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Les Vents noirs est un premier roman, prenant, qui a le souffle des romans du XIX e siècle, une manière de camper une atmosphère, des personnages ancrés dans leur époque.

2 hommes s’affrontent Verken, jeune officier français qui a fait la 1ere guerre mondiale et qui a préféré continuer à servir son pays en Sibérie, en plein affrontement entre les armées blanches et soviétiques. Et Thélliot un savant orientaliste, féru d’archéologie, un passionné, prêt à tout pour découvrir les civilisations cachées entre Chine et Russie dans les années 1920.

Ces 2 hommes aux caractères opposés sont les fils rouge du récit où se côtoient  cosaques avec Alexandre, chinois, paysans, services secrets et l’époque trouble des années 1920 où la loi du plus fort, le pouvoir passe d’une main à l’autre au grès de l’Histoire. Un beau personnage féminin, Victoria volontaire, moderne qui est le trait d’union entre ces 2 hommes aux caractères  forts, une femme intelligente qui elle aussi se cherche au milieu des ombres et des vents contraires. La métaphore filée du vent, des forces qui bousculent,  dépassent les hommes, les pousse dans leurs retranchements est intéressante. De même les jeux sur la lumière, la couleur, donnent l’impression d’être dans des tableaux criants de vérité, développe un imaginaire jusqu’à la fin.

J’ai apprécié cette période trouble, de découvrir les jeux de pouvoir en Orient, de retrouver l’atmosphère particulière de la fin de la Révolution Russe au début du récit. L’écriture est à la fois forte, poétique, précise,  elle met en scène, les personnages dans des décors majestueux. Des déserts de neige de Sibérie au désert de sable, de situations extrêmes   ou plus paisibles où ils se heurtent à la réalité du monde, à la violence de la guerre, aux querelles instrumentalisées par les empires occidentaux ou chinois.  Ce jeu de dupes à la Indiana Jones, cette course poursuite à la fois réelle et symbolique est passionnante à suivre.

 L’ambiguïté des 2 personnages principaux qui chacun courent  après des ombres, une passion, une sorte de destin, de tragédie, qui s’attache à leurs pas comme à la fin d’une époque. Une nostalgie de fin de règne emplie ces pages mais de manière majestueuse. Elle pousse à réfléchir sur l’homme, sur la violence, les jeux de pouvoir mais aussi les rêves qui peuvent être dangereux, la volonté d’affronter le réel, de cacher ses blessures, de rebasculer dans la vie civile.

Une réflexion qui même si elle s’inscrit dans un contexte du passé, fait réfléchir  à la connaissance, à la transmission en découvrant ces vestiges, à la passion, à la difficulté de vivre en se fuyant soi-même. Un 1er roman bien écrit et construit,  j’ai aimé la réflexion et le jusque boutisme des 2 personnages qui ont conscience de leurs failles et de leurs folies.

Plongez au cœur des vents noirs qui bousculent, font avancer, menacent ou chavirent, un univers très abouti dès le 1er essai, une belle plongée romanesque qu’il ne faut pas râter.

PS: je vous souhaite une belle année 2018, santé et joie, de belles découvertes, des émotions littéraires en pagaille en 2018.