l'Autre

 

Avec une écriture forte, puissante, l’auteur nous transporte au cœur de la vie de 2 femmes qui ne se connaissent pas : Maria et Emma. Emma est une jeune femme française, brillante, gynécologue, mariée à un trader qu’elle appelle « l’autre ». Elle vient de Strasbourg puis  ira s’installer à Londres avec son mari. Maria est hispanique, elle s’est mariée à un Croate Pavlo et vit à New York.

On alterne leur présent en 2011 et leur vie 10 ans plus tôt en 2001. Elles sont toutes les 2 invitées à la cérémonie commémorative du 11 septembre à New York.

Portrait de femmes meurtries dans leurs chairs, leurs âmes, l’auteur déroule leur passé pour nous faire comprendre ce qu’elles sont devenues en 2011. Les rapports toxiques à leurs maris, la violence réelle et psychologique sont évoquées. L’auteur démonte les mécanismes d’emprise, la honte et la difficulté à se libérer de celle-ci.

En filigrane, ces 2 dates butoirs 2001-2011, avec le 11 septembre évènement traumatique pour l’ensemble de la planète et qui est un symbole, un acmé pour les 2 personnages.

C’est une véritable claque littéraire encore ce livre, ce 1er roman de l’auteur avec des scènes criantes de vérité qui font parfois mal au ventre. Ces instantanés de vie, d’horreur qui se collent à votre rétine et qu’on n’oublie pas. D’un côté, une narration à la 2e  personne pour Emma qui se juge et se parle à elle-même, cette autre elle-même qu’elle était avant sa rencontre avec son mari, puis après. Elle nous donne à voir son point de vue avec ce recul de 10 ans sur cette vie sous domination, la manipulation de son mari. Le récit de Maria est plus frontal, elle déroule les faits, la vie et la violence au quotidien. 2 voix différentes, 2 femmes à la fois fortes et fragiles. Un suspense qui s’installe dans les 2 histoires pour comprendre leur parcours et leurs évolutions d’une décennie.

Avec maîtrise l’auteur fait réfléchir sur la condition féminine, le couple, la violence, la manipulation amoureuse, la perversité. Elle met aussi en avant les codes sociaux entre le parcours de la bourgeoise Emma et de l’immigrée Maria sans être caricaturale mais en montrant qu’elles sont chacune prisonnières des codes de leurs familles, société. On retrouve aussi le thème du non dit, des faux semblants, des blessures visibles ou invisibles qui vous poursuivent, vous hantent.

Roman psychologique qui est une réussite, écriture vibrante et habitée à lire en espérant ne jamais rencontrer un « autre ».

Ps : 3e  roman de Sylvie le Bihan, lu à rebours du plus récent au plus ancien et vraiment elle a une marque de fabrique, une manière bien à elle de décrire, conter, faire vivre ses personnages donc si vous avez aimé celui là , lisez les autres.