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J’étais à la fois impatiente et stressée à l’annonce du nouveau roman de Virginie Grimaldi, j’avais eu un gros coup de cœur pour tu comprendras quand tu seras plus grande et le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie, dont la dernière partie m’avait profondément émue. J’avais peur d’un retour à la comédie pure sans la délicatesse qu’elle avait instillé dans ses deux précédents mais dès les premières pages j’ai été rassuré.

D’abord qu’on se mette d’accord Virginie Grimaldi n’est pas une auteur de feel good, cette expression m’énerve au plus haut point, elle ne veut rien dire à part en marketing peut être. C’est une étiquette fourre tout qu’on emploie à tort et à travers. Virginie Grimaldi est une auteur point, elle le prouve une fois de plus avec ce roman et comme le bon vin, elle se bonifie avec le temps. Elle  a gagné en intensité, en maîtrise dans celui-ci, à la fois dans la construction et dans son style. Ce qui est logique me direz vous, elle en est à son 4e roman, elle réussit la symbiose d’allier l’humour, l’émotion, du réalisme, de la bienveillance au fil de son récit.Ses personnages féminins sont bien dessinés,  réalistes et ils ne sont pas stéréotypés.

Dans le roman, elle met en lumière 3 personnages principaux, 3 figures féminines d’âge différents. Anna , divorcée et folle de ses 2 filles : Chloé 17 ans et Lily 12 ans.  Elles sont très différentes même si ceux sont des adolescentes avec leurs addictions au portable, leurs codes.

 D’un côté, on a Chloé, l’hypersensible, l’enfant précoce, joli brin de femme qui ne s’aime pas et qui cherche dans le regard de l’autre , une acceptation, un respect qu’elle ne trouve pas à l’intérieur d’elle. Elle est assez solitaire, elle ne libère ses émotions qu’en écrivant  sur son blog. Lily, c’est un peu l’antithèse de sa sœur, c’est une collégienne, dynamique, rigolote qui s’interroge sur la vie. Elle utilise des expressions françaises en les associant, en les réécrivant comme les proverbes et pose parfois un regard naïf sur le monde. Même si on se rend compte, que ce n’est pas facile pour elle, la vie au collège. D’ailleurs j’aurais adoré avoir Lily comme élève mais bon c’est un autre sujet.

Anna, décide de partir en voyage en camping car avec ses filles en Europe du Nord, loin des galères d’argent, des huissiers et de son appartement de banlieue. Ce coup de tête un peu fou est soutenu par ses parents et sa grand mère Nana, figure protectrice et maternelle d’Anna. En route, elles vont rencontrer, une belle galerie de personnages que je ne qualifierais pas de secondaires car chacun a son rôle dans cette aventure.

Julien, ses chemises de bûcheron et son fils Noé qui a l’habitude des voyages en camping car, Marine et Greg, couple de jeunes mariés qui travaillent dans une maison de retraite les Tamaris ( clin d’œil aux personnages de son 2e roman). François et Françoise et leurs enfants Louis et Louise, famille aisée partie sur la route pour retrouver ses valeurs et opérer un retour aux sources et enfin un duo d’amis Diego et Edgar, les 2 papys du groupe. Cette petite bande s’apprivoise et se découvre au fil des paysages et des étapes du voyage. L’auteur donne une profondeur à chacun, dévide l’histoire comme une conteuse tout en nous faisant voyager dans de magnifiques paysages qui donnent furieusement envie de partir.

Avec une construction chorale où on alterne les voix des 3 personnages féminins Anna, Chloé, Lily, le récit maintient le rythme et un bon dosage entre découverte, révélation, humour et émotion. On remarque l’importance de l’écriture pour les 2 jeunes ados, l’une à travers un journal intime appelé Marcel auquel le lecteur a accès et l’autre à travers son blog. Il n’y a pas seulement des monologues mais l’histoire qui se déroule en passant d’une tête à l’autre. Un beau tour de force car la forme chorale est toujours périlleuse mais là elle n’est pas artificielle, justifie les chapitres courts ou long et fait défiler les pages comme les km du camping car.

Ces personnages sont comme une sorte de miroir de l'existence, une femme aux 3 moments de la vie, avec celle des espoirs, des découvertes et de l’innocence avec Lily, celui du début de l’âge adulte et des choix et la fin de l’enfance avec Chloé. Celui de l’adulte qui voit son passé disparaitre, ses enfants grandir et doit trouver de nouveaux ressorts pour se battre, avancer. D’être là sans étouffer, de ne pas pouvoir éviter des erreurs à la prunelle de ses yeux comme Anna. Chaque personnage a son propre langage, ses obsessions, peurs, ses goûts musicaux ou littéraires et on passe d’un âge à l’autre sans difficulté.

 L’auteur décrit les paysages, les lieux de cet apprentissage de la vie avec de jolis instants de poésie, sans clichés. Et on a parfois l’impression d’être vraiment à côté d’elle de voir les sculptures, les fjords, monuments qu’elles découvrent.

L’autre thème important est la famille, ici les liens mères -filles, la difficulté de communiquer dans une famille, les nons dits, les fêlures qui nous construisent et qui peuvent rejaillir à la maternité. Le thème de la différence avec Noé, Lily, de l’acceptation de soi avec Chloé, Louise, de la transmission sont au cœur des pages.

Les sentiments de nostalgie, l’importance de profiter des gens  aimés, le manque, la difficulté de parler quand on a peur de faire du mal à nos proches, la vieillesse sont en filigrane de ces parcours de vie.

Ce livre donne envie de s’ouvrir, de voyager, de s’aimer, de profiter, de se maintenir contre vents et marrées. A travers ce road trip original, ces souvenirs de moments partagés, volés à la vie, notre petite famille celle d’Anna et de ses compagnons de route évoluent. Et quand la dernière page arrive, on a le cœur serré comme quand on sait qu’on ne revivra pas la même chose, comme à la fin d’un voyage ou des vacances et qu’on aimerait rembobiner le temps en sachant ce que l’on sait à la fin.  

Donc pour paraphraser Grand Corps Malade dans  il nous restera ça

  « Ces quelques mots ces quelques textes qui nous aident à penser 
Qu'on n'a pas fait tout ça pour rien, qu'y aura une trace du passé 
Il leur restera ça ces quelques moments choisis 
Dans ce monde de brutes, quelques grammes de poésie ».

Comme les personnages, on sait à la fin de la lecture qu’on a grandit grâce aux petits bonheurs, aux phrases, à la bienveillance, aux doutes des personnages et on ne peut terminer qu’en disant un mot : MERCI.

PS : Pour résumer offrez vous ce roman, il y a un peu de magie dedans, de la poésie, beaucoup de sincérité, de l’humour et surtout de la bienveillance, de l’humanité et ça fait du bien. Et l'auteur a clairement rallumé les étoiles pendant ces instants de lecture avec ces 3 femmes épatantes.

PS 2 :Merci Virginie, France, Alexandrine et à la dream team Fayard ( Marie-Félicia en tête) pour cette diffusion de bonheur en pages.

Un autre point de vue poétique sur ce roman partagé avec ma filleule de blog et amie Nath sur son blog.  Cliquez sur le lien et bonne lecture.