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Récit plus sombre où la folie des hommes règne.Paul est un français qui a tout plaqué pour couler le capitalisme. Il travaille pour une compagnie chinoise et passe son temps à courir le monde. A travers ses yeux, on voit de l' intérieur le géant chinois, la mondialisation à plein régime. Lui qui est chargé de marchander des territoires pour développer la puissance asiatique.

Il est ambiguë Paul à la fois doux dingue, cynique, fasciné par Rimbaud et révulsé par la mondialisation. Il est entre littérature et économie, pleinement acteur du changement sans vraiment d état d âme. A ses côtés, on côtoie les victimes de celle-ci Mariam la jeune pêcheuse, protectrice des requins. Eternelle amoureuse au début du récit qui attend son Ulysse, Pénélope bien trempée qui reste la seule maîtresse à bord de sa barque. Harg vivant a contretemps , redevenu un fier chamelier de la tribu des Afar. Il est fier de son pays, son neveu Cush fait le choix de l'exil.

Louise pendant féminin du narrateur mélancolique avec sa thalassenie. Chang est le collègue de Paul qui s'interroge comme le lecteur sur ses motivations. On retrouve la fascination pour la littérature, les livres chers à l auteure. Sa manière de restituer les ambiances, odeurs ici de l Afrique, des voyages en mer, de la Chine. Sa fascination pour la mer, la fuite, pour les personnages en rupture, les écorchés, les poètes.

La plume est plus acide avec Paul, une vision noire du monde, désespérée, douloureuse qui a fait écho aux Jouisseurs. Ce récit est une allégorie de la fuite en avant du monde qui ne se soucie plus de l'humain, de l'exploitation de la nature pour nos batteries de portable. Sorte de chant du cygne, de lamento du monde agonisant avec une poésie plus cynique et d une actualité brûlante.

L ombre c est quoi ? Nos idéaux ? Notre folie ? Notre humanité ? La volonté de s élever contre l'ordre marchand, ce pouvoir de l'argent, une obsession qui peut mener à la folie, au renoncement comme le père de Paul. J ai aimé Mariam la reine, Harg et Cush fiers de leur culture, Harg et sa droiture, le côté enfantin et adulte de Mariam. La cruauté, la chaleur, l'homme qui ne fait pas de cadeau sont au cœur des pages avec une réflexion sur l'exil, l' apatride. L auteure décortique la noirceur des hommes, le non respect de la planète, le mal être. Anti héros lâche Paul est le fil directeur du récit. Critique du monde moderne, de l'égoïsme, de la dépression occidentale quand d autres tentent de survivre.

Récit du désenchantement, de l'espoir qui s amenuise, de la douleur jusqu'où poursuivre des chimères vous le saurez en lisant le roman. Une fois de plus l auteure dans son style inimitable donne à voir autrement le monde entre folie, poésie, mirage et réalité. Embarquez pour ce voyage désenchanté du capitalisme moderne.