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Le roman de Céline Lapertot se déroule dans une époque indéterminée, à Cartimandua. Dans cette ville, on est fière de la citerne qui permet de boire, manger, d’avoir une vie normale. Mais un jour la citerne explose et le monde bien rangé et policé explose.  Les nez verts des réfugiés venant du désert pour survivre et s’installer en ville sont rapidement montrés du doigt.

Récit d’anticipation mais pas tant que ça, l’auteur développe une galerie de personnage en alternant le récit d’un prisonnier, de nez verts, en mélangeant les points de vue, elle nous fait réfléchir sur l’humanité.

Doit on être égoïste et s’accaparer une richesse ici l’eau ? Peut on exclure une partie de la population et la traiter comme une moins que rien ? Sommes-nous capables d’entendre les signes de la fin d’une démocratie, de l’avènement d’un tyran ?

La réflexion sur le pouvoir, la violence, le racisme sont omniprésents, l’évolution vers l’autoritarisme font cruellement écho avec notre société actuelle égoïste et lâche qui refuse de regarder plus loin que son nez. Qui se ferme face à la misère humaine, verse une larmichette devant l’écran et l’oubli au réveil, qui se révolte à coup de hashtag et de publications facebook et ne fait rien.

Réflexion aussi sur l’engagement, la force des mots avec Thiego, ces mots qui donnent du courage, appel à la révolte, ressuscite les morts, les souvenirs. Force des mots qui devient dangereuse dans une société où tout s’efface où la lâcheté est monnaie courante.

Portraits d’humains courageux et lâches qui sont secoués par cette crise et des choix de vie, que faire face à la violence, se courber, éviter de regarder ou se dresser même si on doit en mourir, même si on est seul ?

Un roman qui fait réfléchir et qui est magnifiquement bien écrit, avec une langue fluide comme une gorgée d’eau, claire, limpide. Un phrasé poétique et réaliste, qui évoque à la fois un monde imaginaire mais qui nous rappelle cruellement qu’aujourd’hui aussi nous sommes à la croisée des chemins.

Serons nous des Thiegos ou la masse informe ? Serons nous une Pia qui voit la catastrophe arrivée, une Karole innocente sacrifiée ?  L’auteur fait référence à la littérature, décrit de manière précise ce monde en devenir. Met bien en avant les enjeux moraux, éthiques et politiques des conflits humains, sans être donneuse de leçon, elle pointe du doigt des destins.

Roman émouvant avec la petite Karole fascinée par la citerne, ces nez verts plus humains que les autres, Pia, Tina la mère et la femme de Thiego 2 femmes fortes et intelligentes.  Thiego l’écrivain , le juste, le quêteur d’absolue. Et d’autres personnages plus complexes qu’il va côtoyer et qui montrent l’étendue des réactions humaines. Ce roman est court comme une fable mais il dit tellement, après l’avoir lu vous ne regarderez plus votre bouteille d’eau ou votre robinet comme avant. Vous vous demanderez aussi que faire aujourd’hui concrètement quand les ombres nous menacent.

Donc partez à la découverte de ce roman et vous en ressortirez grandit.

Une petite citation qui fait écho à mon amour des livres et des bibliothèques et à la jolie poésie des mots de l'auteur.

Les livres, ces garnisons de mots qui nous préservent du vide, à l'heure où tant de faux prophètes brûlent les pensées qui les dérangent et attaquent au disque à découper les sites les plus anciens de l'humanité. Les livres pour toujours, les formats poches qui ont la taille des briques de ma cellule. Pas seulement les mots, ce qu'il me fallait aussi, c'était l'objet en lui-même. Titouan n'a jamais pu comprendre cette adoration de l'objet livre. Mais le tenir dans sa main, le soupeser et compter le nombre de jours qu'il nous faudra, en fonction du nombre de pages qui s'étalent sous nos yeux. Le sentir neuf, vieux, poussiéreux. Le contempler, blanc immaculé ou jauni par le soleil d'avoir été classé dans une bibliothèque vitrée.

Merci à Virginie Vertigo et à l'ivresse Littéraire de m'avoir donné envie de lire ce roman.

 Ps: merci à lecteurs.com pour l'envoi du livre vous trouverez une version plus courte de cette chronique sur le site.