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Je m’appelle Blue est un roman original et puissant sur une adolescente de 13 ans, traumatisée par la mort de son père et qui ne dit plus un mot depuis 5 ans. Celui-ci est décédé lors d’un braquage et lui a donné un livre auquel elle tient plus que tout : le magicien d’Oz.
Le style de l’auteur est à la fois réaliste et très poétique, on alterne les pensées de Blue, ses démons intérieurs, ses sensations. Mais aussi ses fantasmes, ses pulsions meurtrières, son dégoût pour l’école, le monde qui l’entoure et sa mère toxicomane. Elle souhaiterait faire partie du monde d’Oz et vivre au-delà de l’arc en ciel, rester éternellement dans son livre et devenir Dorothy, ne plus rien ressentir. Par moment, elle voit le monde comme s’il était magique comme dans le livre, pour elle c’est un refuge, son lien avec son père adoré Ollie.
La réflexion sur la violence, les traumatismes, la montée en puissance de sa haine et la perte peu à peu de contrôle sur elle-même sont très détaillés et intéressants. L’histoire évoque aussi la pauvreté, la difficulté de vivre dans les grandes villes américaines, l’importance de la petite délinquance avec le personnage de James, usurier qui a ruiné son père.
L’histoire devient peu à peu policière, on reconstitue comme dans un puzzle par étape, la vie et les choix du personnage principal dans un récit écrit qu’elle a fait pour un psychiatre.
On éprouve de l’empathie et de la tendresse pour cette petite fille paumée dont le bien le plus précieux est un livre. Le pouvoir de la lecture, de nous faire nous évader, échapper au réel est extrêmement bien décrit. Le style est très agréable à suivre.
Il présente le mode de fonctionnement particulier de l’esprit de Blue, ses flashs qui passent de l’amour qu’elle ressent pour un jeune homme Charlie, qui travaille en face de l’ancien restau de son père, à des pensées noires, morbides. Ses accès de violence et son incapacité à gérer ses émotions lors des crises sont impressionnantes. La noirceur qui rôde autour du personnage est de plus en plus dense et on tombe avec elle au cœur de cet ouragan d’émotions contradictoires. Une vraie réussite avec ses perceptions multiples de Blue et cette vision singulière du monde.
On a l’impression parfois d’être dans un conte de fée moderne avec une inversion des rôles. L’héroïne n’est pas une gentille princesse mais un démon psychopathe, une personne mauvaise comme elle se décrit face à sa mère Daisy qui semble être la méchante reine. Le méchant est sans foi ni loi James et le prince charmant Charlie l’est-il vraiment ?
J’ai aimé ce jeu sur les mots, la mise en abîme sur la littérature et le pouvoir de l’imaginaire. Cette confusion entre pensée et action, réel et fiction, rage et amour sont une réussite et donne envie de poursuivre l’aventure et d’aller au bout des obsessions de Blue. On s’interroge alors comment l’esprit essaye de se protéger du chagrin ? Jusqu’où est-elle prête à aller pour se sentir à nouveau vivante ? Cette tension qui nait dans la deuxième partie du récit renforce l’intérêt de la lecture.
Une écriture donc riche qu’on suit avec plaisir jusqu’au bout pour comprendre comment le personnage en est arrivée là. Une tension qui monte crescendo, une descente aux enfers jusqu’au final et la dernière partie magistrale avec une chute efficace.
Un roman bien maitrisé de bout en bout avec une anti héroïne complexe, une vrai pépite à découvrir, entrez dans le monde intérieur de Blue et écoutez son histoire, vous ne verrez plus jamais le magicien d’Oz comme avant et suivez là pas à pas au-delà de l’arc en ciel


Merci au site orange lecteur qui m'a fait découvrir ce livre dans le cadre des explorateurs de la rentrée littéraire.

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