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C’est très étonnant d’être surprise par un auteur dont on a lu plusieurs livres, on aimait retrouver des thèmes, des manières de faire et là rien à voir.

Une sacrée claque que je me suis prise, en lisant ce livre. Déjà dès le départ le style est à la fois sec, fort, dense, surprend par son intensité. Par moment réduit en de courts chapitres qui relatent les pensées de l’héroïne cette Agnès en morceaux, qu’on a envie de recoller et qu’on suit.

Elle a un rituel, une armure à toute épreuve, une vie faite d’habitude et de faux semblants. Sa vie est comme une petite mécanique bien huilée jusqu’à un accident de parcours: sa rencontre avec Juste. Un homme mystérieux qui va prendre toute la place dans sa vie, en s’installant avec elle. Et qui va faire naitre en elle des sentiments qu’elle croyait définitivement perdus. Mais dès le départ on sent une tension sourde et on se demande comment va évoluer cette relation.

Cette vie en demie teinte, cet amour fou, la douleur intrinsèque de l’héroïne, mais aussi son changement dans la deuxième partie du livre la rende terriblement troublante, attachante. Pourtant elle est compliquée Agnès, elle oscille entre solitude et besoin de vivre, amour fou et désespoir, violence et douceur. Elle a ses codes et ses obsessions qui la grignotent, ses fantômes, ses ombres contre lesquels elles luttent. Ce satellite qu’est Juste qui l’aimante, l’attire, la fascine. On suit les méandres de leur histoire et ce n’est pas toujours simple. L’auteur décrit avec réalisme, parfois par ellipse, par sensation cette histoire hors norme qui fait réfléchir.

On lit parfois avec la boule au ventre, d’une traite pour ma part, car on a envie de la sauver Agnès, de la protéger, de recoller ses morceaux.

Les personnages masculins sont contradictoires tantôt violents, misogynes comme le patron d’Agnès à la brasserie, imbus d’eux même comme Abel le patron de Juste, touchants comme François ami du frère d’Agnès et qui essaye de l’aider. Une collection d'assez tristes sires avec le personnage de Juste complexe que je vous laisse découvrir, deuxième personnage central de l'histoire. L'évolution du regard de la narratrice sur lui est intéressant et fait réfléchir à ce qu'on est prêt à accepter par amour.

A la fois dur, âpre, violent, émouvant et avec de la lumière par moment, l’auteur nous balade avec son héroïne dans une histoire compliquée et toxique dont on ne sort pas indemne. J’ai apprécié la dureté, la violence, la folie de l’écriture de l’auteur, ses phrases fortes comme des scalpels. Ses motifs récurrents, ses répétitions qui donnent à voir le portrait d’Agnès et cette fin magistrale. J’ai été fasciné par cette tension dramatique, narrative, entre ombre et lumière, sur le fil du rasoir. Ces retournements, ces espoirs du personnage principal mais aussi ceux que l'auteur fait naitre chez  la lectrice que je suis. Le fait d’être immergée dans cette histoire, presque claustrophobique par moment qui pousse à faire défiler les pages pour savoir ce qui va arriver à Agnès. On a envie de crier pour réveiller l’héroïne par moment, la secouer ou à l’inverse la prendre par la main pour lui montrer la beauté de la vie.

Un roman qui m’a remué, étonné, capté, avec force et définitivement  j'aime la plume singulière de Valérie Tong Cuong. Alors partez à la découverte d' un personnage atypique Agnès. Un roman coup de poing à lire.