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Ce roman met en lumière un couple Alice et Vincent et leur bébé César, ce moment qui aurait dû être le plus beau de leur vie, cette découverte de la parentalité, cette construction de la famille est stoppée net. César né avec 2 mois d’avance, la peur insidieuse, maladive, prend possession du couple.

Avec délicatesse, pudeur, en variant sur les focalisations, l’auteur décrit le parcours de ce couple, la relation qui se construit avec leur enfant à l’hôpital. Elle donne aussi à voir les pensées et les peurs de la mère Alice dans son journal intime. Comment construire un vrai lien quand rien ne s’est passé comme prévue ? Comment profiter de la vie quand on est coincé avec son enfant ? Comment sait on qu’on est parent ? Comment étouffer le sentiment de culpabilité de ne pas l’avoir mené à terme ?

Outre ce regard sur la parentalité, elle nous décrit le fonctionnement du service néonatale, avec ses procédures, ses attentes, ses pédiatres tout puissant qui vous font parfois sentir comme une imbécile. La gentillesse de certaines infirmières dont on ne voudrait pas oublier le nom. Le bruit des machines, les examens qui conditionnent la sortie. Avec acuité, sous le regard de son personnage, l’auteur nous fait réfléchir à ce moment où la vie est suspendue, dans les mains d’autrui, où on doit faire confiance, où on n’a pas le choix. Elle généralise par moment son discours avec un narrateur omniscient qui fait devenir universelle l’histoire de ce couple.

On vit au jour le jour, suspendu au battement cœur de César, l’écriture imagée de l’auteur nous fait ressentir, nous identifier à cette famille. A leur amour, leur peur, à leur prise de conscience que tout peut basculer, leur volonté de retrouver une vie normale. On voit Alice peu à peu se révéler, se découvrir, avec ses failles et parfois ses trous noirs qui l’aspirent.

Ce roman m’a émue car c’est la première fois que je lis un roman aussi près de l’enfant, qui le met en valeur, qui en fait un héros qui se bat. J’ai mieux compris les angoisses, l’injustice qu’on peut ressentir quand on ne peut rien faire à part attendre qu’il reprenne un peu de poids. J’ai été touché car comme le dit l’auteur j’ai été "un bébé dragon", j’ai surtout des souvenirs de l’après, du suivi, des docteurs, des pesées, mesures pour être qualifiée comme « normale ». De la peur insidieuse de l’hôpital, de la crainte à chaque microbe que je trouvais parfois étouffante, j’ai pu me mettre à la place de mes parents et finalement me rendre compte du courage, de l’abnégation, de l’amour qu’il faut pour tenir, ne pas se plaindre, avancer pour que votre enfant ne se rende compte de rien. Et ne comprenne que bien plus tard que son enfance n’a pas commencé comme les autres.

Véritable cri d’amour maternel, construction sur la parentalité, ce roman vous happe et ne vous lâche pas, vous lisez frénétiquement, vous apprenez à aimer Alice, Vincent le père qui devient adulte au contact de son enfant, et César au nom de combattant pour qu’il survive. Vous faîtes corps avec eux, vous museler les peurs, l’attente jusqu’au verdict final.

Un roman magnifique à l’écriture poétique, intelligente, douce, émotionnelle qui vous fait vous identifier avec ce trio de personnage. Découvrez le combat pour la vie de héros ordinaires et vous allez aimer César et ses parents Alice et Vincent.