Vengeance et noirceur: mousson froide de Dominique Sylvain
L’auteure Dominique Sylvain casse les codes du roman noir depuis son précédent roman une femme de rêve. Ici l’originalité du récit est à travers un des narrateurs un peu particulier : Jindo, un chien policier élevé pour détecter les appareils informatiques.
Il a pour maîtresse Jade, une jeune femme maître chien, d’origine indienne qui vit chez la mère d’un de ses collègues Mark. Jade est brillante mais elle a été marqué par un évènement de son passé que je vous laisse découvrir. On découvre à travers elle, les rituels, la relation maître-animal si précieuse. Jeune femme passionnée et honnête, elle fait tout pour aider la mère de Mark mais aussi celui-ci .
Mark est d’origine coréenne, il est tourmenté, dépendant à divers substances pour oublier son passé. C’est un bon flic, tenace, sérieux mais il est toujours sur un fil et valse avec ses démons. Il enquête sur une affaire de pédophilie avec l’aide de Jade et il doit gérer les demandes d’un psychopathe, l’équarisseur qui n’accepte de parler qu’à lui pour révéler les corps de ses victimes. Outre ses enquêtes, il essaye de ne pas se noyer et de définitivement mettre un terme à sa relation avec son ex femme journaliste Diane.
L’atmosphère est à la fois poisseuse, lors des crimes et irréelle avec la magie du Canada et de cette neige. On alterne vision de nature par moment, caractéristiques de la société canadienne et la violence plus brutale des criminels. L’Asie n’est pas loin avec les origines de Mark, son père et une partie de l’histoire se déroule en Corée et dans ses quartiers. On découvre aussi des coutumes comme la mudong que je ne connaissais pas. L’enquête est rythmée et nous fait découvrir les ombres de l’âme humaine, la violence sauvage, folle.
Les personnages sont tourmentés par leurs passés et leurs quêtes de justice ou de vengeance. La qualité de ce roman est la densité psychologique des personnages, leurs failles. L’analyse fine qu’elle fait de la société canadienne et coréenne ainsi que besoin de se reconstruire, de faire face des personnages. Comme toujours la violence n’est pas gratuite chez l’auteure, elle nous en révèle sur la société son racisme, le populisme à travers la candidate aux municipales, la course à l’info avec Diane, l’envers des beaux quartiers. Les violences faites aux enfants à travers ce réseau pédophile est aussi en filigrane et le système de bande, de meutes de ce type de prédateur. Le « mal » n’existe pas ce sont les choix de ces hommes , leurs actions qui jettent de la noirceur sur la société.
Jade est le personnage le plus solaire, malgré ses blessures, j’ai aimé aussi sa jumelle Greta, la fragilité de la mère de Mark. Il est rare d’avoir un héros coréen sans caricature ce qui est le cas de Mark, dingue de musique et épris de justice.
Une enquête que je vous invite à découvrir efficace, intelligente et bien écrite, une fois de plus l’auteure a réussi à capturer l’ambiance , une réflexion sur la violence aux services de personnages attachants et faillibles donc bonne lecture de Mousson froide.
Ps: Merci à Babelio pour la découverte.
