9782221157534

 

Le roman est curieux, déjà de par son titre Animarex et sa 1e partie, où il n’est quasiment pas question de Marie, mais surtout de Louis XIV contrairement à l’annonce de la 4e de couverture.

On découvre, le roi de manière différente plus intime et tourmenté, on s’attache à ses sentiments et sa part d’ombre. Une sorte de malédiction plane sur lui, avec les différentes fois où il échappe à la mort.
Sa rencontre avec Marie est fortuite, imprévue. Il a du mal avec cette jeune femme qui n’est pas béate d’admiration devant lui et n’est pas comme les autres sœurs Mancini, nièce de son mentor Mazarin.Elle a une beauté sauvage d’italienne, adore Monteverdi. Elle est une grande cavalière et n’hésite pas à se moquer de lui ou l’ignorer. Ce jeu de séduction se développe dans la 2e partie et on découvre alors un Louis XIV amoureux et tourmenté car pour la 1ere fois, il est obsédé par une femme.
En parallèle à ce récit amoureux, il y a la présence de l’auteur. Celui-ci devient un personnage, un peu fantomatique, en quête d’inspiration sur le Grand siècle. On assiste à ses difficultés pour retranscrire ce couple, ses recherches, ses doutes, sa vie quotidienne. Il est caché derrière la figure du nègre, de la voix du narrateur. On a une sorte de mise en abîme de l’écrivain et des affres de la création qui m’a intéressé. En outre, les réflexions sur la politique, la corruption, le pouvoir, le regard sur le peuple, sont toujours d’actualité.
La question du narrateur de l’histoire est au cœur du récit. Ce narrateur qu’on ne nous présente pas, on s’interroge sur lui : est ce l’âme du roi ? Une conscience ? qui nous conte ces moments intimes de l’auteur et de louis XIV. Cela m’a intrigué et donné envie de poursuivre la lecture pour obtenir la réponse. Le choix de ce narrateur, son ironie, son recul, sa réflexion sur l’écriture est pertinent.
On retrouve la rigueur des détails et des personnages historiques, mais aussi un style soutenu et particulier qui alterne avec un langage plus familier. Une description plus crue de la vie de château, loin de l’image policée passée à la postérité. Un roman historique atypique, l’auteur le dépoussière par ses procédés stylistiques.
Finalement, cette histoire entre Marie et Louis est très moderne, ce 1er affolement, bouleversement des sentiments et la façon de le gérer. Marie n’est pas à sa place, trop libre pour l’époque, franche dans ce monde d’hypocrisie et d’espion de la cour, fait qu’on s’attache à elle. On a l’impression d’être de l’autre côté du miroir et de découvrir le siècle du côté de l’intimité du souverain. Cette histoire est pour une fois incarnée, l’auteur donne un souffle au récit. Il insuffle de la tension, alors même que l’on connait la fin de l’histoire sans tomber dans la mièvrerie.
J’aurais aimé que la dernière partie soit un peu plus longue notamment sur l’année 1660 et le début de la construction de Versailles que l’auteur associe à cet amour. De même, j’aurais apprécié que l’analyse de la personnalité de Marie soit plus développée, connaître davantage ses pensées et l’histoire de la famille. La fin est un peu abrupte, ce qui est dommage. Une réactualisation du roman historique intéressante qui ne tombe pas dans l’écueil de l’hagiographie ou de l’autofiction. Un bon dosage que j’apprécie.
Donc partez à la découverte d’Animarex et découvrez la face intime de Louis XIV, sa folle passion et la difficulté d’écrire. Vous passerez un agréable moment suspendu, comme un songe ou un saut dans le passé qui vous fera voir le grand siècle et le roi soleil autrement.

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