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L’enfant mouche est un roman sensible à hauteur d’enfant, celle de la petite Marie. Petite fille ballotée de Paris à la Province en pleine Occupation. Anne Angèle, infirmière française qui vivait au Maroc, la prend en charge.

J’ai été touchée par la manière dont l’auteur décrit cette histoire, il s’est inspiré des souvenirs de sa mère. Son écriture au présent rend vivante la petite Marie, on a l’impression de voir avec elle, d’être au dessus de son épaule. On ressent lors des chapitres chacun de ses espoirs,  chacune de ses déceptions. Par moment l’écriture est tendre comme lors des moments à Paris, la déco de la Verrerie, nostalgique quand Anne Angèle évoque Jean Edmond  et son passé marocain. Le récit peut être plus cruel avec la vie du cabaret la peste verte, la pauvreté, la faim que ressent la petite. Ou encore la maladie qui peu à peu envahit Anne Angèle après son installation en province.

La barbarie, la violence des hommes est aussi en filigrane dans le récit, l’horreur est décrite par le vocable de cette petite fille qui interprète à sa manière ce qu’elle voit. Les bombardements, les stratégies de survie, le marché noir tout est passé au crible. De la malhonnêteté du docteur Serraval, du mépris de hobereau de Hubernot, à la bêtise des enfants, un panorama de la nature humaine nous est donné.

Mais au-delà de cette noirceur, il y a les lueurs d’espoir qui font avancer la petite fille, le chat paillassonne, son amour véritable pour sa tante, sa volonté de croire que ça va aller. Son envie de se trouver une famille avec Toinette ,la femme de la forêt et Matesson, leur fils Gaston est émouvante. Cette alternance de candeur et de noirceur, cette ode à la vie, à cette petite fille, son courage face à l’adversité sont une des richesses du roman. Les descriptions quasi magiques comme lors des bombardements,  de la belle rivière Bellesme et ses morceaux de verre, ne font pas oublier l’horreur, la mesquinerie, la bêtise de l’homme qui exploite la faiblesse et la crédulité. Mais elle envoute le lecteur, comme dans un sort.

Face à ce monde inhumain, le regard bienveillant, la vie et la survie de cette petite fille sont touchantes. Anne Angèle est un personnage qui évolue, d’abord bienveillant au début du récit, il est peu à peu rattrapé par ses ombres et ses démons.

 J’ai été aussi attendrie par les personnages de Toinette et Matesson, couple désaccordé, issus de la violence humaine, violence familiale de Toinette, séquelle de la 1e guerre pour Matesson. Leur maison semblable à celle des contes de fée,  faites de branchage, est à la fois havre de paix pour la gamine et le théâtre de drames. On a envie de prendre par la main cette petite fille, lui éviter ses épreuves, la protéger. Avec une écriture poétique, de la bienveillance pour son personnage et un regard réaliste sur le monde qui entoure cette enfant l’auteur recrée pour nous ce village et cette époque trouble. Entre rêve et cauchemar, folie et survie, il nous enferme, nous capture dans ces chapitres et les différentes parties. On ne peut s’extraire du récit une fois lancé. J’ai aimé cette alternance et la façon dont l’auteur retranscrit une vision d’enfant et réussit à le faire revivre avec ses explications étranges, saugrenues ou la description parfois crue de la réalité. La petite fille est à chaque fois animée par une volonté de bien faire qui n’aboutie malheureusement pas toujours au résultat qu’elle espère. Alors qu’en réalité elle veut juste être aimée, manger, vivre comme une petite fille lambda, loin du théâtre de la guerre.

 On a envie qu’elle rencontre enfin un adulte, un ami,  quelqu’un de fiable.  Cette petite fille vive qui s’adapte pour aider sa tante et grandit dans cet univers inhumain où le soi disant courage des hommes est en fait de la lâcheté. Où les grands principes font place à une violence aveugle, où la barbarie n’est pas toujours là où on croit comme on le voit avec le personnage de Hans l'allemand cuisinier.

Récit à la fois intime et universel, qui nous plonge dans les heures sombres de l’histoire mais qui est avant tout une ode à la vie, un hommage à la mère, à  une force de la nature. Récit humain, à fleur de peau, qui fait vibrer et réfléchir, vous n’oublierez pas la petite mouche, «  die Kleine Fliege ». Vous entendrez longtemps sa voix, son émerveillement et ses épreuves et comme une lointaine amie vous serez triste en refermant ses pages.

Un livre bouleversant qu’il ne faut pas rater.

Ps : Merci à Valérie pour le conseil et la découverte de cet auteur.