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Ferdinand et les Iconoclastes est un roman visionnaire, comme son personnage principal, une sorte de surdoué de l’entreprise, de patron philanthrope et humaniste . Un jeune homme à l’ascension fulgurante dans la grande entreprise HBMB.

ll est doté d’une capacité de travail impressionnante, fasciné par les sciences, la robotique et le travail bien fait. A ses côtés ,il y a Mélissa, la jeune femme qui l’embauche et ne cesse de garder un œil sur lui dans l’entreprise. Enfin, on a Joséphine, une des collaboratrice de Ferdinand qui va tout faire pour le prendre dans ses filets.

Au départ, on pense lire un pamphlet contre l’entreprise ou un rêve américain mais ce n’est pas le cas ; le roman est surtout une réflexion sur le travail, la société.

Le personnage principal est atypique, un cerveau c’est clair mais dénué d’émotion comme un robot, obsédé par les objectifs et les enjeux qu’il s’est fixé pour rendre fier ses parents. Puis, il devient au fil de son épopée plus humain, fragile, il s’ouvre au monde qui l’entoure. Mélissa est son contrepoint, humaine mais obsédée par Ferdinand, dont elle n’arrive pas à se détacher. Joséphine est le personnage qu’on aime détester qui est prête à tout pour se faire sa place au soleil.

Outre ses personnages qui sont à la fois humains et ambivalents, faillibles et imparfaits, l’auteur déploie une langue à la fois abrupte et subtile pour décrire ce monde moderne. La description de l’entreprise comme un organisme vivant, les enjeux financiers, les options pour la faire grossir sont cruellement d’actualité comme également la place qu’on veut donner à l’homme dans la société. Doit il être au cœur? n’est-il qu' un rouage comme dans les temps modernes de Chaplin ? Peut-il vivre sans effort, sans concurrence, sans travailler ?

Il y a une dimension philosophique dans ce roman , outre le parcours de vie des personnages, on s’interroge comme eux face aux évènements qui leur arrivent, leurs choix.

On alterne des courts et des longs chapitres, les pensées des trois protagonistes principaux. Et de quelques personnages secondaires qui ne le sont pas tant que ça Dizzie le savant génial et fou de jazz, Faustine la sœur de Mélissa brillante scientifique, Wes l’archétype du self made men américain. Une véritable société se dessine sous nos yeux, on reconnaît notre économie, les choix politiques et on voit un autre monde possible. Une véritable réussite que cet ouvrage qui réussit à nous faire réfléchir tout en ayant une mécanique implacable qui pousse toujours plus loin la réfléxion.

J’ai aimé le côté réaliste, quasi visionnaire ou prophétique de l’auteur. La facilité avec laquelle elle intègre les théories économiques et scientifiques et ce qu’elles apportent à l’histoire et au caractère du personnage. J’ai savouré l’alternance avec un ton très froid pour décrire parfois l’entreprise, quasi clinique pour Ferdinand, et l’écriture plus poétique, sensuelle, vivante quand Mélissa parle. Le côté noir, calculateur qu’on retrouve dans les passages sur Joséphine et les moments plus délirants, avec l’amour de Ferdinand pour les robots, les ombres qu’il voit de son premier appart ou encore ses sensations de vol. Les phrases s’allongent aussi quand Ferdinand s’emballe ou se réduisent quand il coupe court. Comme dans un film, on assiste et on reste scotché face à cette histoire en se disant jusqu’où ira-t il ? Comment va finir cette histoire ? Qui sont les iconoclastes dont nous parle le titre ?

Pour répondre, à ces interrogations partez à la découverte de ce roman, je suis une fois de plus bluffée par la capacité de l’auteur à s’approprier des thèmes modernes, à façonner sa plume pour nous faire réfléchir ici sur nos rêves, nos sociétés, ce qui fait le sel de nos vie.

Ce roman c’est une petite bouffée de philosophie, une utopie réaliste que je vous conseille vivement de découvrir. Partez à la découverte de Ferdinand et devenez un iconoclaste.