sont envolées. J’ai adoré ce livre, de la première à la dernière ligne. Je n’ai jamais été aussi lente à la lecture car je ne voulais pas quitter son univers. Je suis un peu longue pour le préambule, car j’espère que vous me pardonnerez si je ne suis pas à la hauteur des mots de l’auteur, et d’employer autant de superlatifs. Je vais essayer d’être le plus juste possible sur mes émotions et les qualités littéraires de ce roman. Dès le départ, on peut savoir qu’on lit un grand livre et c’est ce qui se passe avec celui là. Pourquoi me direz-vous ?

Il y a des livres comme des rencontres, et celui là en est une, comme si l’histoire vous attendez et qu’elle était là pour vous cueillir. Par amour semble avoir été écrit pour le lecteur. La construction magistrale en chorale, une fois de plus maîtrisée par l’auteur donne de la force et un rythme puissant au récit. Une seule et même famille à plusieurs voix. On passe de cerveau en cerveau, d’âme en âme sans qu’il y ait aucune impression de lourdeur.

 Un couple Emelie et Joffre, fou amoureux, fusionnel et leurs 2 enfants : Jean boulimique de savoir et Lucie discrète et pleine de vie , ainsi que Muguette, la soeur cadette d’Emelie mère raide dingue de ses enfants, Joseph le rigolo et Marline la taiseuse. Les caractères bien dessinés les rendent très vivants.

Ces familles de havrais sont ballotées par la 2nde guerre et on les accompagne pendant plusieurs années. L’équilibre est parfait, il n’y a pas un personnage qui prend plus de place qu’un autre, chacun dans la cellule familiale a sa place. Des aînés aux plus jeunes, on suit les espoirs, peurs, sentiments de chacun d’eux. Les caractères sont différents, chacun a ses failles, ses angoisses, ses espoirs, ses choix, ses doutes. Ils en deviennent terriblement attachants. Une alchimie vraiment bluffante liée à cette construction particulière.

La qualité de la restitution historique à travers les évènements, les mentions des chansons de l’époque  font qu’on a vraiment l’impression de faire un voyage dans le temps. Ce n’est pas un roman historique mais plutôt une famille qui se retrouve au cœur de l’histoire et qui tente de continuer à vivre. Les recherches et la précision des détails  font que le lecteur à l’impression d’être comme eux au cœur de l’histoire.

On est captivé dès la première page par les atmosphères, à travers les descriptions réalistes ou poétiques .La puissance évocatrice des mots de l’auteur nous happent instantanément. On est projeté dans cette époque. Une mélodie à la fois grave et légère, toute une palette d’émotions nous accompagne au fil des mots.

J’ai vibré, été émue par les personnages et leurs aventures. Je me suis retrouvée dans chacun d’eux. Comme dans une fresque familiale, on s’attache à chaque membre et on espère pour eux, nous qui savons avant eux ce que l’histoire leur réserve, on a envie de les prévenir.

Le bouleversement dans leur vie quotidienne, la dureté de l’occupation, de la maladie sont bien retranscrites au fil des pages, sans mièvrerie ou pathos. Le supplément d’âme de ce livre est qu’il réussit vraiment à donner corps à cette famille, on a l’impression de les connaitre, on n’a pas envie de les laisser partir. Ils sont unis par les liens du sang, par cette histoire qui bouleverse, renverse les codes et la donne pour cette famille qui détruit et saccage leur quotidien.

Pour l’intrigue je ne vous en dirais pas plus car l’intérêt est que vous le lisiez !

Prenez un moment pour lire ce livre. Vous aurez l’impression comme moi, de glisser, d’être à l’aise dans les mots de l’auteur, de trouver votre place au cœur de ce récit et de ces pages. Je n’ai pas eu envie de quitter ce livre, j’avais envie de prolonger au maximum pour ne pas revenir à aujourd’hui, pas envie de savoir ce qu’on ferait nous à leur place mais par contre la tendresse, le lien , l’idéalisme, la capacité de résister aux épreuves ,on peut leur envier.

La précision, la délicatesse ; l’humanisme, l’intelligence, la bienveillance transpiraient dans cette histoire comme un beau chant d’amour à la famille à l’intime qui devient peu à peu universel. Et il m’a amené à me rappeler des souvenirs personnels liés à la guerre, à ma grand-mère, à cette histoire familiale dont finalement on est héritier sans le vouloir.  Cette capacité de l’auteur à nous plonger dans son univers tout en nous faisant par ricochet réfléchir à nous, à notre vie est étonnante.

Il y a un équilibre, une beauté, une fragilité, une profondeur dans ce texte qui se déploie, un livre à offrir, à partager, apprécier, à aimer. Donc n’hésitez pas, achetez ce livre, posez vous, respirez un grand coup ce vent d’amour et d’histoire. Lisez le !

 PS: n'hésitez pas à me laisser vos commentaires sur ce livre. Bonne lecture et pour vous convaince allez voir la chronique de Virginie ma compatriote de lecture 

" Par amour " de Valérie Tong Cuong - LES LECTURES DU MOUTON

J'ai été très heureuse de renouer avec Valérie Tong Cuong quand j'ai eu le livre entre mes mains. J'ai aussi un peu appréhendé la lecture, pas par peur d'être déçue - ce n'était même pas envisageable pour moi - mais parce que je savais qu'elle portait cette histoire en elle depuis longtemps.

http://www.leslecturesdumouton.com

 

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23 mars 2017

Citoyen: ce que tient ta main droite t'appartient de Pascal Manoukian

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Le livre de Pascal Manoukian est prenant, dès le départ, comme dans un reportage, il pose une situation tellement réaliste que l’on ne peut qu’embarquer. Au départ on suit Charlotte, jeune femme vive, enceinte, heureuse un soir à Paris comme tous les autres. Elle est avec Karim, elle décide de profiter d’une soirée avec ses amies de toujours du lycée. Karim lui n’est pas avec elle, le temps qu’il la rejoigne en terrasse un attentat survient qui change totalement sa vie.

En ancrant son récit dans l’immédiat contemporain, l’auteur aurait pu tomber dans un récit voyeuriste ou uniquement didactique mais la force de l’écriture de Pascal Manoukian est justement de faire des attentats qui ressemblent tellement à ceux de novembre un récit littéraire. A travers ce drame, on réfléchit avec le personnage sur l’après. Comment survivre à un drame si soudain, injuste, inattendu? Quels choix prendre se venger, oublier, faire comme avant ? Karim lui va décider l’action, qui va l’emmener loin de la France pour essayer de trouver un responsable à cette horreur, pour faire taire la douleur. Ainsi avec lui, le lecteur découvre la machine à laver le cerveau de Daesh grâce à internet, les vidéos de propagande, les théories du complot. Il découvre le périple, les raisons qui peuvent pousser des humains à préférer mourir plutôt que de vivre.

On découvre aussi les horreurs de la guerre, de l’organisation , de la pensée déviante de celle ci  grâce à la précision des descriptions, les informations détaillées de l’auteur . C’est avant tout l’évolution psychologique du personnage qui se bat contre ses démons, qui se bat pour Charlotte et son bébé , qui s’interroge sur l’humain, la violence, l’inhumanité. De Paris en Syrie, on s’attache au personnage principal et à certaines personnes qu’ils rencontrent notamment Anthony, sa femme et son fils. Il nous donne à voir de manière quasi sociologique, ethnographique les raisons du basculement d’hommes jeunes comme Aurelien, plus âgés, de jeunes femmes qui sont attirées par ce miroir aux alouettes, cette volonté de mourir.

La lecture fait parfois mal aux tripes mais elle fait vraiment réfléchir et marque, elle incarne au-delà des mots, des théories, des peurs, une triste et nouvelle réalité. Elle pose la question de la lutte contre ce phénomène, de ses racines à la fois proches et lointaines. L’absurdité de la guerre, de la mort est aussi omniprésente, ces hommes devenus des animaux par choix, désespoir, envie d’une place.  Un livre à la fois humaniste, citoyen car il y a aussi de la poésie dans ce livre quand Karim se souvient de Charlotte, quand il se rappelle de l’histoire de la famille de celle-ci, de la splendeur passée de la Syrie.

Un livre indispensable à lire qui restera ancré qui au-delà des discours prémachés nous dévoile une réalité complexe qui nous touche tous. Un véritable chant d’amour de Karim à Charlotte qui pour elle va aller au cœur de l’enfer. Mais peut on en revenir indemne ? peut on même pour des bonnes raisons aller jusque là ? Un livre juste à ne pas rater.

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16 mars 2017

Huis clos familial le bruit du silence de Léa Wiazemsky

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Le bruit du silence est un livre doux, agréable, chaud comme un bon thé. On assiste à une nuit où la donne et la vie des différents personnages va être chamboulée.

Pour Laure cette nuit va être l’occasion d’essayer de percer le mystère de son père François, celui-ci toujours froid, distant avec elle sans qu’elle en connaisse la raison. Laure, la jeune peintre, fragile en quête d’amour depuis la mort de sa mère adorée Beatrice. Même si Simone figure maternelle de substitution qui travaille pour son père,  est toujours là pour l’épauler, elle se sent seule. Simone qui après une vie compliquée avait trouvé cette famille comme refuge jusqu’à la mort de Béatrice et qui constate le fossé qui s’agrandit entre le père et la fille. Béatrice est le dernier maillon important de cette chaîne à la fois omniprésente dans leurs souvenirs, leur vie d'avant et absente. 

Les 3 personnages au cours de cette tempête de neige font ressortir leurs souvenirs et leurs démons. Les personnages secondaires Marc, Ana sorte d’ange gardien pour la jeune femme éclairent sa personnalité et sa quête de reconnaissance.

C'est une jolie réflexion sur les non dits, la perte, la douleur de l’absence, le poids du passé,sur l’amour. Une belle ode à la vie et au pouvoir de la vérité. L’écriture imagée, précise, de l’auteur nous pousse à tourner les pages. On a envie de comprendre les personnages, de savoir pourquoi ils en sont arrivés là, quels ressorts psychologiques les sous tendent. Comme dans un thriller, on découvre peu à peu les failles, souvenirs, blessures mais aussi les petits bonheurs qui ont émaillé leur vie. On reconstitue le fil de leur histoire et on apprécie leur évolution. Un roman qui fait du bien, poétique et prenant à découvrir. Bonne lecture.

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14 mars 2017

kaléidoscope de souvenirs: nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse

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Il y a des auteurs dont ont apprécie les mots, qui vous parlent instantanément. Il y a une manière de les agencer, une complicité qui s’établit dès les premières phrases. A la lecture de ce 3eme roman de Michael Uras, je peux dire que j’apprécie son style.

La construction est originale comme un kaléidoscope, avec une multitude de couleurs, on entre dans la mémoire du narrateur Jacques. Il nous livre dans le désordre une série de madeleines de son enfance, de l’âge adulte, de sa famille. Des portraits drôles ou tristes selon les moments, ce père maçon discret, sarde fier de ses origines italiennes. Le frère Pietro amical et dingue de mode, la mère protectrice vis-à-vis de sa famille. La grand-mère figure à part sur l’île. Les premiers amours, la paternité, les vacances, les secrets de famille, les petites déceptions. Mais aussi des sujets plus sérieux sur la mort, le racisme, le déracinement, la fierté de ses origines.

Un récit difracté mais tellement cohérent, comme une suite de perles autour d’un collier qui racontent une histoire touchante et émouvante. Mêlant récit à la 1ere personne, évocation des années 1980 et d’aujourd’hui, entre fiction et réalité, l’auteur nous balade avec lui. A la fois dans sa rêverie nostalgique et dans une belle ode à sa famille et ses racines. L’auteur est tantôt lui enfant, adulte, son père, un membre de sa famille qui recompose la fresque d’une vie, de ses apprentissages, du quotidien et des moments importants. L’exil, l’amour de la terre aussi est présent au travers des lignes. La transmission du conteur avec ce père faiseur d’histoire.

Un récit poétique ; où l’amour de la littérature est présent avec les références nombreuses, l’humour aussi qui dépeint son héros du quotidien sans fioriture dans des situations comiques ou plus tristes.

 Un récit qu’on dévore rapidement, qu’on n’a pas envie de finir ou d’oublier comme le très beau titre du roman. Un peu de magie, de mystère autour de ces lignes comme l’avertissement du départ. Un petit bonheur à lire au fil des pages.

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13 mars 2017

Soutien atelier bric à book numéro 61

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© Emma Jane Browne

Quand elle était à l’étranger, elle aimait bien se balader et visiter, comme ici dans cette église. C’est marrant, elle n’aurait jamais osé pousser la porte de celle-ci d’habitude mais elle voyait plutôt ce lieu comme un bâtiment, avec ses lumières ; son cérémonial plutôt  qu’un lieu religieux. Combien de personnes s’étaient rendues ici pour retrouver l’espoir, se délester d’un secret, attendre un conseil, un signe. Se confesser de ses grandes et petites erreurs, toute la nature humaine se retrouvait dans ce lieu.

La nature humaine a besoin de béquille, de bouc émissaire, de garde fous pour avancer, à croire que l’intelligence, la connaissance ne sont pas suffisant. Mais c’est vrai qu’on ressentait quelque chose de différent quand on rentrait dans ce genre d’endroit même quand on ne croyait pas. Une espèce de calme, d’apaisement, de recueillement comme si la ferveur des souvenirs, des prières lancées étaient contenus dans cette pénombre, ces cierges et ces murs.

Pourtant, la pensée magique elle n’y croyait pas, pas plus qu’aux signes d’ailleurs mais l’entêtement, le respect, l’écoute, la passion oui. Une volonté qui ne devait pas plier malgré les obstacles, la noirceur, la peur et l’enfermement ambiant. Pas non plus à une force supérieure qui décide de tout à votre place mais de soi qui se bouge et avance, se relève et essaye d’avancer en faisant le moins de dégâts possibles. De rester droit dans ses bottes sans trembler sans céder aux sirènes du cynisme, de la bêtise et du racisme ambiant. Essayer de croire que c’est encore possible mais à son échelle pas en obéissant aveuglement à des vielles règles obsolètes, pas en pensant qu’on était le seul à avoir raison, pas en jugeant l’autre sur sa manière de s’habiller, de baiser, de mener sa vie. Pas en pensant qu’il ne faut croire en rien mais juste en laissant les gens en paix et faire ce qu’ils veulent.

En regardant ces murs, elle se rendit compte qu’elle avait quand même une forme de spiritualité, de croyance mais qui n’avait pas besoin de règles, de carcans, d’heure fixe et de chef. C’était plus un espoir ténu, diffus, irraisonnable, de se dire que le monde pouvait changer évoluer ici bas et pas dans un au-delà un ailleurs, un après. Elle croyait finalement en l’humain, c’était un peu dingue qu’en même après les horreurs du 20e siècle et ce qui passait actuellement.

Le plus dur c’était de ne pas perdre ça de vue, quand la vie blesse et vous met à l’épreuve, qu’elle vous charrie comme un fétu de paille. De ne pas se laisser embobiner par les vendeurs de simplification, les manichéismes ambiants, d’apprécier la complexité, le gris, le mouvement de balancier de monde tantôt ultra matérialiste, futile et parfois si sectaire.

C’était peut être ça que les gens venaient chercher en poussant la porte d’une église, d’un temple, d’une mosquée ou d’une synagogue, de se rassurer, de trouver un appui. Chacun fait comme il peut après tout. Elle entendit la porte s’ouvrir derrière elle, il était temps qu’elle rentre, reprenne le cours  de sa vie simple mais elle espérait utile. Se replonge dans les livres pour trouver un écho, un espoir, de nouvelles idées, une autre vision du monde. Un livre finalement qui pouvait être aussi bien porteur d’espoir  que de soumission, un livre finalement qui était la source de sa foi en la connaissance.

©eirenamg

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10 mars 2017

Hommage à la littérature et au métier d'écrivain une activité respectable de Julia Kerninon

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Hommage à la littérature, aux mots, l’auteur nous délivre sa vision, de son métier de son rapport boulimique à la lecture, l’écriture depuis son plus jeune âge.

Bel hymne aussi à travers ses anecdotes à sa famille, notamment à sa mère qui l’emmène pour la 1ere fois en librairie, à son père. Questionnement sur les doutes, les petits boulots pour pouvoir écrire à Budapest, réaliser cette passion. Elle s’interroge sur la légitimité de faire autant de sacrifices pour avoir son livre en rayon. J’ai apprécié ce témoignage sans fioriture, qui alterne différentes périodes comme dans une conversation. Sa lecture est à la fois touchante, agréable, tendre notamment à l’évocation de ses grands parents.

D’une plume vive et agréable, l’auteur nous raconte son histoire et on la recueille comme un confident, un lien qui se tisse à travers les mots, le seul défaut de ce livre, le faible nombre de pages. J’aurais aimé voyager un peu plus avec l’auteur dans ses pensées.

Une jolie surprise foncez découvrir cet intermède littéraire et une spéciale dédicace à tous les amoureux des mots.

Quelques phrases au vol :

"Parce que nous avions les livres et que dans les livres les phrases étaient éternelles, noires sur blanc, solides, crédibles- elles n'étaient pas en l'air, elles ne venaient pas de n'importe qui, elles avaient été polies, ordonnées, réfléchies, par des individus précis, attentifs, et elles nous livraient le monde entier, le monde accéléré, perfectionné, lavé de ses scories, sans temps mort, un cours d'eau pur et bondissant, un monde dans lequel nous pouvions nous échapper chaque fois que le monde réel cessait d'être intéressant, ce qui arrivait beaucoup trop souvent quand quelqu'un venait nous parler. Et cette leçon là était une grande leçon aussi, pour quelqu'un qui voulait devenir écrivain »

« Quand j’ai peur d’être seule, quand je doute de finir un texte, que je me sens en danger, je reviens toujours à la jeune fille que j’ai été à Budapest, il y a dix ans, qui travaillait sans se soucier de rien sinon des livres à lire et à écrire, et dont personne d’autre que moi ne peut avoir le moindre souvenir. »

« Mes deux parents croyaient aux livres, ils croyaient à la solitude, à la vie intérieure, à la patience,  à la chance, ils croyaient aux bienfaits d’une planche de bois solidement fixée dans une alcôve de ma chambre sur laquelle poser ma machine à écrire, au fond,peut-être même qu’ils aimaient le bruit que faisait la machine électrique quand elle mitraillait d’un seul coup la phrase que je venais d’inscrire dans l’écran minuscule au-dessus des touches. »

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06 mars 2017

Pensées atelier bric à book numéro 60

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© Vincent Héquet

Seule

Blessée

Différente

A l’écart

Se chercher

Trouver un regard, un écho

Une nouvelle sensation

Trouver enfin sa place

Loin, très loin

Loin d’ici

Dans l’imaginaire

Un champ des possibles

Tout et n’importe quoi

Une amitié

Une amitié improbable comme entre une petite fille et une biche

Des regards

Un écho

Se retrouver sur du papier glacé

Du papier figé

Se retrouver dans les mots des autres

Au fil des pages

Se sentir bien

En espérant

Utopie

Parfois vaine

De trouver un langage commun

Une tolérance

Un œil bienveillant

De trouver d’autres semblables

Et échapper à ce monde

Minable

Noir

Inhospitalier

Intolérant

Qui crachote par moments

Des pages de haine

Des absurdités monumentales

S’envoler

S’évader

S’évader loin

Très loin

Pour se sentir

Mieux

Pour oublier

Pour construire

Pour rêver

Pour exister

©eirenamg

 

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02 mars 2017

1er Mooc au Louvre mouvement et instant figé: ludique et instructif

Une fois n’est pas coutume, un billet autour d’une initiative culturelle : un Mooc.

Qu’est ce que c’est qu’ un MOOC ? Ce sont des cours en ligne avec des vidéos, des liens, des forums, la réalisation de productions numériques en lien avec le sujet qu’on étudie. L’année dernière, j’avais testé celui sur Picasso que j’avais aimé. L’avantage du MOOC c’est qu’il est gratuit, qu’on peut le faire à n’importe quelle heure et faire les 5 séquences de cours dans l’ordre que l’on veut ou seulement celles qui nous intéressent.

Aujourd’hui, je vais parler du 1er Mooc réalisé par le musée du Louvre et tourné au Louvre par les équipes d’Orange. C’est le 5eme organisé par Orange avec la plateforme Solerni.

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Ce Mooc est organisé autour de la petite Galerie, partie récente du Louvre. Il s’intitule "Instant figé". Il est organisé en séquences (parties), sur les moments figés, la danse, le mouvement amoureux, le combat, le sport et il y a toujours un focus sur une œuvre en particulier. On apprend en regardant les vidéos, il y a un résumé sous forme de dessins et des quizz pour gagner des badges.  Les ressources sur les œuvres seront téléchargeables. Le but est aussi d’échanger via les réseaux sociaux, les animateurs du Mooc qui répondront aux questions, valoriseront les travaux des participants. Les contenus ont été validés par le Louvre. Les organisateurs vont aussi mettre en place des évènements pour des challenges pour dynamiser l’apprentissage. Une attestation à la fin est délivrée qui certifie avoir fait l’ensemble du MOOC.  En résumé, c’est apprendre de manière ludique avec des outils numériques et un contenu de qualité.

Les séquences proposées sont les suivantes

Séquence 1 Entrez dans la danse

Séquence 2 : Il va y avoir du sport

Séquence  3 : Arrêt sur image

Séquence 4 : Corps à corps

Séquence 5 Mouvements passionnés

Quelques illustrations pour que vous visualisez tout ça:

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Il y a aussi des liens vers d’autres œuvres et des institutions culturelles. Ce Mooc a été crée pour s’adresser à tout le monde, ceux qui viennent ou non au Louvre et leur montrer ces œuvres.

Donc lancez-vous à partir de lundi 6, vous pouvez vous inscrire à tout moment, il est en ligne au moins jusqu’en juin et bon cours ! Merci aux équipes du Louvre et à Orange pour les explications et leur disponibilité. 

Dernière photo du Louvre j'adore la pyramide! et à bientôt sur le Mooc 

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01 mars 2017

Hommage aux femmes du camps de Gurs les Indésirables de Diane Ducret

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Stupéfaite par ce roman et cette découverte de l’internement de ces femmes célibataires sans enfants étrangères au camp de Gurs dans les Pyrénées dont je n’avais jamais entendu parler. On partage l’amitié de 2 femmes  Eva et Lise toutes les 2 emportées par la folie de la 2nde guerre mondiale. Entre 1940 et 1942, on les suit de leur internement au Vélodrome d’Hiver à celui de Gurs.

Les descriptions, les conditions de vie déplorables, l’inhumanité et la déshumanisation sont bien retranscrites contre ces femmes coupables seulement d’exister. Mais au travers de cette noirceur  l’amitié entre Lise et Eva, de Suzanne la française amoureuse, d’Ernesto le bel espagnol apportent des lueurs d’humanité. La solidarité de ces femmes comme la folie des chansons de Suzanne, la force de Bianca montrent que même au cœur de l’horreur l’espoir luit. Eva et Lise vont veiller l’une sur l’autre, sur leurs secrets, leurs espoirs.  Elles vont même apporter de l’art, de la musique avec la création d’un cabaret : le cabaret bleu. A travers le chant, la musique, le théâtre avec Shakespeare exprimer leurs conditions et redevenir le temps de quelques spectacles humaines. L’évocation de la poésie d’Hanna Arendt sont très émouvantes, elle que je ne connaissais que comme historienne, l’évocation du songe d’une nuit d’été aussi.

On se retrouve dans ces destins de femmes, seules, abandonnées mais aussi guerrières, rieuses et finalement coquettes quand elles essayent de tenir tête à la folie en s’habillant une fois de manière hyper féminine à leur arrivée au camp.

La plume de l’auteur passe de la poésie de ces moments, de ces espoirs à la description de la sombre vérité : la difficulté de se nourrir, le froid, les rats, la boue. Les choix cornéliens à faire pour espérer, survivre. Très émue par cette lecture qui fait découvrir l’histoire de ces Indésirables, ces victimes méconnues de la guerre et de l’Occupation en France. Elle redonne une identité et une dignité  à ces êtres broyés par l’histoire. Une réflexion sur la femme qui doit être une mère, à celles qu’ont sauve parce qu’allemandes et les autres ? Sur l’amour des 2 côtés du camp entre les hommes et les femmes. Sur  la noblesse de certains comme l’infirmière, le commandant du camp qui se laissent attendrir et continuent d’être humain malgré les risques.

L’alternance du récit, des espoirs et des pensées des 2 jeunes femmes par leurs lettres donnent un magnifique écrin à ce livre témoignage qui même s’il est de fiction s’inspire de personnes et d’évènements bien réels.

Un devoir de mémoire on ne peut plus nécessaire dans nos temps de relativisme, de racisme décomplexé et de dangereux populistes.

A lire pour se sentir humain, à lire pour se souvenir, à lire pour retrouver un peu d’espoir, à lire pour redonner un nom, des visages à ces Indésirables qui loin de l’être nous font sentir définitivement humains. En laissant quelques larmes aux passages en refermant ces pages.

Lisez ce livre et rendez hommage à ces femmes anonymes de Gurs ; à ces Indésirables fauchées par l’Histoire.

Posté par eirenamg à 10:53 - Commentaires [0] - Permalien [#]