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Troisième roman de l’auteur, je l’avais découverte, il y a deux ans avec son premier ouvrage Bianca, qui m’avait laissé un souvenir mitigé, du coup je n’avais pas lu son deuxième. Mais plusieurs de mes amis lecteurs me soutenaient que j’apprécierais celui là, qu’il était différent, alors j’ai suivi le conseil de ma libraire Delphine et je l’ai acheté.

On est dans les pas, la tête d’une narratrice au début de l’histoire de dix huit ans, une jeune femme, avec ses névroses, ses peurs. Elle emménage seule à Paris, pour ses études.

D’entrée de jeu l’auteur, nous happe avec un ton brut, âpre, des phrases qui claquent comme des uppercuts et qui défilent sur la page.

J’avais envie de m’arrêter pour les apprendre, les phrases décochent en plein coeur leur force dans le lecteur qui adhére à l’histoire.

Les angoisses, les rencontres, la solitude sont dépeints avec réalisme. Certaines phrases font écho avant le cataclysme pour le personnage ; la bascule de la narratrice dans les ombres. De jeune femme bizarre, en marge avec Sam, elle va s’affirmer au fil de la plume de l’auteur comme une femme avec un grand F. Le tout sur fond de Barbara, de référence philosophique ou à l’époque comme Friends ou love actually. Elle prend peu à peu sa place dans le monde, elle qui était toujours à côté, en attente, en pause.

J’ai eu par moment l’impression de rajeunir, de revenir à mes vingt ans, car le portait du personnage est criant de vérité. Impression de revenir aux sources, à l’époque des possibles et des premières blessures. Avant la blessure qui définitivement orientera les suivantes. Ce texte m’a émue et il touchera les lecteurs car on est tous passé un jour par là, une relation forte et destructrice, on en est conscient mais on fonce.

La maladie rôde aussi, sournoise dans le récit, comme l’amour absolu d’une jeune femme pour sa mère, à la fois modèle, soutien , inspiration. Une relation fusionnelle entre les deux où les rôles sont parfois inversés, on a l’impression qu’elle est la mère de ses parents parfois. Cette difficulté à couper le cordon commun à toute entrée dans la vie d’adulte. Le style n’est pas mièvre mais brûlant, fort, efficace.

Qu’est ce qui nous fait nous sentir en vie ? Jusqu’où aller pour ressentir ? Qu’est ce qui peut nous sauver dans une relation toxique ? Où trouver la lueur d’espoir ? Autant d’interrogation qu’on se pose à la lecture du récit et de l’histoire entre ce sujet inconnu : elle et lui.

J’ai été surprise par la maturité et l’évolution de la plume de l’auteur, la sincérité de la narratrice, son double écho à la fois petite fille tourmentée dans sa relation avec Sam, sa mère et jeune femme extraordinaire, forte dans son rapport à l’écriture.

La force qu’elle trouve dans les mots, l’écriture comme fil qui soutient, rempart, qui soutient et fait renaître, qui donne un sens au monde et à la vie. j’ai eu l’impression d’assister à la naissance d’un auteur et c’est très touchant.

Outre le sujet cruellement d’actualité, c’est un hymne à la vie, à la lumière, aux mots sur les maux. Donc dévoilez ce sujet inconnu qui vous marquera.

Extraits p. 11: "J'avais huit ans et un enfant m'a craché dessus dans la cour de recréation. Il m'a dit que j'étais bizarre. Il avait raison. J'étais bizarre. Pas bizarre en soi. Car être bizarre en soi, ce n'est pas bizarre. On est bizarre par rapport à quelque chose. Une norme. Et si ce garçon était la norme, alors oui, j'étais bizarre.

p 94 : Je dis tu.  Avant, c'était confus. Deuxième ou troisième personne. Je mélangeais. Maintenant je sais. C'est simple. C'est toi. Je ne te nommes pas. Je ne me nommes pas. On reste deux inconnus. Ce sera juste toi et moi.

p 110: depuis le premier jour de mon existence, ma mère a besoin de moi. Avant ma naissance, ma mère avait déjà besoin de moi. Je suis née pour donner du sens

p 122: Face à ma feuille. Tu n'es pas là. Je suis seule. Dans le fond,on l'est toujours. C'est ma problématique. Je pense. J'observe. J'analyse. Je ressens."

Ps : comme quoi il ne faut jamais rester sur ses anciennes impressions l’auteur m’a totalement embarqué dans son histoire et je ne regrette pas d’avoir ouvert ses pages. Rendez vous pour le quatrième roman.

PS 2  deux autres lectures de ce roman celle de Virginie et de Nath