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Et j’ abattrai l’arrogance des tyrans est un premier roman détonnant, en effet l’auteur a pris le parti de raconter l’histoire d’une révolte, en Angleterre, par la voix de Johanna. Une jeune trentenaire, qui a déjà été marié deux fois en plein Moyen âge. On suit également d’autres protagonistes, son mari, les autres révoltés contre l’impôt excessif des régents du royaume: « les conseillers félons ».

L’auteur a fait des recherches et on a des précisions sur les lois, les coutumes, les émeutiers et les rapports géopolitiques. J’ai apprécié de découvrir cette révolte et les réflexions autour de la servitude, de l’injustice, de l’arrogance des grands et la réflexion sur le pouvoir.

De même, la place des petites gens dans la grande histoire est aussi questionnée, à travers les surnoms, la dévalorisation des émeutiers. Elle démontre aussi comment on assiste souvent à un phénomène d’emballement lors des révolutions et l’effet de masse. La réflexion sur le droit écrit, le mépris des puissants à l’égard du peuple est très pertinente et cruellement d’actualité. Les raisons d’une révolte, le sentiment d’injustice, l’espèce d’état de grâce, d’espoir que ressentent les paysans sont très bien décrits et on a l’impression d’être au coeur de l’action.

Par contre j’ai été surprise et parfois gêné par la langue, l’énonciation, en effet on a dans la même page une focalisation interne du personnage principal puis externe à la troisième personne quand l’auteur généralise. Mais également par la présence des remarques de l’auteur, du narrateur omniscient et aussi la vision d’autres personnages. Par moment ces changements m’ont fait sortir de l’histoire surtout dans la première partie et le début de la deuxième.

De plus, même si j’ai apprécié les questions rhétoriques, le second degré, l’ironie ou la réflexion intelligente sur les rapports de pouvoir, parfois, les nombreuses comparaisons avec d autres evenemements historiques ou avec aujourd’hui m’ont paru par moment un peu trop longue même si elles sont intéressantes. Comme par exemple les digressions sur la tamise ou le château fort dans la première partie.

L’auteur joue aussi sur les registres en passant d’un registre courant à familier quand elle interpelle le lecteur à une langue plus poétique quand elle évoque l’intériorité du personnage principal. A partir du milieu de la deuxième partie et dans la troisième, je me suis habituée au style et je l’ai trouvé plus fluide. L’auteur a vraiment une écriture moderne, qui s’affranchit des règles à laquelle on adhère ou pas.

Ces bémols n’enlèvent pas la qualité et l’originalité du récit, je suis juste moins sensible à l’omniprésence du narrateur et aux digressions du début. A l'inverse, j’ai appris sur cette époque, j’ai aimé la réflexion sur le corps, la place de la femme, le pouvoir de l’action, j’ai apprécié les raisons et les motivations des émeutiers, la réflexion autour de la révolte. Finalement, on se bat toujours pour la même chose l’égalité, la justice qui sont encore difficile à mettre en place.

Donc je vous invite à vous faire votre idée sur ce livre qui dépoussiere le roman "historique", bonne lecture et réflexion sur les tyrans.

Ps: merci aux éditions aux forges de vulcain pour la découverte.