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A la découverte de Charlotte et de Valentine, une sorte de cri dans la nuit comme le montre le rouge sang de la couverture. Ode à la vie et à l’amour et à la mémoire des crimes du nazisme. 

Ces  photos restituent une humanité et dessinent en creux 2 portraits de femme, elle restitue une humanité, elles font échos, véhiculent des sensations, des émotions. Un devoir de transmission, un effet de miroir que j’ai trouvé saisissant et qui a fait écho en la lectrice que je suis.

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 Ma vocation de prof de lettres et d’histoire s’est déclenchée, en 2 temps. Je vous fais cette confidence car ce texte appelle une réflexion, un retour sur soi en écho à la vie de Charlotte Delbo.

Le 1er souvenir associé à la 2nde guerre c’est le visionnage de Nuit et Brouillard en 3e, souvenir fort 20 ans plus tard, d’images gravées dans ma mémoire et qui m’ont donné le désir de savoir à défaut de comprendre cette page de l’histoire.

En écho, un autre souvenir se surimprime, celui d’une après midi beaucoup plus jeune chez ma grand-mère. Je devais  avoir 9-10 ans, elle me présente une vieille dame, une amie, je ne me rappelle plus de son nom. Je me souviens juste qu’elle m’a semblée vieille, plus vieille que ma grand-mère et surtout d’un détail son bras. Sur son bras, sa peau pâle, ses veines bleutées un numéro d’inscrit qui ressort. A l’époque je ne sais pas ce que s’est, et j’entends encore la voix de ma grand-mère qui me dit de ne pas oublier cette dame. Plus tard, j’apprendrai qu’elle a été résistante, dénoncée et envoyée dans un camp lequel je ne sais pas, est ce Ravensbrück ? Comme Charlotte.

Ce souvenir sorti des limbes de ma mémoire revient de temps en temps comme un instant figé que je partage avec mes élèves pour leur faire comprendre l’importance de se souvenir. Qu’au-delà des mots, des images, des archives c’était avant tout des personnes comme elles et moi, des gens tout simplement au-delà des chiffres et de la monstruosité qui sont mortes ou ont survécu.

Valentine Goby dans son ouvrage restitue une voix, une image, ses mots à Charlotte Delbo. De sa découverte fortuite au détour d’une conversation pour son livre Kinderzimmer, de cette histoire singulière au milieu des ombres qu’elle feuillette en consultant ses écrits. Par ricochet, l’auteur se dévoile aussi, comme un portrait double face, d’une même pièce de monnaie. Elle raconte aussi son rapport à l’écriture, aux mots. Comme un héritage qu’elle partage et donne au lecteur, de la mémoire de cette femme d’exception Charlotte par une auteur sensible touchée par sa prose.

J’ai découvert leurs 2 voix, en symétrie, double de mot, appris comme l’auteur l’histoire de ces femmes du convoi du 24 janvier et de ses œuvres qui m’étaient jusqu’alors inconnues.

Restituer une identité et une place à cette écrivaine au-delà de la rescapée du camp est aussi le projet de Valentine Goby qu’elle relève avec brio comme elle le dit « forger une langue capable de nous ramener d’entre les morts ; la langue de nos confins où nous nous croyons muets ».  A travers son texte, Valentine Goby pose aussi la question de la manière dont la littérature peut faire renaitre, redécouvrir des œuvres d’une auteur méconnue.

Avec un style sensible et poétique, émouvant, à fleur de peau Valentine Goby nous donne à voir sa vision, son portrait de Charlotte Delbo et nous accompagne dans sa découverte. On découvre la langue de Charlotte avec ses œuvres sur la vie dans les camps « la vie est bien plus terrifiante que la mort », quand elle parle d’Auschwitz « un endroit d’avant la géographie » « lieu sans nom ». Cette réflexion sur la manière de nommer l’innommable, des limites de la langue sur l’expérience réelle des déportés est très intéressante. En tant que professeur de français j’ai été sensible à cette réflexion sur les mots, à la survie de Charlotte grâce à la littérature, au pouvoir de ses mots. Valentine Goby analyse aussi l’expérience de Charlotte et sa vision du monde à l’aune des tragédies modernes, de la lutte sans cesse renouvelée contre la négation de la vie aux 4 coins du monde.

 Au fil de la lecture, j’ai trouvé des passerelles entre les mots de l’auteur, de Charlotte et moi, comme des rides sur l’eau quand on jette un galet dans une rivière, une connivence entre leurs 2 voix. L’importance des sensations, des couleurs (rouge, blanc) ; une sorte de rythme, de souffle comme dans une conversation, une confidence plutôt. Valentine Goby réussit son pari de nous projeter dans son univers et sa vision de Charlotte Delbo, on se retrouve dans ses mots.

 L’importance de l’amour dans la vie de Charlotte, sa volonté d’écrire sur autre chose que son expérience de camp, sa volonté de vivre, de profiter de la vie sont aussi de beaux témoignages pour nous. On trouve aussi des parallèles entre les 2 femmes, leur réflexion sur la langue comme celle de Valentine Goby dans Banquise, l’importance du corps des sensations comme dans qui touche à mon corps je le tue. Comme des sœurs éloignées en littérature qui nous donne à voir un monde différent, une réalité autrement grâce au talent de leur plume. J’ai apprécié aussi la volonté de redonner la place qu’elle mérite à Charlotte Delbo notamment lors de l’anecdote sur une lecture en lycée pro, comme elle je crois en ce pouvoir des mots au-delà du contexte, de l’âge, du moment, enseignant depuis 10 ans dans un lycée pro j’ai vu aussi s’opérer parfois ces magies, ces rencontres entre un texte et des lecteurs.

Véritable ode à la vie « je me promets d’éclatantes revanches » est vraiment à mettre entre toute les mains, il donne envie de découvrir les mots de Charlotte Delbo et de replonger dans ceux de Valentine Goby

Ps: merci aux éditions de l'iconoclaste pour la découverte de cette belle ode.