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Ce roman est vraiment inclassable, il emmêle deux histoires parallèles. L’une présente celle d' Olivier écrivain qui n’arrive plus à écrire, une machine automate particulière et Eléonore une vendeuse de médicament rêveuse en Suisse. L’autre présente le récit de la vie au Maroc de Léonie, jeune femme d’origine Corse et Ole d’origine danoise qui font commerce de vin au XIX e siècle. On alterne une époque plus contemporaine celle d’Olivier, Eléonore et une période plus historique celle d’Ole et Léonie qui nous en apprend plus sur la conquête du Maroc, les trafics d’influence, la vie à l’époque pour ces aventuriers d’un genre particulier.

Voilà pour la tentative de présentation, mais ce qui fait le sel de ces histoires outre le passage d’une vie à l’autre qui est d’ailleurs très agréable une fois passée la surprise du début, c’est les perceptions différentes des 2 couples. Et l’acceptation pour le lecteur de se laisser bercer par ces 2 univers fous avec leurs codes, leurs structures, la volonté de savoir comment ça va se terminer pour les 2 couples, 2 entités fusionnelles chacune dans leurs époques.

Le lecteur alterne aussi entre rêve et réalité, où s’entremêle comme dans un songe étrange les pensées, les perceptions des personnages. C’est surprenant, original, déstabilisant au début mais finalement rudement agréable. Comme une petite musique, une douce léthargie, on se laisse happer par les vapeurs de cette histoire. Comme la couverture un peu fantomatique du livre, la réalité s’atténue avec un filtre qui se pose sur la vie et les aventures des personnages.

La difficulté d’écrire, les effets pervers des médocs, des drogues qui peu à peu nous anesthésient, nous coupent du monde sont bien retranscrites dans la partie plus contemporaine. Comme une réflexion sur notre monde apathique qui regarde, contemple et attend sa chute comme  Olivier et Eléonore.  Les personnages sont en attentes, fatigués, dans les faux semblants et pourtant proches. 2 couples, 2 époques qui brouillent les pistes et dont notre perception un peu comme sous la prise de psychotrope vendu par Eléonore ou le vin d’Ole et Léonie agit. J’ai apprécié les doutes, crises, interrogations de ces 2 couples sur leur monde, leurs sentiments et l’écriture tantôt brute, poétique, détaillée, elliptique, mélancolique, ironique de l’auteur qui fait très bien passer la pilule. Elle en devient addictive, elle trotte dans la tête, elle pousse à lire les chapitres, à faire des pauses, à y revenir, à comprendre puis à se laisser porter. A apprécier ces personnages, leurs folies, leur humanités à être témoins de leurs combats terriblement humains.

Donc pour rompre avec la monotonie de la rentrée et les romans convenus, je vous invite vivement à respirer l’air et la fumée de cette douce drogue qu’est le roman de Sigolène Vinson.