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Le livre de Pascal Manoukian est prenant, dès le départ, comme dans un reportage, il pose une situation tellement réaliste que l’on ne peut qu’embarquer. Au départ on suit Charlotte, jeune femme vive, enceinte, heureuse un soir à Paris comme tous les autres. Elle est avec Karim, elle décide de profiter d’une soirée avec ses amies de toujours du lycée. Karim lui n’est pas avec elle, le temps qu’il la rejoigne en terrasse un attentat survient qui change totalement sa vie.

En ancrant son récit dans l’immédiat contemporain, l’auteur aurait pu tomber dans un récit voyeuriste ou uniquement didactique mais la force de l’écriture de Pascal Manoukian est justement de faire des attentats qui ressemblent tellement à ceux de novembre un récit littéraire. A travers ce drame, on réfléchit avec le personnage sur l’après. Comment survivre à un drame si soudain, injuste, inattendu? Quels choix prendre se venger, oublier, faire comme avant ? Karim lui va décider l’action, qui va l’emmener loin de la France pour essayer de trouver un responsable à cette horreur, pour faire taire la douleur. Ainsi avec lui, le lecteur découvre la machine à laver le cerveau de Daesh grâce à internet, les vidéos de propagande, les théories du complot. Il découvre le périple, les raisons qui peuvent pousser des humains à préférer mourir plutôt que de vivre.

On découvre aussi les horreurs de la guerre, de l’organisation , de la pensée déviante de celle ci  grâce à la précision des descriptions, les informations détaillées de l’auteur . C’est avant tout l’évolution psychologique du personnage qui se bat contre ses démons, qui se bat pour Charlotte et son bébé , qui s’interroge sur l’humain, la violence, l’inhumanité. De Paris en Syrie, on s’attache au personnage principal et à certaines personnes qu’ils rencontrent notamment Anthony, sa femme et son fils. Il nous donne à voir de manière quasi sociologique, ethnographique les raisons du basculement d’hommes jeunes comme Aurelien, plus âgés, de jeunes femmes qui sont attirées par ce miroir aux alouettes, cette volonté de mourir.

La lecture fait parfois mal aux tripes mais elle fait vraiment réfléchir et marque, elle incarne au-delà des mots, des théories, des peurs, une triste et nouvelle réalité. Elle pose la question de la lutte contre ce phénomène, de ses racines à la fois proches et lointaines. L’absurdité de la guerre, de la mort est aussi omniprésente, ces hommes devenus des animaux par choix, désespoir, envie d’une place.  Un livre à la fois humaniste, citoyen car il y a aussi de la poésie dans ce livre quand Karim se souvient de Charlotte, quand il se rappelle de l’histoire de la famille de celle-ci, de la splendeur passée de la Syrie.

Un livre indispensable à lire qui restera ancré qui au-delà des discours prémachés nous dévoile une réalité complexe qui nous touche tous. Un véritable chant d’amour de Karim à Charlotte qui pour elle va aller au cœur de l’enfer. Mais peut on en revenir indemne ? peut on même pour des bonnes raisons aller jusque là ? Un livre juste à ne pas rater.