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Même les monstres est un court récit autobiographique de l’auteur où il raconte son métier d'avocat tout en parlant en filigrane de lui. Le point de départ est cette question lancinante qu’on lui pose comment arrive-t- il à défendre des monstres ? Des criminels ?

De cette question, l’auteur tisse une réflexion sur la justice, sur l’humanité, sur le déterminisme mais aussi sur les codes, le décorum de la justice. Il parle des accusés, de leurs langages, de leurs crimes et surtout il parle de l’Homme. C’est ça qui est étonnant dans ce livre , la manière dont il arrive à faire bouger les lignes et à nous faire réfléchir sur les monstres que nous fabriquons car avant d’être des criminels, ce sont avant tout des humains qui ont basculé, fait un choix.

Le fait de resituer leurs parcours, d’essayer d’être juste, de rester sur les faits en redonnant une humanité, fait réfléchir aux causes de ces actes. C’est souvent la pauvreté, les abus, une sorte d’invisibilité qui donne envie de faire payer, de se sentir fort en commettant des crimes. La prison est aussi évoquée avec le sentiment de claustration, la banlieue, le jugement médiatique de l’immédiat.

Finalement et c’est la force de récit, il démontre que croire aux monstres c’est se déresponsabiliser, que la répression sans s’attaquer aux causes sociales des crimes est un éternellement recommencement. Comme avant où les exécutions en place publique satisfaisaient le pouvoir, le peuple mais n’éradiquaient pas les crimes. J’ai été intéressé aussi par la relation au père, à l’ordre, à l’intégrité morale presque un sacerdoce qu’est ce métier d’avocat décrit par l’auteur. J ai été sensible aux questionnements identitaires, aux jeux de pouvoir, de costume d’un procès.

Ce livre au-delà du récit est un plaidoyer pour une vraie justice pas seulement punitive, mais qui prend en compte les hommes comme faillibles. Est-ce que j’aurais la force comme l’auteur de voir au-delà de l’acte, je ne sais pas par contre je sais que je n’utiliserai plus le mot monstrueux. Il va au-delà de la vision manichéenne classique de la justice, il questionne sur notre côté voyeuriste en parlant de ceux qui assistent aux procès.

Ce livre acheté suite à la lecture de Charles Berling restera une lecture marquante de 2018, pour l’amorce de réflexion qu’elle a généré et je suis curieuse maintenant de découvrir la plume de l’auteur dans ses œuvres de fiction.