vaughan

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Sarah Vaughan est une auteur très sympathique que j'ai eu la chance de rencontrer lors de sa venue à Paris en mai. Elle a pris le temps d'expliquer sa manière de travailler, ses inspirations, ses prochains romans. Le tout autour d'un bon thé et de délicieux macarons so british. Bon en vrai, on était chez Ladurée, délicieux cadre au demeurant. Mais assez parlé chiffon, de quoi avons-nous parlé ? De son roman.

Quand je lui ai demandé si elle avez eu plus de pression pour ce livre que pour le précédent ?

Elle m’a expliqué que la ferme du bout du monde est le 2e roman paru chez nous,  mais que son 3e paraitra bientôt en Angleterre, elle a eu davantage de pression que pour le précédent. Pour le 1er elle ne s’est pas posée de questions,  elle s'est inspirée de sa maternité récente, de son rôle de mère pour imaginer la meilleure d'entre nous. Là elle avait davantage conscience d'être attendue et ça a mis plus de temps, elle a du faire différents brouillons avant d'aboutir à cette version.

Si elle avez fait des recherches pour ce roman ?  Car il me semble vraiment fluide, plus profond et il est très historique.

 Elle m'a confirmé avoir fait des lectures, recherches dans les journaux de l'époque pour trouver des éléments de la vie quotidienne, interviewer des femmes ayant travaillé dans des fermes, des témoins de la Seconde guerre. Elle voulait être le plus fidele possible avec les évènements qui se sont déroulés en Cornouailles sur l'envoi d'enfant à l'arrière, les lieux où les bombes avaient été larguées, les départs de régiment pour aller se battre.

Pourquoi avoir fait un focus sur le monde agricole pendant la guerre ?

Elle voulait rendre justice au monde agricole, elle a fait relire par certains membres de sa famille qui sont fermiers, les passages sur la traite, la fabrication de glace, les types de culture pour ne pas faire d'erreur. Je lui signale d’ailleurs que j’ai trouvé cet aspect sociologique très intéressant et elle évoque une anecdote.  Elle a été très contente d’avoir reçu le témoignage d’un lecteur qui est aussi fermier et qui l’a félicité pour cette manière de rendre si vivante le monde agricole.

Quel a été l'intérêt de ces recherches ?

C'est son expérience de journaliste qui ressort, avant son premier roman elle a été journaliste et a pris l'habitude d’être très précise. De chercher les informations pour rendre crédible son histoire.

Je l'ai interrogé pour savoir si la ferme décrite existait vraiment ?

Elle s'est inspirée de la ferme de son enfance, d'une partie des paysages même si elle a laissé libre court à son imagination pour les grottes, les falaises, (elle me montre d'ailleurs une photo du lieu qu’elle avait postée sur twitter). De même, elle a pris quelques libertés par contre en remplaçant les moutons qui ne sont pas élevés dans cette partie de la Cornouailles par des vaches et en modifiant certaines cultures. Par contre les tentatives de Tom avec les roseaux lui ont été inspirées par l'expérience de son cousin, comme sa colère contre les éléments. Elle s'est aussi renseignée sur l'état d'esprit des fermiers, les maladies, dépressions qui pouvaient surgir.

Sur le plan de la construction du roman, dans le précédent, on alternait les points de vue des personnages, ici on fait des sauts chronologiques. Je lui ai demandé pourquoi elle avait choisi cette construction pour le roman ?

L'idée d'un secret lui est venue pour insuffler de la tension dramatique comme le découpage chronologique. Elle a une tendresse particulière pour le personnage de  Maggie qui lui a été inspiré de sa grand mère morte à 95 ans vieille dame autoritaire mais qui retrouvait  son âme de jeune fille quand elle évoquait le passé; elle est morte avant l'écriture du livre. Un de ses voisins lui a aussi fait penser aux soldats de la Seconde guerre mondiale et à  leurs traumatismes car celui ci avait un grand jardin et ne voulait plus cultiver de tomates. Un jour elle a lui demandé pourquoi, il faisait pousser tous les légumes, fruits sauf celui là ?  Il lui a répondu que ça lui rappelait quand il était tombé malade en Afrique du nord en 1942 et qu'il n'avait pu manger que ça et que depuis il ne supportait plus les tomates.  Elle est fascinée par les secrets des gens ordinaires comme ici.

Quand je lui ai demandé les origines de ce roman ?

Elle  m'a répondu qu'elle avait  voulu se détacher de son histoire personnelle; elle avait la  volonté d'ancrer son récit dans l'histoire avec l’ idée que la  transmission du souvenir de la génération qui a fait l'expérience de privation  saute parfois  une génération, sa grand mère lui a peu parlé de ça et ses enfants très jeunes n'ont aucune idée de cette époque. L’idée de la transmission de cette mémoire était importante à travers ce récit.

Selon moi Maggie est le vrai personnage du roman ( en plus de la ferme) ?Comment avez -t-elle  imaginé ce personnage ?

 Elle voulait  à la fois faire parler d'une vieille dame et d'une jeune femme de 30 ans et présenter une vie dans la durée d’où l’alternance chronologique. Elle a une tendresse particulière pour Maggie vrai personnage du livre  avec la volonté de raconter la vie d'une vieille femme de son enfance à la vieillesse, de voir dans sa jeunesse ce qui ferait sa force ensuite, en alternance avec la trentenaire Lucy.

As t-elle eu  du mal à se détacher de ses personnages ?

Elle est très attachée à ses personnages même après la fin du récit et elle continue à penser à eux.

Pourquoi a -t-elle choisi ce lieu pour ce récit ?

Pour elle, la Cornouailles est associée à l'enfance, lieu où elle se sent bien, c'est viscéral, elle réalise qu'elle parsème ses livres de lieux qu'elle aime bien comme par exemple Londres et Oxford dans le 4eme qu'elle est en train d'écrire.

Comment est elle devenue écrivain ?

Elle a toujours eu envie d'être écrivain, elle a remporté un prix d'écriture  très jeune  quand elle avait une dizaine d'année. Elle avait gagné de l'argent pour acheter des livres, sa mère lui a transmis son goût pour Jane Austen, Jane Eyre.

Et le mot de la fin :

 Elle est contente de savoir qu'elle a un public en France qui attend ses histoires, très heureuse de l’accueil de ce deuxième roman.

Vous trouverez dans l’article suivant : mon avis sur la ferme du bout du monde.

Merci à Anne pour avoir organisé cette rencontre et sa gentillesse, à Sarah Vaughan de s’être prêtée à ce jeu qui était une 1ere pour moi. Merci pour les anecdotes, la passion et les moments de vie partagés. Vivement la parution du 3e en France.

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