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J’avais peur de lire ce livre, c’est bête des pages ça ne peut rien faire me direz vous, mais comme je suis une grande empathique dès fois c’est compliqué certaines lectures même quand elles sont fictionnées.

Ce 13 novembre comme tout le monde a changé irrémédiablement ma manière de voir les choses, les gens, comme le 7 janvier, je me suis interrogée quel intérêt en tant que lectrice, personne à lire ce témoignage ?

 Au départ, je n’avais vraiment pas prévu de lire ce livre, je me trouvais plein d’excuses, d’autres lecteurs m’en avaient parlé favorablement mais je ne me sentais pas prête à le lire. Le hasard faisant bien les choses, j’ai assisté à une discussion de l’auteur à Nancy et il m’a convaincu en expliquant que ce livre n’était pas un témoignage mais un objet littéraire.

Et c’est vrai, certes l'auteur parle de son expérience du 13 novembre mais il parle aussi d’autres choses. Des souvenirs de son passé, de ses proches, de ses histoires d’amours, de son amour du rock, des santiags. Il réussit à faire de ce qui aurait pu le briser, le rendre craintif, une force en alternant les points de vue et en faisant de la littérature.

La construction du livre, alterne sa voix d’écrivain, de personnage et la voix de ses proches, amis. Il s’amuse aussi avec beaucoup d’ironie et de second degré sur lui-même, lors de sa convalescence, même quand il décrit cette soirée au bataclan en se traitant de « super lavette ». Il alterne cette soirée et des souvenirs plus anciens ou ce qui se passera dans les mois suivants.

Il déconstruit son souvenir, le rejoue, le met sur pause, accélère, fait des zoom ou parfois ne dit rien comme certains blancs sur la page ou des majuscules aux mots hurlements ou l’évocation du caillou qui font comprendre, file des frissons sans voyeurisme juste dans l’ellipse.

Cette distanciation que l’auteur met avec son expérience fait qu’on arrive à sourire dans ce livre, de ses anecdotes, de ses obsessions à savoir s’ il va retrouver toute ses mâles capacités. A l’inverse, même si c’est de manière pudique, notamment quand il parle de l’hôpital, des réactions de ses proches, on ressent sa force de vie, l’amour qu’il a pour son entourage, son amie.

Et c’est cela qui ressort de ces lignes: cet amour de la vie, des autres, cette volonté de ne pas rester emprisonné dans sa chair, dans ses souvenirs, dans sa douleur. Cette volonté de ne pas traiter l’autre en ennemi même les terroristes du 13 car à un moment il leur donne une voix( ce qui est d’ailleurs assez perturbant mais qui montre qu’on est dans un récit et pas un témoignage).

Même s’il parle de l’intime, il ne reste pas focaliser sur sa personne, en laissant la parole à ses proches mais aussi en évoquant les autres avec qui il a vécu ce drame ; les soignants qui l’ont aidé il met la focale sur l’humain.

J’ai été touché par certains témoignages comme l’un d’entre eux où la jeune femme évoque son malaise de s'être endormie ce soir là ,(d’ailleurs ça m’a fait un point commun avec elle ce vendredi là je dormais comme un loir car j’avais tenté de séparer 2 élèves et j’avais le poignet en vrac. Du coup avec les médocs et l’arrêt de travail je me suis couchée hyper tôt et ça a évité des sueurs froides à mes proches car sinon j’aurais été sur Paris au mauvais endroit au mauvais moment aux terrasses).

J’avais peur en lisant ce livre d’être voyeuriste, d’être mal à l’aise et même si parfois j’ai lu sous apnée, même si certains détails intimes m’ont questionné il m’a surtout fait réfléchir sur ce qui fait de nous des humains.

Sur le fait que nous sommes avant tout nos choix, nos erreurs, nos rencontres, notre attention qu’on porte aux autres. Et finalement comme me l’avais souligné une amie libraire Delphine on finit le livre apaisé et émue.

J’ai apprécié à la fois l’humain derrière la plume et l’auteur, son cabotinage pour masquer la douleur, le traumatisme qui a réussit à faire de la littérature avec l’horreur et à insuffler de l’humanité là où il n’y en avait plus. Je ne regrette pas d’avoir ouvert ce livre et même si ce texte restera une suite de sensation, un ascenseur émotionnel, de réflexions comme le "et si" , il sera surtout associé à la découverte d’une plume, d’un humaniste et d’une belle bulle d’émotion qui fait du bien à l’âme.

Ce livre est en tout cas la découverte aussi d’un auteur, d’un style, d’un écrivain qui avec du noir fait de l’arc en ciel, avec de la violence fait de la force, joue avec le hasard, joue avec les mots et reconstitue à travers ce moment son identité d’auteur et d’humain qui heureusement n’a pas été détruite par cette fichue balle.

 Donc respirez un grand coup et lisez !

PS: dédicace aux bloggueuses et bloggeurs bienveillants qui m'ont encouragés amicalement à lire ce livre et qui se reconnaîtront, vous aviez raison. Et à la super libraire Delphine Poussin.