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 L’art de perdre suit une famille sur plusieurs générations.  Tout d’abord ,on s'attache aux pas d' Ali avant l’Indépendance de l'Algérie, paysan enrichi propriétaire avec ses deux autres frères d’oliviers qui en font des hommes respectables du village. Ils sont opposés aux Amrouche, à travers le récit du personnage, on comprend les inégalités de la société coloniale. Les choix qu’il va falloir faire au moment où le FLN vient dans le village pour la famille et les conséquences de ce choix. 

L’auteur alterne le récit de ce personnage et de ses enfants dont Hamid, Yema sa femme et évoque aussi Naïma la petite fille d’Ali. Elle replace la vie de cet homme Ali dans les soubresauts de l’histoire et de cette guerre qu’on ne nomme pas, on le voit hésiter, vaciller peu à peu au fur et à mesure que la guerre avance. J'ai été particulièrement touché par ce personnage qui d'homme respectable s'éteint peu à peu en France, son incapacité à communiquer avec son fils. La deuxième partie est centrée sur son fils Hamid et son intégration en France, avant d’arriver à l’histoire de Naïma ,la dernière génération qu’on traite encore en émigrée alors que ses parents sont français.

Naïma qui suite à un concours de circonstance va découvrir cette histoire, Alger la belle, une Algérie à la fois moderne et qui souffre des années de plomb. J'ai moins apprécié la dernière partie, le personnage de Naïma notamment avant son voyage à Alger est moins fort que les 2 personnages masculins. Elle gagne en densité au fur et à mesure de la découverte de ses racines.

Le traumatisme de la guerre, la barrière de la langue à l'arrivée en France, la vie dans les camps,  les tours, à l’usine, la volonté que les enfants s’en sortent grâce à l’école sont bien amenés dans les deux dernières parties. L'auteur met en lumière l'impact et les conséquences de cette guerre, de cet exil sur l'histoire de cette famille. Elle parle aussi de métissage à travers l'histoire des parents de Naïma; avec le rôle fort de la mère de la jeune femme.

Avec une écriture très cinématographique, l’auteur restitue les odeurs, paysages de l’Algérie et le froid normand, elle retranscrit les espoirs, les doutes, les révoltes, les icompréhensions qui secouent les destins.

Une saga familiale intéressante qui mêle la grande et la petite histoire, les oubliés les vaincus, qui n’élude pas le racisme, le fait de se battre contre une autre langue, ses racines, le passé. Donc ouvrez les pages de l'art de perdre pour vous laisser emporter par le vent de l'Histoire.