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Le roman de Caroline Vié est assez entêtant, il distille entre ses pages à la fois de la mélancolie, de la douceur, des grappes de lumière et aussi d’ombre. Il n’est pas conventionnel dans le sens où le personnage d’Iris est une anti héroïne, elle n’est pas parfaite mais elle est terriblement attachante. Comme un parfum à la fois léger et entêtant, il vous prend et ne vous lâche pas.

On  découvre Iris  au début du récit, un peu paumée, elle vient de perdre son mari, la rock star Iggy, dont elle était l’ombre depuis 30 ans. Veillant sur lui comme une mère, s’occupant de tout au quotidien, gérant, les fans, la maison de disque. D’un coup, elle se retrouve seule, libre mais seule, dans la 1ere partie du roman, elle essaye de trouver un nouveau sens à sa vie, se remémore son histoire, les folies et les échecs de cette vie à 2. D’extérieur, elle a tout, elle est crainte, riche, respectée mais à l’intérieur, elle se sent vide, a l’impression que sa vie est finie à 50 ans. L’ironie, le mal être du personnage, sa tristesse font qu’on s’attache d’entrée de jeu à Iris.

 Elle est seulement entourée par Michel un ami de la fac et sa femme Tiphanie, tous les 2 essayent de l’aider mais leur sollicitude est envahissante, voir pénible. Les 2 personnages deviennent d’ailleurs particulièrement envahissants et antipathiques dans la 2 eme partie. Preuve que notre entourage n’est pas toujours de bon conseil.

Iris, se rend compte amèrement  qu’elle s’est effacée derrière son amour, s’est usée dans un quotidien sans sens et que ça n’a pas empêché la mort de celui qu’elle aimait. D’un coup, toutes les pendules sont remises à zéro, elle est touchante dans ses tentatives de trouver un échappatoire, une issue, qu’elle pense avoir trouvé dans le personnage d’Adrien.

Bloggueur de rock qui parait timide, doux, inoffensif et qui va être une lueur d’espoir, un réveil pour Iris, on suit leur relation amicale et l’hésitation vers plus. Les tourments amoureux, les rendez-vous, ce que l’on peut accepter par amour. La manipulation, le chaud-froid, amour répulsion sont bien entrevues dans cette relation ambigüe qui va bouleverser  le personnage. Cette lente descente aux enfers, cette emprise du personnage d'Adrien sur la vie d’Iris est très bien retranscrite. Comme dans un thriller on assiste au drame, on voit les signes avant coureur, on a envie de la prévenir. Mais l’auteur ne joue pas dans la facilité et montre bien les failles dans l’âme et le cœur que l’héroïne récolte dans cet amour.

Enfin, la dernière partie ouvre sur un autre monde, celui des saveurs, de la Provence, d’une aventure hors de Paris au Japon puis dans le Sud avec son filleul Nicolas qui va faire découvrir à Iris qu’elle est toujours en vie, que son cœur bat, qu’il est encore là.

Même s’il ne bat pas pour les mêmes choses qu’avant, même si elle est seule. Les descriptions du plaisir culinaire donnent un peu de lumière, réchauffe le personnage jusqu’à la fin belle et émouvante.

Le récit de Caroline Vié n’est pas mièvre, il est réaliste, tendre, dure par moment. Elle ne met pas d’atour, ne se perd pas dans des trucs littéraires. Mais Iris ça peut être n’importe laquelle d’entre nous à son âge. A quel moment se rend on compte que ça peut être trop tard ? qu’il faut s’accepter, accepter son corps, sa vieillesse ? renonce t on à se faire plaisir ? Y renonce t on vraiment ?

Sa réflexion aussi sur la place ou l’emprise que l’on peut laisser par amour, sur la douleur de la perte sont particulièrement bien faites. J’ai vraiment eu l’impression d’être à la place d’Iris et j’ai aimé la suivre jusqu’au dernier mot. Cette solitude si présente qui est finalement une caractéristique répandue dans notre monde moderne a rudement fait écho.

Avec délicatesse, poésie, on suit pendant 3 ans la vie de cette femme et on espère pour elle que le plaisir des papilles ne s’éteignent jamais.

PS : Merci à mon bon génie pour ce livre, à Skippy, Charlie peu importe comment il se fait appeler. Merci l’Albatros pour le partage de ce beau texte.