une bouche

Ce premier roman est poétique et original, voir un peu magique. Je n’ai pas envie d’en déflorer l’histoire alors juste quelques mots pour vous donner envie.

On suit les pas et la vie du narrateur qui se cache derrière une écharpe, pour quelles raisons ? Pourquoi en dit-il si peu sur lui ? Qu’est ce qui le pousse à revenir chaque soir dans ce café ? Lisa la belle barmaid à l’écoute, ses seuls amis Sam et Thomas ? Pour la suite ouvrez les pages du roman.

Dans une langue riche et poétique, l’auteur nous embarque dans un univers qui oscille entre banalité et vie quotidienne (sa vie au bureau, au café, trajets en métro) et un univers burlesque, dingue qui grandit et prend de l’importance au fil des pages. L’imagination du narrateur embellie sa vie, il tord la réalité, mélange passé et présent. Il se raconte pour détricoter le passé, déposer son masque et son armure qui le protège du regard des autres.

La poésie, la force évocatrice des mots de Gilles Marchand sont impressionnants, l’auteur nous fait sourire, nous embarque et émeut dans ce monde coloré, dingue comme le magicien d’Oz. J’ai eu l’impression parfois d’être Alice et d’être de l’autre côté du miroir de la réalité.

L’importance du grand-père autre figure centrale du récit émeut et rappelle comment notre identité se fonde aussi sur nos racines, les gens, le passé et les cicatrices réelles ou figurées que l'on porte, l'héritage qui se transmet dans une famille.

L’alternance entre le passé du personnage et son présent efface la perception du lecteur, peu à peu comme dans un rêve éveillé. L’auteur nous balade entre joie et mélancolie de ce comptable solitaire. La musicalité et le rythme du récit, les évocations en spirale comme dans un jour sans fin, car le livre commence sur un chapitre 0 et finit par un chapitre 0 en font une parenthèse de lecture enchantée. Un intermède où on finit sonné par la fin magistrale qui remet les pendules à l’heure et donne la clé de codage comme dans les énigmes. L’alternance entre folie douce et émotion, références littéraires avec Gary, Svevo, Calvino et musicales avec les Beatles est maitrisée jusqu’au point final.

Laissez vous embarquer et écoutez la voix musicale et poétique, joyeuse et mélancolique d’une bouche sans personne.

PS : merci au 68 et surtout à Virginie et Nicolas qui m’ont conseillé de mettre ce livre en haut de ma pal.