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Réelle est un roman captivant car il emprisonne une époque, celle des années 1990-2000, celle qui est une sorte d’antichambre de la nôtre. Une France fascinée par la télévision et les rêves de gloire, une France qui travaille et simple comme la famille de Johanna . Celle-ci est une jolie collégienne au début de l’histoire, gentille qui adore sa grand-mère et son père, dont la vie tourne autour de la télé, des chanteuses qu’elle adore comme Ophélie Winter et qui aimerait bien réussir, faire partie des Enfoirés, être célèbre. Elle a envie d’exister, de ne pas avoir une vie étriquée, à avoir du mal à finir ses fins de mois dans un petit job sans intérêt.

On suit ses pas de jeune ado , puis de jeune femme qui fait tout pour s’en sortir, saisir sa chance, et qui pense l’avoir trouvé grâce à une audition. Le reste est à découvrir dans les 2 parties du roman, sous la plume de l’auteur. Un personnage féminin à la fois fragile, proche qui émerge en pleine lumière grâce à ce coup de projecteur.

L’analyse du pouvoir de la télé, de son hypocrisie, de son côté voyeuriste est extrêmement bien ficelée. On voit les castings, l’émergence de la télé réalité et un avatar de touche pas à mon poste émerger avec ses pratiques d’humiliations publiques. On côtoie l’envers du décor avec le côté rat de laboratoire devant les caméras, la quête pour se maintenir, les humiliations.

Le roman utilise des noms d’émissions, de célébrités ce qui rend crédible et réelle l’histoire tout en faisant de Johanna l’héroïne, une jeune femme touchante dans ses rêves de grandeur mais aussi dans ses bonheurs simples comme son amour pour ses perles dont elle aime faire des bijoux. J’ai aimé la description aussi de sa famille, de ses amis qui restent eux ancrés dans la vraie vie.

Comme un lapin pris dans les phares, on suit l’ascension de Johanna en se demandant si elle ne va pas y laisser des plumes comme les premières gloires de la télé réalité. On s’attache à elle, à son évolution, à ses histoires d’amour.

Déconstruction de la réussite et du mythe de l’argent, du quart d’heure wahrolien, le livre a une réflexion très juste sur notre monde putassier, d’image et obsédé par l’égo. Ici on assiste à ce basculement, du début de la célébrité pour rien, pour avoir été soi même, pour être sur les magazines. On voit le début des réseaux sociaux, des agents, l'humain vendu comme un bout de viande comme un autre, le diktat du corps parfait. Conte de fée inversé,  moderne, on devient accro comme aux émissions de télé et on tourne les pages, en espérant qu’elle ne sera pas sacrifiée à l’arène de l’audimat. J’ai apprécié les échos avec aujourd’hui et l’avatar d’Hanouna et de la nouvelle télé réalité moderne, de voir le personnage grandir et la morale de l’histoire . Le ton est juste, pas caricatural et donne à voir autrement ce phénomène de société. Les personnages secondaires, la mère toujours fière, le père en retrait, le petit frère ou même Édouard, le fou de comédie romantique ajoute une touche de douceur à cette histoire.

Une lecture agréable, instructive, drôle voir acide par moment sur notre société obnubilée par l’image et le paraître. Un personnage humain et attachant, un très beau roman loin des faux semblants et la morale mais qui remet l’humain au centre. Loin des caméras, des trompes l’œil, des paillettes et des rêves de gloire.

Donc découvrez Johanna et vous vous prendrez d’affection pour cette jeune fille pas si différente de nous, avec ses rêves de gloire démultipliée par le prisme de la petite lucarne.