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Il y a des livres qui arrivent à point nommé et on peut dire que celui là en fait partie, c’est un petit baume, une belle bulle d’oxygène dans cette rentrée plutôt morose.

Une histoire à la fois simple et complexe comme peuvent l’être les relations humaines entre 2 personnages humains et faillibles. D’un côté Ludovic, ancien rugbyman, attaché à sa terre, sa famille dans la vallée du Célé mais qui suite à un drame est parti habiter à Paris. De l’autre Aurore, jeune créatrice de mode, mariée, mère de 2 jumeaux aux prises avec un associé indélicat.

Ils n’auraient jamais du se rencontrer pourtant, ils habitent de part et d’autre de la même cour et un élément impromptu va les réunir : des corbeaux qui terrorisent la jeune femme et sont pour elle un symbole de tout ce qui va mal dans sa vie.

J’ai aimé la progression de l’histoire qui s’ancre à la fois dans une réalité, le Paris bourgeois et la banlieue des laissés pour compte. La coexistence de la misère affective, sociale de ceux de l’escalier de Ludovic face à l’opulence, la belle vie de ceux de l’escalier d’Aurore. La description des méfaits de la société de consommation, de son impact sur les gens avec les scènes de recouvrement font réfléchir. La violence du monde des affaires, la recherche de la réussite à tout prix sont bien retranscrites dans les personnages secondaires du roman Fabian, Kobzham, le mari d’Aurore.

Mais ce qui m’a vraiment embarqué dans le roman, c’est la capacité de l’auteur à faire exister ses personnages avec leurs failles, leurs qualités et leurs défauts. Cette fragilité qu’ils ne veulent pas montrer, Ludovic face à ses proches comme Aurore qui ne veut pas ternir son image de mère, de businesswoman et ne veut pas révéler ses angoisses. J’ai aimé la description de leur rencontre, le bouleversement qu’elle va provoquer dans leur vie, leur passion dévorante. Le fait que chacun va devenir un point d’ancrage pour l’autre.

J’avais peur de lire une histoire sentimentale mièvre et ce n’est pas du tout le cas. Au contraire, par leur opposition, les personnages gagnent en épaisseur. Il y a le décalage entre la carrure de Ludovic, l’image que les autres ont de lui et ses doutes vis-à-vis d’Aurore, son malaise de ne pas être du même rang qu’elle. Cette violence contenue qu’il a peur de laisser filer, sa volonté de l’aider coûte que coûte sont émouvantes. Aurore dans sa volonté de sortir la tête de l’eau, d’aller chercher une épaule et de se laisser surprendre par cette histoire qui devient un élément indispensable de sa vie est touchante aussi.

On a envie de cajoler les personnages et on les laisse à regret à la fin. Car l’auteur en introduisant des zones d’ombres dans la dernière partie de son récit les rend profondément humains. J’ai aimé cette alternance de mélancolie et d’espoir inhérente à la personnalité de Ludovic, cette alternance de modernité, de cruauté parfois et de douceur dans le ton. Cette capacité à faire exister cette histoire dans une réalité morose, la peur d’Aurore de tout perdre et le côté machiavélique des affaires.

J’ai apprécié les hésitations, les évolutions de leur histoire, comme un confident le lecteur se sent bien au cœur de ses pages. Une belle bulle littéraire qui met du baume au cœur, cicatrice et donne envie de croire que les hasards font de belles histoires, compliquées mais belles.

 Donc n’hésitez pas à ouvrir les pages de ce livre comme un ami il vous réconfortera, un joli coup de cœur.

PS : merci à Virginie pour le conseil.