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Atmosphère étrange dans ce roman, où une bande d’ados désœuvrées, paumés s’interrogent sur leurs vies, leurs parents, les pieux mensonges des adultes. Dans une petite ville de province, faussement calme en plein été, on découvre les gosses de riche Arthur et son frère Paul , leur mère qui fait tourner toute les têtes de la petite ville mais qui est fragile, leur père bourreau de travail, absent et incapable de leur parler.

On suit également les habitants du quartier des Charmilles, la « banlieue » de la ville, à la mauvaise réputation , son squat et ses laissés pour compte, son bois où les « invisibles » de la ville traînent.

Emma est un des personnages fil rouge de l’histoire, elle a des relations compliquées avec sa mère un peu paumée face à l’évolution de sa fille, elle travaille comme caissière et écoute des vieilles chansons de rock ce qui a le don d’énerver sa fille.

Emma est l’ado dans toute sa splendeur, faussement rebelle, qui s’ennuie. Sa petite sœur Amélie veut à tout prix exister et attirer son attention. Sa meilleure amie est Anisha, son blond platine la distingue, elle est mal dans sa peau vit chez ses grands parents et court pour évacuer son malaise. Adrian, est le petit ami d’Emma et on côtoie également ses amis Baptiste, Hakim , ou son voisinage comme Gaspard et son frère.

Tout ce petit monde se croise et entretien des relations parfois houleuses à coup de post sur les réseaux sociaux ou de soirée.

Une série de tags mystérieux puis d’autres évènements étranges vont faire basculer ce petit monde d’entre soi, ce microcosme car la ville et ses habitants vont se retrouver en pleine lumière, sous les feux des médias suite à un fait divers. Da Silva, le flic, taciturne, persévérant, essaye de tirer tout ça au clair entre les mensonges des uns et les omissions des autres.

Ce roman est à la fois une chronique de l’adolescence ultra réaliste avec la mise en avant de la nonchalance, l’envie de révolte, la sensibilité à fleur de peau, l’absence de conscience du danger et la rage contre le monde adulte des ados. Mais il met aussi en avant le monde adulte, avec ses difficultés, ses oublis, ses lâchetés, les ados oscillent aussi entre envie d’être comme tous le monde et de se distinguer, peur de grandir et volonté de montrer qu’ils n’ont besoin de personne. Cela n’empêche pas les réactions parfois puériles comme certaines réflexions d’Emma ou d’Anisha comme des comportements plus borderline d’autres personnages qui cherchent parfois à s’évader par les paradis artificiels.

Au delà de cette photographie de l’adolescence, le récit devient policier pour comprendre qui vient de mettre un pied dans la fourmilière et résoudre les différentes enquêtes menées par Da Silva.

C’est également un tableau au vitriol de la société bourgeoise et ses non dits, des pseudos idéalistes, de la lâcheté humaine, des jeux de pouvoir, de la ségrégation dans la ville.

L’auteur retranscrit bien cet entre deux qu’est l’adolescence entre envie de tout casser, connerie, rébellion et mépris des adultes. Elle montre aussi l’impact des réseaux sociaux et ce besoin aussi d’être en bande propre à cet âge et la volonté de ne pas révéler ses sentiments.

Le début est un peu lent mais après on s’habitue à sauter d’une tête à l’autre, a alterné les points de vues des ados et du flic. Le rythme s’accélère à partir de la mise en place de l’intrigue policière et dévide les histoires intimes des personnages et les démons de chacun des protagonistes adultes ou ados.

J’ai apprécié le style particulier de l’auteur à la fois réaliste, empreint de référence à la musique, la littérature, indolent, violent, anticonformiste et efficace. Mis à part le bémol de la longueur du premier chapitre et l’épilogue autour d’Emma, ce premier roman tient ses promesses, il est intéressant à lire et nous replonge en adolescence.

Donc redevenez un ado en découvrant si les enfants frapperont encore.

Lecture commune voilà le point de vue de ma comparse de lecture Virginie du blog les lectures du mouton:  bonne lecture.

J'espère que vous aimerez ce double regard. Bonne lecture.