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Ce roman est inclassable, portrait d’une génération désabusée et égoïste obsédée par son nombril, le sexe, la réussite. Hypocrite, se targuant de grands idéaux humanistes, féministes, politiquement correct en étant collée sur ses écrans. Solitaire ou en bande, sans idéaux et pas intéressée par la politique voilà le monde que décrit  Marguerite.

Marguerite est une sorte de Candide moderne, dans ce monde là, au fil du récit, elle mue. Jeune femme timide qui ne s’aime pas comme beaucoup de jeunes femmes, qui est étouffée par sa mère Billie, son mec Jonas et sa bande de copines pas si bienveillante.

Elle est un peu naïve, elle est  hors code, elle ne veut pas faire de bruit, qu’on la remarque, elle n’a pas une sexualité débridée ou une vie merveilleuse qu’elle peut étaler sur les réseaux sociaux. Elle se demande par moment si elle est  normale quand elle écoute, son mec et sa rébellion de pacotille, ses copines et leurs histoires de cul, sa mère qui l’invective pour qu’elle se mette en valeur, se batte. Par hasard, elle rencontre DDM, vieux président de la République, à la fois cynique et un peu à l’ouest qui veut écrire ses mémoires et lui raconter ses souvenirs. C’est elle qu’il choisit comme confidente, elle à qui d’habitude on confie les tâches inintéressantes dans la maison d’édition où elle travaille.

Les dessous de la politique française, les querelles, les coups bas du pouvoir, les conquêtes féminines, la jouissance et les affaires de corruption sont au cœur de leurs discussions. Elles font de lui une sorte de patriarche, un guide, un Pangloss particulier qui décille les yeux de notre héroïne au fil de ses bribes de souvenirs.

Jacek, flic qui gravite autour de la mère de Marguerite s’invite dans cette histoire qui joue par moment sur les codes du roman noir avec le flic taciturne, revenu de tout et raciste décomplexé, assumé qui mène une enquête en parallèle.

 Le tableau de la société est férocement acide, drôle, bien troussé. On passe d’un personnage à l’autre, le lecteur assemble les pièces de puzzle de la vie de DDM, voit les évolutions de la vie de Marguerite. On comprend sa quête de reconnaissance, d’identité, on la voit réapprivoiser son corps, elle qui ne ressentait rien, ne plus être sur la touche, spectatrice de sa vie. Elle est touchante Marguerite, on a parfois envie de la secouer pour qu’elle mette un bon coup de boule à Jonas son soi disant petit ami.

Le sexe et ses pulsions, cette obsession, ses conséquences sont indissociables du récit. Comme l’évocation de la lecture, de l’écriture, aux allusions des termes de littérature, une sorte de mise en abîme du personnage comme au début du récit où Marguerite se fantasme en écrivain.

J’ai apprécié les différents niveaux de lecture, les portraits à la fois doux et grinçants des personnages et d’être emporté dans le rythme, le regard acidulé sur notre temps. Le jeu de l’auteur avec le lecteur jusqu’à la dernière page, les personnages et leurs gammes, comme une petite musique entêtante, les intrigues entremêlées et l’ironie présente au travers des lignes.

 La réflexion sur le paraître, entre l’image qu’on donne et ses pensées intimes, ses fantasmes ; la vieillesse, la solitude mais aussi la vision plus sociale avec l’évocation de la corruption sont intéressantes.  Le besoin de se raconter des histoires, la difficulté d’exprimer de vraies sentiments et pas ce qu’attend seulement la société. Les secrets, le monde de faux semblant qu’est notre époque moderne et ultra connectée et le besoin de rédemption de certains personnages.

Un roman doux amer que je vous conseille de lire.