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J’avais vu passer la couverture de ce livre, j’en avais entendu parler à sa sortie mais il faut bien faire des choix et je l’avais laissé filer. Le mois dernier, 2 amis m’en ont reparlé de manière tellement dithyrambique que je me suis dis que j’allais leur faire confiance et me faire ma propre opinion.

Ce livre est un roman, à la fois une histoire d’amitié entre une éditrice et son auteur, une histoire d’amour entre une mère et une fille, une réflexion sur la condition féminine. C’est tout cela à la fois, il oscille entre vérité et fiction, imagination et réalité et retrace la vie d’ Evelyne Pisier, de Caroline Laurent en creux, dans les interstices de la création. C’est aussi l’élaboration d’un livre, d’un roman, d’un témoignage au fil des pages et des interrogations de l’éditrice. Ce roman aurait dû être la voix d’Evelyne sous le masque de la fiction mais elle n’a pas pu le terminer son éditrice devenue son amie le fait donc à sa place.

J’ai été touché par cette fulgurante amitié, cette reconnaissance, cette volonté de transmission qui déborde des pages. Cette confiance réciproque, ce respect que l’éditrice témoigne à la femme, à l’auteur. Sa douleur, ses interrogations, sa volonté d’être le plus transparente possible sont une des forces du livre. Son talent pour rendre fluide la fiction et son témoignage, sa mise à nue à travers des anecdotes laisse entrevoir une éditrice et une femme bienveillante à l’écoute des autres.

La relation avec la mère est aussi présente avec celle entre Mona et Lucie, avatar d’Evelyne et sa mère. Cette relation fusionnelle, absolue, qui évolue avec le temps. La mère Mona influe sur la vie de sa fille en s’émancipant, en militant pour le planning familial, pour les droits des femmes et en divorçant à une époque où cela signifiait la mort sociale. Lucie grandit dans une atmosphère délétère avec la figure de ce père monstrueux, vichyste, raciste et de la relation amour-haine de ses parents. Pourtant, peu à peu, elle trouve sa place, sa voie, ses combats, s’émancipe lors de son voyage à Cuba.

En filigrane, la réflexion sur le racisme, le poids inconscient que font porter les parents sur leurs enfants se voient aussi dans les ressemblances avec la vie de l’éditrice. Elle aussi a une relation forte avec sa mère, a eu l’impression de s’élever avec sa réussite universitaire. Ces réflexions sur le métissage, la réussite ont fait écho, je suis aussi métisse, je suis la seule fille à avoir été aussi loin dans mes études, le jour de ma réussite au concours a été un grand moment de fierté.

Outre la réflexion personnelle de Caroline Laurent, le travail d’éditeur, de relecteur bienveillant, d’accoucheur est intéressant. La difficulté d’écrire de reprendre le flambeau, de ne pas trahir le texte est émouvante. Ce livre c’est aussi ça: la naissance d’un roman, la transformation par les mots et l’inscription éternelle d’une vie sous le masque de personnages. J’ai aimé la pudeur, l’alternance entre le roman et la réalité. La poésie, la mélancolie, la notion de destin qui se dégagent de ces pages, comme une rencontre programmée entre 2 êtres. La personnalité d’Evelyne, Lucie qui apparait lumineuse, qui fait le choix de la vie, de l’amour. Contrepoint de l’ombre de ses parents, qui font le choix de ne pas accepter la vieillesse pour rester fidèle à un idéal.

Le personnage de Mona est complexe à la fois hyper traditionaliste au début qui devient de plus en plus moderne par ses combats, qui évolue sur ses positions, au fil de sa vie mais qui ne supporte pas de vieillir. Personnage qu’on a envie de secouer mais finalement attachant.

Un roman qui porte bien son titre, qui souffle un vent de fraicheur, de liberté. Il restitue cette époque des années 60, montre les combats toujours d’actualité et qui croque 3 beaux portraits de femmes. 3 voix qui font écho, à des époques différentes et qui donnent envie de se battre, de vivre,de transmettre. Merci à Caroline Laurent d’avoir mis en lumière son Evelyne, d’avoir permis l’éclosion de sa plume, à travers Mona et Lucie, d’avoir fait cette belle déclaration d’amitié à travers ses lignes.

Un roman vibrant à faire partager à tous vos amis qui captive, émeut et donne envie de vivre à fond.