les mains

Ce 1er roman est percutant, comme une vague, il bouleverse, retourne, chamboule. Avec une écriture précise, efficace l’auteur nous plonge aux Philippines. Sa narratrice est journaliste, présentatrice pour être exact. Elle se retrouve au cœur d’un drame humain : la dévastation suite au passage d’un typhon monstrueux.

Ce typhon va bouleverser définitivement sa vie, ses certitudes, ses repères. L’auteur nous interroge sur notre résistance, notre instinct de survie, notre résilience. Sans rien épargner de la violence de la nature, de la mort présente à chaque pas sans voyeurisme. Cette fureur des éléments qui n’épargne rien ni personne.

C’est aussi une réflexion sur le journalisme, sa volonté de faire pleurer, de tenir l’antenne avec le personnage Hermann qui est content d’avoir quelqu’un sur place, veut des images chocs, des témoignages et peu importe ce que ça coûte. Sur les choix politiques aussi , la mauvaise information quand au départ les autorités ne comprennent pas que ce typhon n’est pas comme les autres et sera plus destructeur.

Les descriptions de la ville, des victimes et de la vie qui reprend peu à peu ses droits sont saisissantes. Comme dans un reportage, on a l’impression d’être au cœur de l’action, de ressentir comme la narratrice son incompréhension, son choc. La vision de la narratrice, jeune française paumée au départ dans ce drame humain, qui n’arrive pas à se détacher de ce qui se passe , d’une culpabilité qui la ronge. Syndrome du survivant, volonté de faire son travail pour remettre à plus tard la prise de conscience.

Les témoignages des autres protagonistes, le pompier Jack, la jeune philippine qui vient de Dubai, la gérante du café de la ville font comprendre les répercussions de ce drame. L’auteur nous met à la fois dans leur peau et dans celui du spectateur aussi que nous sommes derrière notre écran pour qui ce n’est qu’un fait divers de plus. Un évènement quasi normal et on n’y réfléchit plus une fois les gros titres et la semaine passée.

Sujet difficile, dur mais nécessaire qui change totalement notre vision une fois le livre refermé sur ces vagues meurtrières, ces pays lointains dont on ne parle que lors des catastrophes naturelles.  Un roman citoyen qui sans moralisme, nous donne à voir sans juger les différents comportements humains que se soient des journalistes envoyés là, des sauveteurs médecins, locaux, européens ou des autorités locales.

Une écrivain à suivre qui réussit à allier précision journalistique et un véritable univers , à nous plonger dans l’âme et les tourments de ses personnages. Jusqu’à la fin magistrale qui sonne.

Donc découvrez les mains lâchées, prenez ce récit à bras le corps et découvrez la  vie pendant et après un typhon, vous en ressortirez grandit.