chalandon

 

J’apprécie le style de Sorj Chalandon depuis le 4e mur, qui a été un gros choc de lecture. Son précédent roman  profession du père m’avait également touché. J’attendais donc avec impatience celui-ci  et je n’ai pas été déçue. 

 Le jour d'avant est construit autour de la douleur d’un frère qui n’arrive pas à oublier la mort de son ainé Jojo dans la mine de Liévin en 1974. L’auteur met le lecteur dans sa tête, avec une focalisation interne,  une écriture à la 1e personne, il décrit la rage, la colère, la douleur et le destin tragique de la famille de cet homme.

Avec un style frontal, dépouillé, brutal plein de colère et d’émotion, de tristesse, l’auteur recrée un monde disparu, celui des mineurs. On retrouve la force de la langue de Chalandon, sa capacité à rendre compte, à insuffler vie à ses personnages.

Après un début où on ne sait pas trop à quoi s’attendre, le personnage de Michel se trouve un but que je vous laisse découvrir. Les thèmes de l’obsession, du deuil, des mécanismes de défense sont au cœur du récit.

On voit aussi que l’homme devient un rouage inutile, sacrifié au prix du profit à travers la trajectoire de Jojo. Sorj Chalandon amène le lecteur sur un sillon, une veine comme à la mine puis le déporte sur autre chose au fil des pages grâce à un rebondissement que je n’avais pas vu venir. Il analyse finement l’évolution de notre société et nous montre ses sacrifiés sur l’autel de la rentabilité et du progrès, j’ai aimé cette argumentation militante, citoyenne et humaine.

La construction du récit est aussi efficace, on retrouve le talent de conteur  de l’auteur qui sait recréer une époque et qui dessine le portrait d’un narrateur étrange que le lecteur essaye de comprendre. Un anti-héros comme il sait si bien le faire, on tourne les pages pour savoir ce qu’il va advenir de lui. C’est un roman qui m’a surpris et que j’ai du mal à qualifier, on plonge tête baissée dans l’obsession du narrateur et on décode les rouages, les mécanismes de celle-ci pour accéder à la vérité.

A la fois écho du passé, réflexion sur le monde ouvrier et terrible plongée dans la psyché humaine, ce livre polymorphe nous fait aussi réfléchir à l’idée de justice, de vérité. L’écriture de l’auteur sans jugement, avec passion réhabilite les mineurs et leurs défenseurs, donc après un début déroutant, où j’ai eu peur de me perdre, j’ai apprécié l’évolution de l’histoire et passé un très bon moment de lecture.

Donc découvrez ce qui s’est passé le jour d’avant, ainsi que la fragilité d’un homme et d’un monde disparu.

PS: il me reste maintenant à découvrir les 2 petits derniers romans de l'auteur sur un pays qui m'est cher comme le souligne le nom du blog: l'Irlande.