les hautes lumières

 

photo de Virginie Vertigo.

Les hautes lumières sont ma 1ere incursion dans le monde de Xavier de Moulins, j’avais découvert lors de son dernier roman qu’il était écrivain. Plusieurs des mes amies lectrices m’avaient conseillé de le lire mais je n’en avais pas eu le temps.

J’ai réparé cette injustice pour celui-ci,  en lisant la 4e de couverture je me suis dis bon ça va être tranquille comme lecture et pas du tout. Dès le 1e chapitre, les 1eres pages, l’auteur installe un univers à la fois sombre et lumineux. Sombre autour des douleurs, des failles, du passé des 2 personnages principaux Nina et Tahar.

2 jeunes gens issus de la cité qui vivent à proximité de Bondy, ils ont quitté les tours pour s’installer dans un joli pavillon car leur rêve c’est de fonder une famille. Malheureusement, quand nous les découvrons depuis 10 ans toutes les tentatives médicales ont échoué et cette non parentalité fragilise leur couple.

Surtout Nina, Nina la belle qui a tout sacrifié pour ce désir là, son estime, son corps transformé par les hormones pour être dans la norme. Une mère comme les autres, c’est un personnage ambivalent Nina, fragile au départ, au bord de la rupture qui va évoluer au fil des pages et des épreuves. Nina et son amour fou pour son père, sa passion pour Tahar.

Tahar le taxi, fier de l’être, bon mari, bon fils qui obéit aveuglément à ses parents Abdela et Samira dont il est l’unique enfant. Il a toujours fait ce qu’il fallait, était là pour Nina pour l’aider à se relever. Il a mis ses rêves de gloire de foot en suspend et même s’il aimerait être père, pour lui l’essentiel: c’est Nina.

Leurs trajectoires vont être bouleversées par 2 personnes, 2 éléments du destin : le 1e un petit garçon vif, intelligent Abdekalrim qui vit au Maroc, la 2e Françoise une photographe qui va croiser la route de Tahar. Leur petit monde bien structuré va se fissurer. Viennent alors les ombres, les forces contradictoires, les embûches alors qu’ils sont si près de leur rêve. L’auteur nous questionne alors sur nos idéaux, nos valeurs , Sont-ils les nôtres? doit-on renier ses envies, ses désirs pour rester sur le droit chemin ? Doit-on écouter son cœur ? S’écarter sans penser aux conséquences ? Doit-on tout sacrifier pour devenir parents ?

Divisé en différentes parties, chacune de celle-ci se termine sur un retournement de l’histoire, une autre évolution d’un des personnages principaux. Et c’est la réussite de la construction du livre nous faire passer de l’intime au collectif du couple, de la douleur à la joie, du réalisme à la poésie, du désespoir à  la volonté d’un autre départ.

En alternant leurs points de vue, l’auteur fait grandir ses personnages qui en deviennent terriblement humains, faillibles. J’ai été impressionnée par le personnage de Nina, la retranscription de sa douleur puis de sa force. A l’inverse Tahar est de plus en plus émouvant, à mesure qu’il vacille, doute et veut écouter sa petite voix intérieure. Les descriptions du Maroc très poétiques, des virées de Tahar en taxi, l’opposition entre le monde de Françoise et celui de la banlieue sont prenantes. Les procédures médicales, administratives, le mal être de ne pas avoir d’enfant interpellent et touchent le lecteur.

J’ai aimé vivre à côté de ces personnages, être surprise à chaque partie, voir sous mes yeux les lumières des tours et la magie du Maroc. J’ai apprécié l’importance de la famille, l’amour qui lie Nina à ses beaux parents, à son père. Cette volonté de se relever à chaque étape, épreuve. Comme à la fin d’un bon film dont on n’a pas prévu le dénouement, on termine sonné et on relit différemment les cauchemars de Tahar.

Une plongée dans la vie de famille, l’identité, la transmission qui ne vous laissera pas insensible. Donc foncez lire les hautes lumières et vous garderez en vous des traces de ce voyage.

PS: merci à Virginie, Sylvie pour le conseil lecture.