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Thomas Vinau nous dessine un conte moderne, avec son personnage principal Gaspard qu’on trouve en mauvaise posture au début du récit avec son chien. Ce jeune homme cherche refuge dans la forêt, celle-ci semble vivante, animée sous ses yeux. L’auteur avec une écriture très poétique est capable de nous ramener à nos peurs d’enfants quand on tremblait à l’écoute du Petit Poucet, de Blanche Neige ou de Hansel et Gretel. La force, le courage de ce jeune homme et son amitié pour son chien sont extrêmement touchant. Le personnage de Jean Le Blanc à la fois paternel et protecteur est un personnage lumineux, un espoir pour le jeune homme.

Mais le camp des autres questionne aussi sur la norme, avec la mise à l’index de ceux qui ne suivent pas les règles sans dévoiler trop de l’intrigue, le jeune homme va faire la rencontre d’un autre monde dans cette forêt. Il va voir différemment les laissés pour compte, ceux sur qui courent des légendes, sur lesquels les journaux font déjà leurs choux gras. J’ai apprécié cette galerie de trogne avec Capello le général, Sarah la belle gitane, Zo’ et de voir l’envers du décor de la société du XX e siècle où le conformisme, la morale, l’argent fait loi. Cette inversion des valeurs, cet autre monde un peu comme dans la cour des miracles chez Hugo fait réfléchir. J’ai apprécié le travail sur la langue, le jeu sur le regard de l’autre, le regard que la société porte sur ces autres, ces monstres qu’elle fuit ou qui la fascine comme lors des marchés.

Le personnage de Gaspard qui peu à peu, mue, fait l’apprentissage de la liberté, par la découverte de la forêt, de la lecture et de ce monde particulier. Un beau récit initiatique, léger au départ et qui devient de plus en plus critique dans les dernières parties. Qui nous font prendre fait et cause pour les métèques, les déserteurs, les maquignons, les voleurs, les anarchistes, les Roms. Un récit que j’ai dévoré comme un long chant poétique, un jeu d’ombre et lumière,  jusqu’à la dernière page. Le thème de l’exclusion est traité de manière originale comme celui du racisme, des préjugés vis-à-vis des Roms.

Donc plongez avec Gaspard loin des masques et des faux semblants pour découvrir cette bande de renégats, de parias finalement attachants et appartenir au camp des autres beaucoup plus sincère que la société qui les exclue.

PS : les hasards sont étonnants, j’ai participé à une recherche d’une amie prof Aurore qui avait réalisé une séquence de géo et de français sur les Roms que j’ai faite à mes élèves. A cette occasion, j’avais pu constater la force des clichés sur les voleurs, mendiants etc et l’image extrêmement fantasmée de la population qu’on qualifie de Rom, sans faire la distinction entre tsiganes, roumaubs, les origines des populations. A cette occasion, le vocabulaire, les clichés racistes étaient fort, on se rend compte finalement avec ce livre qu’ils partent de là, le carnet de circulation, l’ostracisme et ça fait réfléchir. Et je suis contente de lire le nom de Raymond Guerème dont mon amie prof m’a tellement vanté la gentillesse et l’action auprès de ses élèves.

PS2: Merci à priceminister de la découverte grâce aux matchs de la rentrée littéraire #MRL17, aux marraines Leiloona et à Moka pour le choix de ce livre.