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Ce livre m a bouleversée. Je me suis totalement identifiée à Giulia et à Maria dans leurs interrogations sur la place de la maternité dans la vie d’une femme. Question qui fâche et qui fait souvent grincer car rapidement passée 30 ans, en couple ou non, elle devient un leitmotiv de nombreuses conversations. La question qui tue, le « et toi c’est pour quand ? ». Longtemps, j’ai botté en touche, puis haussé les épaules, sourie gauchement, j’ai été gênée, agacée parfois que ma réussite professionnelle, personnelle ne soit évaluée qu’à l’aune de mes ovaires et de mon ventre plat.

Comme Guilia, la narratrice, je n’ai jamais été fan des gazouillis, ni senti un sentiment me tordre les tripes ou un tic-tac, une voix qui m’appelle pour me dire que c’est le moment d’être maman. Parfois, je me suis dit peut être qu’il faudrait que je tente le coup même si je n’étais pas du tout sûre d’être « faite » pour ça. Mais les circonstances, la vie en ont décidé autrement.

Longtemps, j’ai eu honte, je me suis sentie anormale de n’être pas fascinée par un bambin ou de ne pas vouloir avoir cette responsabilité là. Longtemps je me suis sentie jugée, rabaissée car non « productive », pas dans le moule, au fil des années, l’insistance continue et c’est dingue de voir à quel point on s’arroge un jugement sur la vie des autres alors qu’on ne la connait pas.

L’auteur montre bien au travers de son récit, cette injonction forte à la maternité et qu’il n’est pas bien vue également de se plaindre une fois que l’on est mère comme l’est Giuilia le personnage principal, même en étant mère célibataire. Qu’il faut faire le deuil de sa vie de femme comme elle, en attendant de se retrouver une fois que les enfants n’auront plus besoin d’elle. Cette mère faillible, moderne, aimante mais qui doute a fait écho.

 Elle qui ne sait pas, ne pas être honnête, elle qui veut transmettre la joie, la liberté, la confiance à ses enfants même s’ils symbolisent aussi un renoncement qu’elle a fait aux conventions sociales. A cette injonction à ne s’épanouir que par rapport aux autres, toujours dans l’oubli de soi. Cette demande inconsciente, de s’aliéner pour s’épanouir à travers un enfant. Avec Giulia, on s’interroge sur cet idéal, peut-on aimer ses enfants sans être en admiration devant eux, en aspirant à autre chose. Femme fragile, libre, faillible, qui doute, a peur du jugement, Giulia cherche sa vérité, son chemin loin des ombres de son passé. L’auteur dresse un portrait de femme avec un grand F, avec ses failles. Capable de s’effacer pendant des années et de rêver de liberté, d’avoir envie à nouveau que son cœur batte. Interrogation sur le désir ou non d’être mère, sur ce fameux mythe de l’instinct maternel sans caricature.

Ce non jugement, cette trajectoire, les choix opérés par les personnages féminins donnent un regard neuf, lucide et pour une fois audible pour moi. On peut être femme sans être mère ou se sentir mère, être mère et ne pas s’effacer totalement derrière ses enfants, c’est ce que nous dit le parcours du personnage. Pas de différence entre les deux, des choix c’est tout et une femme ne se résume pas à sa maternité.

L’autre fil du récit est la fascination du personnage pour Malaparte, écrivain italien que je ne connaissais pas et que j’ai découvert à travers les yeux de Giulia. L’Italie, Naples vieux souvenir de lycée à travers l’évocation de celle-ci. Ambivalence de cette figure un peu tutélaire pour Giulia, entre célébrité et solitude, qui semble imbue de lui-même mais qui s’est construit une maison magnifique, comme une prison exposée aux yeux de tous et pourtant à l’écart du monde. Echo lointain au travers de sa vie au fascisme italien et à ses bruits de botte. Le roman m’a donné envie de découvrir ses écrits, sa voix. Histoire d’une fascination pour oublier l’absence, le conformisme auquel on consent, les prisons que l’on se crée alors qu’il suffit d’être honnête avec soi même.

On se laisse gagner par l’obsession du personnage pour cet écrivain, elle la prof de littérature italienne. A travers Curzio Malaparte, elle cherche son passé, ses ombres, une absence. J’ai eu souvent l’impression que les personnages étaient vivants, présents. J’ai eu l’impression de voir des sœurs, elles aussi aux prises entre désir, réalité, image, essentialisation de leurs corps. J’ai apprécié le regard doux et réaliste, rentre dedans, pas forcément politiquement correcte comme une amie plus âgée qui dit « Fais pas la même connerie ».

 Aller au-delà de la surface du mot mère c’est ce que nous propose l’auteur pour comprendre qu’une femme c’est à la fois comme Giulia une somme de paradoxe, un être obsédé par une passion : La littérature et surtout un être imparfait épris de liberté qui comme nous cherche sa vérité, sa singularité, qui veut être libre dans un monde en cage.  Partez à la découverte de l’amour propre, de Giulia , de ses fantômes et de ses  interrogations sur la maternité.

 Lecture partagée avec Virginie pour le Paris-Nantes:

" Amour propre " de Sylvie Le Bihan - LES LECTURES DU MOUTON

" Il y a dans la vie un temps pour agir, par instinct, par volonté, par hasard ou par devoir, un temps déterminé pour chaque palier, ensuite arrive celui de réfléchir, de revenir sur ce qu'on a fait, d'analyser froidement ce qu'on a réussi ou raté et, si c'était à refaire et malgré l'amour que je porte à mes enfants, je pense honnêtement que je ferais tout différemment, sans eux ".

http://www.leslecturesdumouton.com