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Deuxième incursion dans l’univers d’Olivier Liron, même si celui-ci est son premier roman. Au départ, ça commence plutôt de manière classique, une rencontre avec le narrateur et une jeune femme lors d’une soirée entre amis. Banal vous me direz mais non, c’est sans compter la fantaisie et la plume de l’auteur.

En effet, on retrouve dans ce premier roman, ce que j’ai apprécié dans le suivant, un style original qui mêle langage familier et courant qui mêle poésie et banalité, qui mêle sentiment et immensité de la vie. Les phrases claquent ou au contraire déploient des images, des associations d’idées qui nous permettent de visualiser et de parcourir ce mythe moderne.

Construit en deux parties, on se balade avec les personnages le narrateur, jeune homme sensible, fou amoureux fasciné par une belle acrobate rebelle et libre Loren.

Les personnages sont des êtres comme vous et moi, on chemine avec eux dans les rues de Paris, au hasard, puis plus loin, vers un ailleurs dans la 2e partie que je vous laisse découvrir. Le personnage de Loren est à la fois sombre et lumineux, il est pétri d’absolu, de grâce, de singularité, il est en même temps la femme et toute les femmes. Elle, la fille du soleil et des airs, elle la petite danseuse, qui virevolte, vacille, se bat contre les ombres et la douleur. J’ai été touché par cette trajectoire de feu follet, cette femme si vive, libre, à la fois femme, et enfant par moment. Qui acquiert une grandeur au cours du récit. Personnage en clair obscur que j’ai aimé côtoyer. Le narrateur comme une ombre protectrice, un rempart, une pause est là ; qui nous conduit entre les rives, dans les méandres de cette histoire entre luminosité et froideur, au fil de l’évolution de cette passion.

J’ai apprécié le côté charnel, brut, éperdu de leur histoire, l’intensité dans la première partie ; cette urgence qu’on sent poindre. J’ai été surprise par la 2eme partie, je m’attendais pas à ce choix là de l’auteur, à cette focalisation sur Loren à une réflexion plus universelle qui emmène le récit ailleurs, qui le rapproche de la mythologie, de ce fil rouge au cœur de l’histoire. La tonalité plus sombre donne une autre dimension à la relation, au paysage. L’auteur décrit aussi bien le soleil brûlant, l’ivresse de vivre, de la passion, que la froideur, l’éloignement, la solitude, la peur. J’ai aimé cheminer entre les ombres, dans les phrases poétiques, longues ou courtes de l’auteur. Dans les phrases suspendues, comme des prières ou animales pour décrire la brûlure de la chair.

Carpe diem comme l’applique Loren, instant volé, glané, force des mots, des sensations, j’ai retrouvé ce qui fait l’élégance et la folie de l’écriture de l’auteur. Cette vision poétique et désenchantée, pleine de vie et de finitude, de chaleur et de tranchant. J’ai apprécié le personnage de la grand-mère qui elle danse avec les mots, la langue, l’identité manouche, entre français et espagnol, sorte de gardienne de la mémoire, passeuse d’espoir, de prophétesse.

Un bien beau voyage encore que ce livre, impressionnant pour un premier roman, fort et glaçant, qui m’a laissé sonné, orpheline à la fin du roman. Une poésie moderne gracieuse et triviale, des mots pour dire le monde, sa beauté et sa douleur, de la belle littérature en somme.

Donc prenez une respiration, et laissez vous porter et onduler aux sons et aux rythmes des phrases de l’auteur.