le caillou

Il est difficile de parler de ce roman, car c’est comme un parfum, une potion magique, il ne faut pas trop chercher pourquoi on l’aime sinon ça dénature ses mystères. Pourquoi écrire sur ce livre me direz vous alors ?

Car justement il est beau, doux, poétique par moment, abrupt, dingue, dérangeant à d’autres. Comme je l’avais dit avant lors de la découverte de son précédent roman les jouisseurs, c’est une douce drogue, la plume de Sigolène Vinson. Elle a un phrasé et une écriture très personnelle, jusqu’à l’ an dernier je ne connaissais pas ses livres et je suis très heureuse d’avoir enfin plongé dans son univers qui me plait beaucoup. Ce qui d’habitude me dérange avec des symboles qui ne sont pas toujours explicites, des personnages bordelines me séduit chez elle.

Ici, l’histoire semble au départ limpide, une jeune femme seule, regarde passer sa vie, elle se retrouve hors de sa zone de confort, de son appart protecteur en Corse. Pourquoi ? car pendant 3 mois, elle a cotoyé un vieux monsieur, son voisin Mr Bernard. Il est fasciné par l’art, la sculpture et Mr Bernard se rendait régulièrement sur l’île de beauté.

La Corse, ses paysages, sa minéralité, ses parfums, ses habitants, ses légendes, son histoire font partie intégrante de la trame du récit. Le souhait de notre héroïne même si le qualificatif ne lui va pas réellement est de devenir un caillou. 

Les références à l’art renforce le caractère un peu magique du récit, la vie qu’on peut insuffler à de la pierre, de la terre, comment par le pouvoir de l’esprit, comme ici avec la poésie des mots, on donne vie, on fait revivre, on imagine. J’ai aimé les nombreuses références et je n’irais plus au Louvre de la même manière en regardant les sculptures. Cette obsession de devenir un caillou est un rêve un peu dingue me direz vous mais pas tant que ça, qui n’a jamais rêvé d’être en pause, de ne plus rien ressentir, d’être à la fois immobile et immuable. Comme un caillou à la fois éternel et singulier, seule trace qui ne disparait pas qui reste sur une plage ou qui peut être sculpté sous forme de rocher.  Témoin des réussites et des défaites de l’homme.

Avec précision, l’auteur décrit cette folle amitié, la psychologie et les failles de la jeune femme, de Mr Bernard, des hommes qui l’entourent en Corse. Elle met aussi l’accent sur ses obsessions, sa folie et sa vie. On se laisse envoûter par cette vie, à la fois proche et lointaine, par la personnalité du personnage principal. On la regarde évoluer avec tendresse, aller au bout de sa quête, son but. 

La sensation de flotter dans cet océan de mots, ce monde à la fois réaliste et fou , d’être embarqué dans l’histoire, on tourne les pages. On écoute, on ressent les odeurs de marée, on a la sensation de la roche, on découvre les paysages du maquis. L’écriture très visuelle de l’auteur fait qu’on a vraiment l’impression d’être avec le personnage dans la pension de famille en Corse avec le rocher. Elle a une écriture à la fois symbolique et réaliste, moderne et atemporelle. Elle traite de manière originale la solitude, la vieillesse, l’amour perdu. 

J’ai été moins dérouté dans ma lecture que par celle des jouisseurs car le récit en 3 temps, 3 parties avec la voix de l’héroine sont des fils conducteurs. Mais j’ai apprécié une fois de plus d’être surprise par les images, les sentiments et la dernière partie. J’ai aimé aussi avoir l’envers de l’écriture de ce livre à la fin.

Donc finalement j’aime l’univers de Sigolène Vinson fait de sensation, de poésie, de réflexion, de beauté, d’ombre et de lumière. J’ai aimé me balader en Corse et réfléchir comme un caillou. 

Cette poésie moderne et ce style inimitable est à découvrir, donc partez à la découverte du caillou et de son envoûtement et vous aussi vous tomberez sous le charme de ce récit.