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Il y a des écritures qui interpellent plus que d’autres, celles de Sylvie Le Bihan fait partie de cette catégorie. J’avais énormément apprécié son dernier roman qu’il emporte mon secret, donc j’avais hâte de lire et savoir si la magie aller encore opérer et c’est le cas.

La force et la précision de l’auteur sont une nouvelle fois présente dans ce récit autour de 2 solitudes, 2 personnages principaux très différents. D’un côté Marion, femme complexe qui est mariée à Paul mais toujours obsédée par son amant danois Niels. Elle est incapable de s’abandonner totalement aux 2 hommes de sa vie, l’auteur donne à réfléchir sur le couple ; les relations amoureuses toxiques, la dépendance affective à travers ce personnage. Une logique parfois tordue, une plongée dans les pensées de Marion, paumée au début du roman, qui a peur de la solitude et qui décide de s’évader de sa vie. Elle tombe par hasard sur Roger, lui est plus discret, classe moyenne, il parait plus commun, avec un physique banal, convenu. Mais lui aussi est enfermé par son passé, un regard sur lui-même déprécié. Il décide par jeu de faire un bout de chemin avec "cette bourgeoise" comme il dit et d’aller en Bretagne.

L’auteur réussit à instaurer des ambiances particulières quasi cinématographiques comme lors des disputes, des flashbacks dans les passés des personnages, leurs monologues intérieurs ou leurs discussions. Elle réussit à la fois à rendre la solitude, la psychologie et les mécanismes de défense que chacun a construit pour avancer dans sa vie jusqu’à leur rencontre. Les plongées dans les pensées intimes des personnages, leurs regards pas forcément bienveillants l’un sur l’autre, la vie, leur entourage sont addictifs à suivre. 

L’écriture vous capture et ne vous lâche pas, on a l’impression que l’auteur chuchote à notre oreille, comme au cinéma les scènes s’alignent criantes de vérité, du Paris bourgeois feutré à  la Bretagne, son immensité et son isolement.  A travers le déroulé de la vie des personnages qui chacun font un état des lieux et essayent de trouver une réponse à leurs questionnements intimes, on s’interroge avec eux sur le couple, le deuil, la jalousie, les petits faux semblants, l’égoïsme. La difficulté de s’accepter, la volonté de jouissance, de prendre le pouvoir sur l’autre, le sexe comme source de douleur,  la violence des mots sont aussi évoqués à travers la relation ambigüe des 2 personnages. 

Peu à peu, la tension monte dans le récit et la fin est impressionnante une fois de plus. Finalement ,on s’attache malgré nous à ces 2 êtres, 2 solitudes en parallèle. Marion et Roger qui loin du vernis, à travers leur ironie mordante, désabusée, triste parfois nous montrent la difficulté d’être heureux, de se respecter. Ils sont parfois touchants, agaçants mais l’auteur comme un marionnettiste, un maestro avec sa partition joue toujours juste et évite l’écueil de la caricature et pianote sur la gamme des émotions.

Un vrai voyage littéraire et un gros coup de cœur pour ce livre, puissant, complexe et rudement bien écrit. Ca y est j’ai un 5eme auteur favoris dont je vais suivre attentivement les publications. Allez chez votre libraire et lisez-le !